Interview 2016 : Roznarho pour son premier roman Rêves d’Utica
de Roznarho
aux éditions Homme Sans Nom
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Post apocalyptique

Auteurs : Roznarho
Couverture : Jaouen Salaün
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 400
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie aux éditions de L’Homme Sans Nom de son premier roman, Roznarho répond à nos questions sur cet ouvrage aux influences variées.

ActuSF  : Bonjour Roznarho et merci de répondre à nos petites questions ! Alors pour commencer pourriez-vous vous présenter un peu ? Pourquoi choisir de publier sous pseudonyme ?

Roznarho  : Bonjour et merci pour cette interview ! Pas facile de se présenter en quelques lignes ! On dira que je suis une passionnée de beaucoup de choses, et qui essaye de tout mener de front. Pour l’heure, je suis en train de terminer ma thèse de doctorat, que je vais bientôt déposer. Au départ, je suis archéologue, préhistorienne. Je me suis rapidement retrouvée sur des terrains africains et cela a été une révélation, car il y avait tant de choses à dire et à faire ! J’ai aussi la chance de travailler avec des personnes formidables, spécialistes de la forêt tropicale, et qui m’ont beaucoup appris.

La question de prendre un pseudo ne s’est pas posée, mais c’est vrai qu’il a été long à choisir. Mon nom d’usage me sert pour mon activité en recherche, et c’est la première chose que l’on trouve quand on le tape sur Internet. Je voulais vraiment séparer les deux activités, la recherche et l’écriture. Ensuite, je suis assez engagée sur la question du genre. Je n’aime ni le machisme, ni l’extrême inverse. Choisir un pseudo asexué me convenait donc très bien, surtout lorsqu’il s’agit d’écrire de la SF, où la question du genre peut se retrouver complètement brouillée. Finalement, j’ai opté pour un nom de famille, seul, qui se rapporte à mes origines bretonnes, tout en évoquant ce qui est secret, caché, encore à découvrir, et donc ma première passion, l’archéologie.

ActuSF  : Rêves d’Utica (qui sortira aux éditions de L’Homme Sans Nom le 25 août 2016) est votre premier roman. Quel a été le point de départ pour l’écriture, l’origine de ce roman ? Pouvez-vous le résumer un peu pour nos lecteurs ?

Roznarho  : Plus jeune, j’aimais beaucoup écrire des histoires, courtes pour la plupart. Ma mère et mes grands-pères sont de très bons conteurs, et j’ai été bercée par leurs récits, écrits ou oraux. Puis les études sont arrivées, longues et spécialisées. Même si j’ai aussi fait lettres, j’ai oublié d’écrire, et surtout de lire autre chose que de la littérature pour les cours. L’histoire de Rêves d’Utica, me trottait depuis longtemps dans la tête, mais je ne me sentais pas légitime pour l’écrire. Mais un jour, sur le terrain en Afrique, j’ai eu le déclic, et je me suis mise à écrire ce qui me passait par la tête. Utica est loin de la réalité de ce que j’ai pu voir, fort heureusement, mais c’est une manière de dire que je n’oublie pas tous ceux que j’ai rencontrés au cours de ces dix dernières années (déjà !) J’ai fait lire le début à mon mari, Feldrik Rivat, qui a été agréablement surpris par le texte. Il m’a invitée à le présenter à son éditeur, Dimitri Pawlowski, qui a tout de suite été d’accord pour le publier ! On peut dire que j’ai vraiment de la chance, et je les remercie tous les deux de m’avoir encouragée à faire aboutir ce projet.
 

Rêves d’Utica est un récit initiatique, sujet somme toute classique pour un premier roman, et qui aborde des questions liées à l’adolescence. L’héroïne, Alyss, vit avec sa famille dans un bidonville géant pour réfugiés. Des événements imprévus vont l’obliger à en partir seule, et son objectif va alors être d’atteindre Utica, une cité refuge mythique située aux antipodes. Alyss va être amenée à traverser l’Afrique, de l’Égypte à l’Afrique du Sud, en suivant les grands fleuves. Utiliser le thème du voyage était un bon moyen d’aborder la géographie, les paysages, l’archéologie et l’histoire si riches de ce continent. Sur son chemin, Alyss va être confrontée à une galerie de personnages variés, qui vont l’aider (ou pas) à atteindre Utica. Elle va aussi être accompagnée d’un biobot, une créature sympathique qui, j’ai pu m’en rendre compte ces derniers jours, ressemble furieusement à un Pokémon !

ActuSF  : Quelles sont vos inspirations ou influences en particulier ? Le nom du protagoniste « Alyss » nous évoque par exemple Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll ?

Roznarho  : Les inspirations sont très variées ! Je garde comme références SF Aldiss et Herbert, que ma mère m’a fait découvrir très jeune, puis Dick, Gibson, van Vogt, Simmons, pour ne citer qu’eux. Il y a aussi les Romantiques du XIXe, que j’affectionne tout particulièrement.

Alyss est une fusion entre l’Ulysse d’Homère et l’Alice de Lewis Carroll. D’ailleurs, Utica est construit en 24 chapitres, la plupart du temps assez longs, car je m’étais donné comme contrainte de reprendre la forme de l’Odyssée, épopée que j’ai lue et relue à différentes périodes. Les chapitres peuvent même être perçus comme des aventures indépendantes mais qui se suivent. Ils commencent tous par une vision d’Alyss. La mythologie, les contes et les légendes sont aussi très présents, qu’ils soient européens ou africains, parce qu’ils possèdent tous au moins deux niveaux de lecture. Utiliser Alice m’a permis d’aborder la physique quantique –ce que Carroll faisait déjà en son temps–, et j’ai même trouvé des résonances entre cette histoire, l’actualité scientifique (ex. les ondes gravitationnelles), et certains épisodes de l’Odyssée.

Pour ceux qui veulent s’amuser un peu, ils pourront aussi traquer les références à une vingtaine de films fantastiques et de SF des années 1980-90 qui ont marqué mon enfance et mon adolescence ! Les plus jeunes pourront lire une aventure, les plus vieux y voir un ancrage dans une génération.

Enfin, plusieurs sujets d’actualités sont abordés, notamment les conflits récents ou en cours et leurs conséquences malheureuses, ainsi que des thématiques liées à l’environnement et aux nouvelles technologies.

ActuSF  : Pouvez-vous nous parler de l’univers créé pour Rêves d’Utica ? Le résumé du roman nous promet en effet des « peuples barbares, savants fous, humains augmentés, cyborgs et intelligences artificielles »

Roznarho  : L’histoire se déroule dans un univers post-apocalyptique, qui croise donc mythologie, contes et légendes, fantastique et cyberpunk. Comme dans l’Odyssée, l’héroïne se retrouve en terre étrangère, et elle va devoir s’adapter à chaque nouvelle rencontre, chaque nouveau lieu, tout en développant ses propres capacités. Utica aborde la question des frontières, qu’elles soient géographiques, physiques ou mentales. Un sujet qui me passionne est celui des rites de passage : celui de l’enfance à l’âge adulte, celui de fille à femme, celui d’humain à machine, de machine physique à intelligence désincarnée, etc. Dans cette histoire, les êtres sont hybrides, rafistolés, augmentés, piratés, déshumanisés, éthérés, animaux ou robotiques avec une pointe de biologique. Ils peuvent appartenir à une dimension passée, au présent ou à un potentiel futur. Les monstres peuvent être physiques ou moraux, voire les deux ! En tout cas, qu’ils soient adjuvants ou non, Alyss va toujours apprendre d’eux, et s’interroger sur sa propre humanité. Mais l’objectif du texte est avant tout de raconter une aventure.

ActuSF  : Parlons également de la couverture. Comment s’est passée sa création ?

Roznarho  : Au départ, je pensais demander une couverture très sombre, un peu triste, mais cela ne correspondait qu’à une partie de l’univers. Alors, nous avons réfléchi à plusieurs et gardé la dimension du rêve, pour faire écho au titre. Pour l’illustrateur, la question ne s’est pas posée. J’avais vraiment envie de travailler avec Jaouen Salaün, illustrateur de SF talentueux qui est actuellement sur la série Eternum chez Casterman, avec Christophe Bec au scénario, ce dernier étant aussi pour moi une référence en matière de BD. Nous voulions une couverture courant sur la première et la quatrième. Les cabanes en planches et en tôle du bidonville et la couleur rouge de la terre ferrugineuse étaient très importantes pour moi, car elles évoquent des souvenirs. Ensuite, Jaouen s’est complètement approprié l’univers et en a fait quelque chose de formidable. J’en suis vraiment très heureuse et l’en remercie.

ActuSF  : Avez-vous d’autres projets à venir ?

Roznarho  : Ce ne sont pas les idées qui manquent ! Le problème est d’arriver à toutes les écrire, si elles le méritent, bien entendu. Je planche actuellement sur Scarlett, un autre projet de SF prévu pour 2017. Il s’agira d’un roman un peu plus défouloir, à savoir une histoire mettant en perspective des sujets d’actualités, le tout sur un ton grinçant. J’espère simplement y arriver !

ActuSF  : Où les lecteurs pourront-ils vous retrouver en dédicace ?

Roznarho  : Ils pourront me retrouver avec Feldrik Rivat au Cultura de la Défense (92), pour commencer, car nous serons en région parisienne à partir de fin août jusqu’à Noël. Toutes les dates sont disponibles sur mon site. Un salon est aussi prévu fin octobre, Comic’Con Paris à la Villette, où nous serons sur le stand de notre éditeur, L’Homme Sans Nom. Je me réjouis d’avance de retourner, car l’ambiance de l’an passé m’a vraiment plu.
 
ActuSF  : Enfin, le mot de la fin, avez-vous un coup de cœur littéraire à partager avec nous pour cette rentrée littéraire 2016 ?

Roznarho  : Depuis que je les ai découvertes je suis avec passion Nathalie Dau et Estelle Faye, deux auteures aux univers très différents, dont j’affectionne le style et la liberté de ton. Je lis leurs romans sans pouvoir les lâcher et y prends un très grand plaisir. Le dernier, mais pas des moindres, Feldrik Rivat qui, en plus d’être quelqu’un d’exceptionnel, est un auteur formidable qui m’a même réconciliée avec la fantasy. Son dernier roman à paraître en septembre, Le Chrysanthème Noir, est une véritable pépite en termes d’écriture et de postulats uchroniques. Je vous recommande aussi mes camarades de l’Homme Sans Nom ! Dimitri Pawlowski a vraiment du mérite concernant ses choix éditoriaux. À l’avenir, j’espère pouvoir consacrer plus de temps à la découverte d’autres auteurs, en particulier francophones.

Un grand merci pour vos questions et pour vos encouragements ! Bonne continuation !

Hermine Hémon