Manesh
( Les Sentiers des Astres 1 )
de Stefan Platteau
aux éditions J’ai lu ,
collection SF
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Epique
  • High fantasy
  • Mythologie

Auteurs : Stefan Platteau
Couverture : Johan Camou
Date de parution : avril 2016 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 736
Titre en vo : Manesh
Première parution : avril 2014


Achetez-le en numérique !

Lire tous les articles concernant Stefan Platteau

Le lauréat des Imaginales 2015 vient de sortir en poche

... et c’est donc l’occasion de (re)découvrir ce petit bijou de la fantasy francophone avant de se jeter sur la suite, Shakti, tout juste parue en mai 2016. Premier tome d’une saga prometteuse intitulée Les Sentiers des Astres, Manesh est un roman initialement paru aux Moutons Électriques en 2014. Après l’avoir dévoré, on ne sera guère surpris d’apprendre que Stefan Platteau, l’auteur, est un passionné de mythologies et d’épopées anciennes doté d’une formation d’historien.
 
« - Combien de temps ton récit va-t-il encore cheminer ?
- Un certain temps. »
 
Au cœur du Vyanthryr, la vaste forêt boréale, deux gabarres remontent lentement un fleuve vieux comme le monde. À leur bord, une vingtaine d’hommes sont prêts à braver tous les dangers de cette région trop ancienne pour retrouver la trace du Roi-Diseur, l’oracle mythique, dans l’espoir de trouver une solution qui mettrait fin à la terrible guerre civile ravageant leur pays. Ils ne s’attendaient pas à croiser sur l’eau glacée du fleuve un homme gravement blessé, attaché à une branche. Que fait-il si loin de toute civilisation ? Comment s’est-il retrouvé dans cette situation précaire ? Autant de questions auxquelles il lui faudra répondre s’il espère rester à bord avec ses nouveaux compagnons…
 
Complexe mais superbe
 
Soyons lucides : Manesh, c’est le genre de roman que l’on peut adorer comme détester. Pour certains, ce sera le parcours du combattant : il faudra de la persévérance pour réussir à pénétrer cet univers de fantasy d’une rare densité et de la patience devant une narration lente et contemplative dont on n’a plus vraiment l’habitude. Sans cela, la lecture pourrait se révéler fastidieuse et les premiers chapitres décourageants, avec une avalanche d’éléments d’arrière-plan, des noms compliqués aux sonorités peu familières et de nombreux personnages qu’il sera difficile d’apprivoiser. Et puis, il y a le style sophistiqué du narrateur – Fintan Calathynn, barde de son état – qui confère tout d’abord au roman une certaine froideur.
 
Oui, il peut s’avérer difficile d’entrer dans le monde de Fintan et de ses compagnons. La construction du roman, avec un récit enchâssé dans un autre, peut également dérouter : c’est qu’outre les péripéties des deux navires le long du fleuve, nous suivons également celles du rescapé, Manesh, qui à l’image d’une célèbre conteuse de notre connaissance relate l’histoire de sa vie en ne cessant d’en repousser la fin dans des méandres narratifs… Pour séparer clairement les deux intrigues, le roman alterne alors les passages racontés directement par Fintan, écrits au présent et à la première personne, avec d’autres rédigés quant à eux au passé et à la troisième personne.
 
Mais cette complexité du texte est le prix à payer pour obtenir la puissance et la beauté narratives de ce premier tome. Fin barde lui-même – on pourrait le croire ! – Stefan Platteau imprègne son roman de lyrisme avec une plume d’une rare qualité, aussi intense que solennelle. Loin d’être une barrière qui empêcherait d’accéder à l’histoire, elle est ce qui donne sa force d’évocation, sa fibre homérique à l’odyssée qui nous est contée : et comment mettre de côté l’évidente maîtrise des imaginaires celtes, scandinaves et védiques, qui participe également à donner sa profondeur mythologique au roman ?
 
Lorsque la fin se profilera pour vous arracher aux inquiétantes forêts septentrionales, vous serez surpris. Surpris de découvrir à quel point vous vous serez attachés aux différents personnages, même les plus discrets, avec leurs forces, leurs secrets et leurs blessures ; surpris de voir comment les longs détours empruntés par le récit de Manesh prennent pleinement leur sens et rejoignent celui de Fintan ; et enfin surpris par le rythme haletant des derniers chapitres, absolument palpitants, qui vous laisseront bouleversés et avides de connaître la suite…
 
Épique, exotique, puissant, superbement maîtrisé sur le plan narratif, Manesh saura emporter le cœur des lecteurs qui se laisseront charmer par ce récit à deux voix. Un beau et long voyage en perspective.

Ariane Marquis