Porcelaine
de Estelle Faye
aux éditions Les Moutons électriques ,
collection La Bibliothèque voltaïque
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Chine ancienne
  • Fantasy

Auteurs : Estelle Faye
Couverture : Amandine Labarre
Date de parution : janvier 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 288
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Amour, magie, vengeance et théâtre dans la Chine médiévale.

Estelle Faye est née en 1978. Après des études de théâtre à Paris et à San Francisco, elle scénarise plusieurs courts métrages dont l’un sera récompensé par le prix France Télévision au Festival de Cannes. Ses débuts d’écriture se font dans l’anthologie Dragons, avec la nouvelle "La Suriedad". Après La Dernière Lame, roman young adult paru en 2012 dans la collection Pandore, Porcelaine est son deuxième roman.
 
Un héros au visage de tigre et au cœur de porcelaine
 
Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est fils de potier. Pour avoir été chercher du bois dans une forêt enchantée, il est victime d’un sort lancé par le dieu qui garde les lieux. Affublé d’une tête de tigre, il est banni de son village et jeté sur les routes, où il rencontre une troupe de comédiens. En compagnie de son ami immortel Pieds-de-Cendres, il voyage pendant plus de mille ans et finit par rencontrer Li Mei, une jeune couturière dont il tombera amoureux. Mais dans l’ombre, l’ancienne amante de Xiao Chen, la fille-fée Brume de Rivière, complote à leur malheur.
 
Une histoire d’amour sur fond de magie et de théâtre
 
La Chine médiévale est une époque bien trop peu traitée en fantasy. Pourtant, le pays regorge de légendes et de mystères qui auraient très bien leur place au milieu de nos magiciens et dragons à l’Occidental. C’est donc avec une sensation bienvenue d’exotisme et de nouveauté que l’on plonge dans Porcelaine. La culture orientale, et plus particulièrement chinoise, nous accompagne tout au long du récit : coutumes, croyances, arts, mythes, Histoire, tout est savamment dosé pour faciliter et renforcer notre immersion dans une culture peu connue et encore moins exploitée.
 
L’originalité du décor permet de lisser un peu le côté convenu de l’histoire d’amour qui débute au premier tiers du livre. Même si elle réside au cœur du roman et que l’on finit par s’attacher aux deux amoureux que les épreuves ne semblent pouvoir éloigner, l’intérêt de l’ensemble réside ailleurs : le cadre, on l’a déjà dit mais également la galerie de personnages colorés et attachants, forcément archétypaux mais sans que cela soit gênant - après tout, ne sont-ils pas des personnages de théâtre ? -, le héros touchant avec sa tête de tigre et son cœur de porcelaine et l’univers du théâtre chinois, entre confection des costumes, répétitions douloureuses et représentations.
 
Les aventures de nos protagonistes défilent à travers les siècles sous la plume poétique d’Estelle Faye. Descriptions savamment dosées et précises, dialogues qui font mouche, la forme est aussi envoûtante que le fond. Rien n’est superflu, aucune scène n’est inutile et le tout coule avec fluidité. Pas de place pour l’ennui ou les longueurs, des scènes un peu plus mouvementées viennent rythmer à intervalles réguliers le récit.
 
S’il n’y avait qu’un reproche à faire à Porcelaine, ce serait sa brièveté. On aurait aimé parcourir un peu plus longtemps les routes de cette Chine médiévale et non pas passer de l’an 200 au XVIIIe siècle sans aucun lien. Que s’est-il passé pendant ces mille cinq cents ans ? Cette longue période est à peine effleurée lors de trop rares souvenirs et aurait mérité une partie à elle seule plutôt que cette longue ellipse.
 
Au final, on ne peut qu’être conquis par Porcelaine. Fantasy originale et subtile, voyage inoubliable dans les mystères de la Chine médiévale, il fait partie de ces romans qui, à partir d’une histoire pourtant éculée, arrivent encore à nous émerveiller et nous émouvoir. Une vraie bouffée de poésie au sein d’une production parfois très sombre. Pour tous les amateurs d’une fantasy différente ou les amoureux de belles histoires, Porcelaine est peut-être le roman de début 2013 à ne rater sous aucun prétexte.

Marie Marquez