de Emma Bull et Steven Brust
aux éditions Tor
Auteurs :
Emma Bull
,
Steven Brust
Couverture :
G. Wappers
Date de parution : décembre 1997
Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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"Roman épistolaire pour hegeliens"
Freedom et Necessity est un roman assez spécial. Pas vraiment le genre de livre à placer entre toutes les mains, car on ne peut pas dire qu’il soit d’un abord facile (les cent premières pages sont un peu dures à passer). Steven Brust appelle le genre : " roman épistolaire victorien, ou, si on préfère, fantasy pour hegeliens ". Tout un programme... Le roman est en effet composé d’une suite de lettres qui se répondent, de fragments de journaux intimes et d’extraits de journaux, un style passé de mode aujourd’hui mais qui était très en vogue dans l’Angleterre victorienne dans laquelle, justement, est censé se dérouler ce récit. Les deux auteurs l’ont d’ailleurs écrit en s’envoyant des lettres...
1948
James Cobham se réveille près d’une auberge, le corps en mauvais état et la mémoire pleine de trous... Il entame une correspondance avec son cousin Richard, et découvre que tous le considèrent mort depuis deux mois. Que sont devenus ces deux mois ? Est ce que des gens voudraient sa mort ? Qui, et pourquoi ? Sa cousine Susan, croyant à sa mort, va se mettre en quête du mystérieux passé de James pour tenter de combler le vide qu’il a laissé. Elle en discute par courrier interposé avec sa cousine et confidente de toujours, Kitty. A eux quatre, directement ou plus indirectement, ils vont peu à peu révéler les machinations de grande ampleur de gens que la morale n’étouffe pas vraiment... Et pendant ce temps, quelqu’un cherche à mettre la main sur James pour le solstice d’hiver, pour un rituel mystérieux mais probablement macabre...
Une intégration parfaite du style épistolaire
Les deux auteurs jouent parfaitement du style épistolaire adopté. Le lecteur réalise très vite que les lettres ne disent qu’une partie de ce que les personnages vivent et ressentent vraiment, celle qu’ils veulent que leurs proches sachent, quitte pour cela à laisser sous silence les événements ou informations qui pourraient les inquiéter. Parfois, le lecteur découvre par la suite ce qui lui a été caché. Et parfois non... Les lettres expriment non seulement ce que leur auteur avait en tête à ce moment là, mais également des souvenirs épars rassemblés, des nouvelles personnelles presque sans importance, de petites plaisanteries privées, qui rendent les quatre principaux protagonistes vivants, attachants et intéressants. Steven Brust et Emma Bull ont réussi à leur donner des styles nettement différents, de sorte qu’au bout de quelques lettres, on reconnaît l’auteur avant d’avoir vu la signature, et la lecture devient beaucoup plus fluide. L’action, toujours un petit peu difficile à rendre dans ce type de romans puisqu’une lettre est, par définition, rédigée après la bataille, est bien gérée, entre autres grâce à la très bonne mémoire de Susan qui permet des descriptions plus vivantes. Le jeu avec le temps grâce aux décalages dû à la poste donne une touche réaliste et des possibilités d’intrigue supplémentaires. L’intrigue est complexe, pleine de multiples rebondissements et d’action, mais reste réaliste d’un bout à l’autre. Une bonne culture de l’histoire et des idées en Europe à la mi-19e siècle peuvent aider à apprécier pleinement l’intrigue et ses finesses, mais on se débrouille aussi sans avoir besoin d’être historien professionnel, et on sort de là avec une envie dévorante (voire inquiétante) de se plonger dans les écrits d’Engels et Hegel. Tout cela fait de Freedom and Necessity un livre qu’on est heureux d’avoir lu, et qu’on se dit qu’on va relire pour être sûr d’en avoir saisi toutes les finesses...






