Jack Barron et l’éternité
de Norman Spinrad
aux éditions J’ai lu ,
collection Nouveaux Millénaires
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Speculative fiction

Auteurs : Norman Spinrad
Traduction : Hélène Collon
Date de parution : janvier 2016 Réédition
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 380
Titre en vo : Bug Jack Barron
Parution en vo : 1969
Première parution : novembre 1971


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Toujours actuel grâce à sa description acide des milieux de la télévision et de la politique, Jack Barron et l’éternité pose une question essentielle : jusqu’où peut-on aller pour échapper à la mort ? Décapant

Spinrad avant Spinrad
 
Au moment de la rédaction de Jack Barron et l’éternité (titre français qui n’a que peu à voir avec l’original), Norman Spinrad est loin du mythe vivant qu’il est aujourd’hui, invité permanent des festivals de science-fiction (c’est un habitué des Utopiales de Nantes) : c’est au contraire un jeune auteur prêt à tout pour secouer le cocotier de la science-fiction de papa, qui a été au sommaire de l’anthologie Dangereuses visions d’Harlan Ellison (avec "Les anges du Cancer", génial). Après avoir publié Ces hommes dans la jungle, roman iconoclaste avec des scènes de sexe à faire hurler les pudibonds, il vend à son éditeur le sujet de Jack Barron et l’éternité, l’écrit… et se fait rembarrer par ledit éditeur. Dans sa très intéressante postface, Spinrad raconte avoir enchaîné les réponses négatives avant de rencontrer Michaël Moorcock qui lui propose de publier son roman dans sa revue New Worlds à Londres. Ce qui déclenche une mini-tornade médiatique en Grande-Bretagne, le roman choquant les conservateurs par sa crudité et sa description des mœurs politiques. Après avoir marqué des générations de lecteurs et de critiques, Jack Barron vaut-il encore cependant le coup ?
 
Face à la promesse d’immortalité
 
Ancien militant des droits civiques, ancien gauchiste et co-fondateur de la coalition pour la justice sociale, Jack Barron est devenu présentateur d’une émission de télévision, véritable poil à gratter des puissants de toute obédience. Jack est assez intelligent pour savoir qu’il n’est que cela, le poil à gratter d’un système où rien ne change. Il a désormais du fric, la gloire et toutes les femmes qu’il veut… Sauf la sienne, Sara Westerfeld, qui l’a quitté lorsqu’il a renoncé à ses idéaux de jeunesse. Voici cependant que Jack Barron est sollicité par ses téléspectateurs au sujet de la fondation pour l’immortalité humaine. Un projet de loi vise à lui conférer le monopole des recherches en matière de conservation des corps humains et de recherche de l’immortalité. Jack Barron attaque la fondation sur la question de son racisme supposé envers les noirs. Il ne sait pas qu’il vient de provoquer un débat qui risque de remettre en cause sa place… Car Benedict Howards, le patron de la fondation, est prêt à tout pour obtenir le soutien de l’État : il promet à Jack Barron tout ce qu’il veut. Mais le prix à payer n’est-il pas cependant exorbitant ? Jack ne va-t-il pas vendre son âme ?
 
Un roman toujours prenant et actuel
 
Alors Jack Barron et l’éternité vaut-il encore le coup d’être lu ? Après tout il s’agit d’un roman des années soixante, ancré dans son contexte : Spinrad y envisage la légalisation de la marijuana (à part dans le Colorado et les Pays-Bas, ce n’est pas fait), la domination des démocrates comme grand parti centriste aux États-Unis… Pour autant, ce roman reste actuel grâce à sa description du pouvoir de la télévision et de ses animateurs vedettes. Ensuite, le personnage de Jack Barron est comme un prototype de l’animateur star prêt à entrer dans la politique, ce qui a donné aux États-Unis Pat Buchanan et… Donald Trump. Sans compter qu’il existe réellement une fondation pour la cryogénie, la fondation Alcor. Enfin, le critique fut un jeune lecteur et avoue, un peu ému, que l’histoire d’amour entre Jack Barron et Sara Westerfeld est une des plus belles qu’il ait lues. C’est rare, la littérature de science-fiction n’est pas connue pour son côté rose bonbon. Les personnages et leurs relations sont donc un des atouts de Jack Barron et l’éternité, roman qui a très bien vieilli, comme son auteur. À (re)lire.

Sylvain Bonnet