L’Oreille interne
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de Robert Silverberg
aux éditions Folio SF
Genre : SF

Auteurs : Robert Silverberg
Couverture : Damien Venzi
Traduction : Guy Abadia
Date de parution : janvier 2007 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 333
Titre en vo : Dying Inside
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : janvier 1972


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L’incontournable de Silverberg

S’il ne vous faut lire qu’un seul livre de Robert Silverberg, pour votre propre édification, ce doit être L’Oreille interne.

Voilà LE roman sur lequel s’est bâtie sa réputation d’auteur à part, tant il est vrai que tout tend à le distinguer du commun.

Nous sommes en 1972, donc au plus fort de la période faste de Silverberg. Il vient d’enchaîner Les Monades Urbaines et Le Livre des crânes, deux œuvres dures et sombres, qu’il a portées en lui, puis extirpées, au prix d’un travail personnel intense. Un travail dont n’était guère coutumier le prolixe spadassin des années 60. Et pourtant, encore aujourd’hui lorsqu’il parle de L’Oreille interne, il en commente la gestation d’un laconique : "Oui… il n’a pas été facile à écrire celui là."

Et c’est sans doute, même s’il s’en défend, parce qu’il y a dans les affres de David Selig, beaucoup de ceux de son auteur.

Un héros qui lui ressemble

Tout comme lui, David est un jeune New-Yorkais, brillant, et diplômé de l’université de Columbia. Tout comme lui, il vient d’une famille juive, mais ne pratique pas. Enfin, tout comme Silverberg qui a toujours été très conscient de ce que sa facilité d’écriture avait d’exceptionnel, son héros sait parfaitement que le fait d’être télépathe, le place au-dessus du commun des mortels.

Le hasard, la destinée, ou tout ce que vous pouvez bien imaginer d’autre, ont donné à David Selig cette faculté, et c’est toute sa vie qui s’est enroulée autour. Elle en a fait un être à part, capable de tirer du cerveau de ses semblables les recettes du succès, mais l’a condamné à la solitude. Pour finalement en faire un homme totalement dépourvu d’ambition. Dépourvu de l’envie de faire usage de ces recettes. Et c’est là que la comparaison avec Robert Silverberg perd définitivement toute pertinence.

Lorsque débute le roman, c’est un Selig en pleine crise d’identité que nous retrouvons. Il le sent, il le sait : son pouvoir l’abandonne. Cela a commencé si abruptement. Un jour, sans aucune raison apparente, il s’est retrouvé seul dans sa tête. Le temps d’un court instant, il n’a plus entendu l’écho des autres. Ce pouvoir qui était sa malédiction devient alors quelque chose de précieux, et sa perte progressive entraîne David dans une quête introspective douloureuse. De cette chrysalide de doutes, un autre homme émergera. Mais qui sera-t-il ?

Indispensable !

Il y a un peu de David Selig en chacun de nous, et c’est ce qui rend ce roman si indispensable. Nourri de ses propres doutes, la force de Silverberg est de donner à son questionnement une dimension universelle, sans jamais faire de L’Oreille interne une œuvre autobiographique. C’est de cette façon que l’on fait les classiques.

Tout comme son héros, l’écrivain a parfois le sentiment de perdre ce qui le rendait si unique. Lui qui pouvait écrire jusqu’à quatre nouvelles par semaine, n’accouche plus désormais que dans la douleur. Alors que reste-t-il de Robert Silverberg s’il n’est plus le phénomène éditorial de ces débuts ? Que reste-t-il de David Selig, s’il n’est plus un télépathe ? Que reste-t-il de nous au fond, à mesure que les années passent, et que les illusions et les rêves s’érodent au fil de la vie ? Mais qu’est ce qui fait de nous des individus ? Qu’est ce qui nous rend si spéciaux à nos propres yeux ? Et pourtant souvenez-vous : à vingt ans nous étions tous tellement uniques.

L’Oreille interne, vous parle du temps qui passe, vous parle de vous et de la vie. De la vie en mouvement et du devenir. Un message alternativement chargé d’amertume et d’espoir. Il n’y a donc pas de hasard si, plus de trente ans après sa sortie, il reste un authentique chef d’œuvre.

Eric Holstein