Interview de Matteo Scalera

aux éditions
Genre : Interview
Date de parution : mai 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
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Nous avons pu rencontrer lors de la Paris Comics Expo 2016 le dessinateur de la série Black Science, aux éditions Urban Comics...

Actusf : Pouvez-vous vous présenter et nous indiquer comment vous en êtes arrivé au comics ?
Matteo Scalera : Eh bien je suis dans l’industrie du comics depuis maintenant neuf ans, j’ai commencé en 2007 avec Hyperkinetic, une comédie de sf pour Image Comics, puis j’ai commencé à bosser pour Marvel sur Deadpool, Secret Avengers et Hulk. J’ai ensuite travaillé pour DC sur Batman et réalisé pour eux quelques couvertures, avant de revenir chez Image. Je suis maintenant sur Black Science, en collaboration avec Rick Remender au scénario.

Actusf : Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec lui ?
Matteo Scalera : En effet. On a commencé à travailler ensemble en 2012 sur Secret Avengers, avec huit épisodes avant de se séparer, mais on avait bien l’intention de se retrouver un jour sur un même projet, ce qui a pris un peu de temps. On avait beaucoup apprécié ce travail en commun, ma venue sur cette série s’est d’ailleurs faite grâce à Rick, qui cherchait un dessinateur. Il se trouve qu’il suivait mon travail sur mon site internet, et il s’est dit que ça collait avec ce qu’il voulait obtenir. Notre collaboration s’est très bien passée, vu qu’on a la même vision des choses sur la façon de raconter une histoire. Quand j’avais le script, je voyais exactement où il voulait en venir. Il aime beaucoup écrire les scènes d’action, et j’adore bosser sur ce genre de scène, ça tombe bien. Image nous a donné l’occasion de retravailler ensemble, autant en profiter !

Actusf : Dans Black Science les scènes d’action sont très dynamiques et rendent les albums très vivants, mais vous n’oubliez pas pour autant les décors... est-ce que c’est difficile de trouver un bon équilibre entre les deux ?
Matteo Scalera : En fait ça dépend... c’est une chose à laquelle il faut rester attentif ; lors des scènes d’action importantes, je réduis exprès le décor à sa plus simple expression, afin de pouvoir rester concentré sur l’action et la sensation de vitesse et de mouvement, mais lors des phases plus calmes et les dialogues, je peux davantage travailler dessus, et ajouter plein de détails. C’est à moi de trouver un équilibre finalement, et de réfléchir à ce qui doit être mis en avant sur chaque scène.

Actusf : Les mondes parallèles sont un des thèmes importants de Black Science ; c’est un sujet déjà maintes fois traité dans les comics, qu’est-ce que cette série apporte à ce sujet ?
Matteo Scalera : Du point de vue du lecteur, ce thème peut paraître important, mais ce n’est finalement qu’un aspect de la série. Pour prendre un exemple, dans The Walking Dead, on se rend compte que ce n’est pas juste un film de zombies, les monstres ne sont qu’un élément parmi d’autres. Le cœur de l’histoire reste les relations humaines, comment les hommes réagissent dans des situations extrêmes. Et c’est la même chose dans Black Science, on a tout un tas de différentes personnes, avec des attitudes différentes, et nous les confrontons à des situations dangereuses, ici face à une machine de voyage dimensionnel qui ne fonctionne pas comme elle le devrait. Ils ne savent jamais où ils vont être envoyés, ni combien de temps ils vont rester sur place. Le danger naît de ce voyage perpétuel dans l’inconnu. Notre but est de mettre en scène la façon dont les personnages réagissent devant ce type de situation extrême, et de ce point de vue, notre série a pas mal de choses en commun avec The Walking Dead.

On ne veut pas simplement parler de dimensions parallèles, mais aussi les rendre intéressantes : à chaque nouveau monde, Rick passe pas mal de temps à se documenter et à chercher sur le net des images de bâtiments, de créatures qui pourront servir de matériau pour le dessin, pour que j’ai une idée claire de ce qu’il a en tête. Tout ça me sert de base et d’inspiration pour mettre en scène ces mondes alternatifs. On n’a qu’un mois entre chaque épisode de 25 pages, c’est beaucoup de boulot, il s’agit d’être efficace. Après, on souhaite surtout travailler sur l’évolution des personnages et leur cohérence, donc les mondes autour servent les personnages, en quelque sorte, et non l’inverse. Les mondes parallèles servent de décor pour les personnages, qui sont au cœur de l’histoire.

Le héros de l’histoire n’est ainsi pas très sympathique au début, car il est juste obsédé par la science et néglige sa famille. On découvre par la suite qu’il y a une raison à ce comportement, qu’on découvrira plus précisément dans le quatrième volume qui doit bientôt sortir. En deux mots il a un lourd passé familial auquel il doit faire face, et je crois que les lecteurs finiront par l’apprécier, alors que ce n’était pas évident au départ, vu qu’il est plutôt détestable. Pareil pour le méchant de l’histoire, il a une certaine vision des choses qui n’est pas là par hasard, juste pour avoir un méchant. Il est très pragmatique et pourra certes paraître insensible, mais c’est aussi pour lui une façon de se préserver.

Actusf : C’est vrai que Black Science a une belle galerie de personnages...
Matteo Scalera : Oui, ils sont très fouillés et on a encore exploré qu’une petite partie d’entre eux. Les prochains épisodes se focaliseront sur des personnages qu’on a un peu moins vus jusque-là, mais qui ont aussi leur importance ! L’intrigue de Black science est complexe, et c’est toujours le cas quand il y a beaucoup de personnages ; il faut du temps pour analyser la situation et la comprendre dans sa globalité.

Actusf : Est-ce que vous savez où vous allez, où est-ce que l’histoire prend parfois une direction inattendue ?
Matteo Scalera : On a déjà une bonne idée de la conclusion, on ne dépassera en tout cas pas les 40 épisodes, je pense. C’est vrai qu’on ajuste à chaque fois selon les nouvelles bonnes idées qu’on peut avoir sur le moment, mais on garde un fil conducteur clair, histoire d’éviter les mauvaises surprises pour le final. Avoir une bonne conclusion est indispensable si on veut que les lecteurs ne soient pas déçus. C’est comme un bon dîner : il faut que le dessert soit à la hauteur, sinon on ne retient que le final raté... On a donc notre fil conducteur avec un point précis qu’on veut atteindre, mais on doit trouver le meilleur chemin pour y parvenir.

Actusf : Concernant le dessin, vous dessinez en noir et blanc, et c’est Dean White qui colorise ?
Matteo Scalera : Oui. Il s’est occupé des épisodes 1à 11, et là nous avons un nouveau coloriste, Moreno Dinisio. Sa façon de travailler ressemble à celle de Dean White, mais avec un côté plus graphique, il fait un vrai rendu d’illustrateur, comme sur les couvertures de comics ; il y une telle profusion de couleurs, j’aime beaucoup le résultat ! Après ça ne change rien à mon travail, au final, l’essentiel étant d’arriver à un résultat satisfaisant pour tout le monde.

Actusf : Avez-vous d’autres projets, en dehors de Black Science ?
Matteo Scalera : Je n’ai pas encore d’idées précises, mais j’ai plusieurs choix : l’un d’eux est de faire une pause, c’est l’avantage de travailler pour Image, on perçoit des royalties sur les ventes du comics pendant un certain temps, ce qui me laissera sans doute un an sans avoir à me préoccuper de mes finances. Je pense ensuite me remettre à la peinture, j’en faisais pas mal quand j’étais plus jeune. Et réaliser aussi quelques couvertures pour DC ou Marvel.

Une autre possibilité est de revenir sur une de mes séries, Retrievers, qui mettait en scène des méchants particulièrement stupides. J’avais prévu quatre épisodes et il en manque un, j’aimerais la conclure. Je ne serai pas contre non plus travailler sur des one shot autour des personnages de Batman ou du Punisher.

Actusf : Que pensez-vous de la mode récente des films et séries autour des super héros ?
Matteo Scalera : C’est plutôt cool, et si ça peut attirer du monde vers les comics, tant mieux ! J’avoue avoir une préférence pour les séries tv, qui permettent de bien développer les personnages. J’aime beaucoup Daredevil, par exemple. C’est un bon exemple de ce qu’il faut faire pour adapter les comics, pour moi.
 

Tony Sanchez