Même pas mort
( Rois du monde 1 )
de Jean-Philippe Jaworski
aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Historique

Auteurs : Jean-Philippe Jaworski
Couverture : Sébastien Hayez
Date de parution : août 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Titre en vo :


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"Il a été tué mais il a refusé la mort."

Jean-Philippe Jaworski est né en 1969. Professeur de lettres modernes à Nancy, il a fait une entrée remarquée dans le paysage de la fantasy française avec le recueil Janua Vera puis le roman Gagner la Guerre. Avant cela, il avait affûté ses armes en collaborant à la revue Casus Belli et via la création de deux jeux de rôle, Tiers Âge, se déroulant dans l’univers de Tolkien, et Te Deum pour un massacre, prenant place durant les guerres de religion au XVIe siècle. Même pas mort est le premier volume d’une trilogie dont les deux autres tomes, Chasse royale et La Grande Jument, sont attendus pour 2014 et 2015.
 
Une histoire faussement classique...
 
Bellovèse est le fils de Sacrovèse, lui même fils de Beltinos. Lors de la Guerre des Sangliers, son père s’est fait tué par son oncle, Ambigat. S’en est suivi un exil forcé pour lui, sa mère et son frère. Alors devenus des adolescents, les deux frères sont rappelés par Ambigat, devenu roi des Bituriges, pour aller guerroyer contre les Ambrones. L’occasion rêvée de se débarrasser de deux jeunes gens inexpérimentés et fougueux. Il n’avait pas tort : Bellovèse a foncé droit dans le combat. Comme prévu, il est tombé sur les armes adverses. Mais un accident est survenu : il n’est pas mort.
 
... pour une réussite indéniable
 
Pour ce premier livre hors du Vieux Royaume, Jean-Philippe Jaworski nous amène sur les traces des Celtes antiques. Ce qui frappe d’abord à la lecture, c’est la richesse de l’univers et sa vraisemblance. On sent que l’auteur a fait de nombreuses recherches pour restituer au plus juste cette période méconnue de l’Histoire. Mais loin de nous abreuver de faits historiques ou de détails sur le quotidien, l’auteur parvient à nous dépeindre cette époque par petites touches disséminées adroitement ici et là. La lecture n’en est que plus riche, plus fluide, et l’on n’est jamais quitté par cette sensation de familiarité teintée d’étrangeté. Jamais totalement inconnu, jamais complètement maîtrisé, l’univers de Même pas mort séduit et accroche.
 
Autre point remarquable : la langue. Si l’écrit est beaucoup moins flamboyant que pour Gagner la guerre, il y a toujours cette sensation du mot juste, du vocabulaire précis. Tradition orale oblige, le récit, loin de céder à la facilité mais indéniablement moins alambiqué, n’en est que plus fluide et renforce l’immersion dans l’univers. On se laisse porter par l’histoire, comme si on était en train de nous la conter au coin du feu. Et c’est d’autant plus vrai pour les joutes verbales et les défis que se lancent les champions celtes tout au long du livre : rapportés avec une familiarité bien de notre époque, cette anachronisme fait sourire, parfois rire aux éclats, mais sans jamais jurer avec la période du récit. 
 
Venons-en maintenant à l’histoire en elle-même. Au premier abord, elle peut sembler classique. On retrouve en effet les archétypes de la fantasy : le jeune adolescent spolié de son héritage paternel, contraint à l’exil ; une guerre ; une quête ; des éléments mystiques ; une revanche. Mais jamais Même pas mort ne tombe dans la facilité. Déjà par sa construction : non linéaire et surtout non chronologique, découpé en trois parties, le livre surprend à chaque fois, nous amenant sur un chemin imprévu. 
 
Par ses personnages ensuite, dont les motivations restent souvent roubles, quand ce n’est pas leur identités qui nous sont cachées. Forcés par les événements – le destin ? – à des actes pas toujours reluisants, ils sont profondément humains, avec leurs doutes et leurs faiblesses. La galerie des personnages secondaires est particulièrement savoureuse, avec des héros comme Albios le Barde ou Troxo, le Champion des Arvernes. 
 
De part l’irruption des éléments mystiques, enfin. Ici, le fantastique se glisse discrètement dans le récit et s’invite dans le quotidien, étroitement lié aux légendes, aux croyances ancestrales.
 
Alors certes on pourra peut-être reprocher à l’auteur quelques longueurs dans la troisième partie, lorsqu’il nous détaille, sans rien omettre ou presque, l’enfance des deux frères. Mais la boucle finit par être bouclée dans un affrontement final dont l’issue, encore une fois, surprend. De quoi sera fait la suite ? Avec Jean-Philippe Jaworski, mieux vaut ne pas se perdre en conjoncture.
 
Même pas mort est indéniablement une réussite : de part son cadre, sa langue ou encore son histoire faussement classique, ce roman place définitivement Jean-Philippe Jaworski dans la catégorie des meilleurs auteurs actuels de fantasy française et prouve que cette dernière, loin des clichés de sa consœur américaine, arrive sans cesse à se renouveler, à surprendre et à partir dans des directions inattendues. À lire de toute urgence.

Marie Marquez