Les Voies d’Anubis
( 1 )
de Tim Powers
aux éditions J’ai lu ,
collection Science-fiction
Genre : SF
Sous-genres :
  • Steampunk

Auteurs : Tim Powers
Couverture : Philippe Caza
Traduction : Gérard Lebec
Date de parution : janvier 1986 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1

Lire tous les articles concernant Tim Powers

Un authentique roman d’aventure.

Si Tim Powers est en France assez largement méconnu, c’est sans doute à cause de l’énorme renommée des Voies d’Anubis. Ami intime de Philip K. Dick, partner in crime de K. W. Jeter et surtout de James P. Blaylock, il signe là un roman qui éclipse, chez nous, tout l’ensemble de son œuvre. Sorti en 1983, Les Voies d’Anubis place, il faut bien le dire, la barre tellement haut, que Powers aura bien du mal, par la suite, à retrouver l’élégance et l’inventivité bouillonnante qui illumine cette histoire exemplaire de paradoxe temporel.

Un peu de tourisme en 1810

Tout commence pour Brendan Doyle, professeur de littérature anglaise, par l’offre incongrue que lui fait un jour J. Cochran Darrow. Milliardaire atteint d’une maladie presque incurable, ce dernier a mis au point une technique permettant de s’immiscer dans la trame du temps. Il va mettre cette technologie révolutionnaire au service de sa guérison, en organisant, à prix d’or, des soirées de tourisme historique. Ainsi, projette-t-il d’envoyer un aréopage choisi, assister à une conférence que le poète anglais Samuel Coleridge avait donnée à Londres en octobre 1810. Afin du justifier du prix tout à fait exorbitant des places, Darrow a besoin d’un guide. D’un spécialiste de la littérature anglaise du XIX siècle. Ce sera Brendan Doyle. L’arrière-goût de mercantilisme de l’affaire déplaît souverainement à celui-ci, mais il va pourtant se laisser convaincre, car il sait qu’un autre poète a assisté à cette conférence : le mystérieux William Ashbless. On sait peu de choses de cet auteur américain, qui a choisi d’aller vivre en Angleterre au début du XIXème siècle. Pour Doyle, qui est un spécialiste de son œuvre, c’est une occasion inespérée. Aussi, lorsqu’il arrive en 1810 et constate qu’Ashbless n’est pas dans l’assistance, il a du mal à surmonter sa déception. Il remplit toutefois son contrat, et c’est au moment de repartir vers le présent, que Doyle est enlevé par une troupe d’étranges bohémiens. Désormais prisonnier du temps, il va entreprendre de partir à la recherche de son auteur fétiche, dans un Londres où s’affrontent sectes et sociétés secrètes, où des hommes-loups sèment chaos et destruction et où la magie prend le pas sur une technologie encore balbutiante.

Chef d’œuvre…

Les Voies d’Anubis n’est pas à proprement parlé un roman de steampunk. C’est plutôt une plongée dans la littérature fantastique du XIXème siècle. Il y a là-dedans du Dickens et du Eugène Süe. Le merveilleux s’y acoquine à l’horrifique, le tout sur un rythme trépidant, feuilletonesque. Powers, prend manifestement un tel plaisir à construire son récit qu’il s’offre même le luxe d’y inclure deux autres paradoxes temporels qu’il bouclera, eux aussi, avec une rare élégance. Sa façon de mêler personnages historiques et personnages de fiction fait mouche. Ainsi, alors qu’il était simplement né d’une farce d’étudiant à laquelle s’étaient livrés Powers et Blaylock, le mystérieux Ashbless prend une consistance singulière en côtoyant Byron ou Coleridge. Au point même, que certains critiques outre-Atlantique ont cru à son existence.

Les Voies d’Anubis reste, au bout de 20 ans, une œuvre profondément originale et généreuse. Parfaitement jubilatoire. Et lorsqu’on me demande quels livres conseiller à quelqu’un désireux de s’initier aux genres de l’Imaginaire, c’est immanquablement celui-ci qui me vient en premier à l’esprit. C’est ce qui m’est moi-même arrivé, il y a de cela bien des années maintenant. Et ce fut sans doute le meilleur sésame vers tous les mondes qui, depuis, se sont ouverts à moi.

Eric Holstein