Le monde de la fin
de Ofir Touché Gafla
aux éditions Actes Sud ,
collection Exofictions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Mondes parallèles

Auteurs : Ofir Touché Gafla
Traduction : Guy Abadia
Date de parution : janvier 2015 Inédit
Langue d'origine : Autres
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 464
Titre en vo :
Parution en vo : 2004


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« Et Ils Moururent Heureux Jusqu’à La Fin Des Temps »

Le monde de la fin est le dernier titre en date de la collection Exofictions chez Actes Sud. C’est également le premier à pouvoir être considéré comme relevant du genre de la fantasy.
 
Ofir Touché Gafla est né et vit en Israël. Il anime notamment un atelier d’écriture dans une école de cinéma, la Sam Spiegel Film & TV School à Jérusalem, et signe avec cet ouvrage son premier roman. Particularité intéressante de la version française : c’est une traduction de la version anglaise et non de la version originale en hébreu du roman. Ce roman a remporté le prix Geffen dans la catégorie du meilleur roman science-fiction/fantasy ainsi que le prix Kugel de la littérature hébraïque.
 

« Bienvenue dans l’Autre Monde. Tout d’abord, nous présentons nos sincères condoléances à ceux que vous avez laissés derrière vous. »

Ben Mendelssohn est un noteur, un épiloguiste, il gagne sa vie en imaginant des fins drôles, tragiques ou optimistes pour les auteurs et scénaristes en mal d’inspiration. Il devrait donc pouvoir accepter et même apprécier une fin inattendue, mais lorsque sa femme décède brutalement, Ben ne parvient pas à s’y résoudre. Persuadé de pouvoir la retrouver et réécrire leur histoire, il décide de la rejoindre.
 
Une balle dans la tête plus tard, Ben se retrouve de l’autre côté, dans l’Autre Monde où les villes se succèdent et où les défunts de toutes les époques vivent une seconde existence. Mais comment retrouver Marianne ? Ben s’offre alors les services d’un étrange détective privé nommé Mad Hop, sans se douter que l’existence des morts, mais également celle des vivants s’en trouvera chamboulée…

Un autre monde sympathique et technologique

Loin de dépeindre un univers religieux ou politique, l’auteur dresse ici un portrait « technologique » de l’après-vie. Les nouveaux défunts possèdent un godget faisant office de téléphone et de télécommande de son milieu : possibilité de changer le temps, l’humidité, la luminosité ou l’heure de son atmosphère, de prendre les coordonnées du godget d’autres défunts… Les problèmes de langue sont résolus dans l’Autre Monde car chacun possède une micropuce Babel permettant à l’interlocuteur de s’adapter automatiquement au langage de la personne en face de lui. Cependant, pas question pour une langue de tomber en désuétude : si vous étiez linguiste ou professeur dans votre vie vous pourrez être rattaché au Laboratoire de langues mettant constamment à jour les puces.
 
Il n’y a pas de handicapés non plus car, lors de votre arrivée et quel que soit votre état, les chirurgiens vont remettent au meilleur de votre forme. Ah, et pour les pudiques mauvaise nouvelle, tout le monde est nu dans l’Autre Monde… Par ailleurs on y trouve également des forêts peuplées d’arbres de vie, incarnation bien réelle des arbres généalogiques. Ainsi que des buildings, des multiroues, des télédoigts et de nombreuses autres trouvailles intéressantes et plutôt cohérentes.
 
Le mythe d’Orphée revisité

C’est bien cette histoire d’amour et cette quête de la femme aimée qui anime le roman, entre autres références à Shakespeare ou Salman Rushdie. Bien que centrale, cette quête permet aussi d’engager une réflexion plus profonde sur les relations et l’existence en général. La variété des voix et personnages du roman en fait un ouvrage parfaitement décalé (pour preuve tout un chapitre est raconté par le biais d’une photographie), truffé d’humour (souvent noir) et de réflexions passionnantes. Les personnages, hauts en couleur et bourrés de failles, sont irrésistiblement humains et l’enchaînement du roman est calculé au millimètre près, dans un puzzle technologique et structurel parfait.

Une très belle découverte !

Le monde de la fin est une vraie découverte, un roman hybride entre fantasy et quête romanesque, thriller futuriste et polar métaphysique. Un mélange détonnant qui fonctionne à merveille sous la plume décidément experte de son auteur, qui sait aborder des sujets graves (la pédophilie, le viol pour ne citer qu’eux), convoquer des personnages extraordinaires (un couple d’amants virtuels sur un forum consacré à Rushdie ou une infirmière très spéciale) tout en faisant preuve d’une inventivité incroyable et rafraîchissante. Tout comme son personnage principal, Ofir Touché Gafla s’avère, en outre, être un excellent conteur et épiloguiste.

Et si vous hésitez encore l’humour noir saura certainement achever de vous séduire ! 

Hermine Hémon