L’homme éclaté
de David Gerrold
aux éditions Casterman ,
collection Autres temps, autres mondes
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Voyage dans le temps

Auteurs : David Gerrold
Couverture : Serge Ceccarelli
Traduction : Guy Abadia
Date de parution : mai 1978 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 190
Titre en vo : The man who folded himself
Parution en vo : 1973

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Un récit de voyage temporel des plus atypiques, qui joue avec les paradoxes en faisant preuve d’une salutaire insolence !

David Gerrold est bien connu des aficionados de la série originale de Star Trek puisqu’il a écrit plusieurs romans situés dans cet univers ainsi que le scénario d’épisodes dont quelques-uns sont devenus célèbres, comme celui qui met en scène les tribules, ces petites boules de peluche extraterrestres possédant la propriété de se multiplier à une vitesse ahurissante. Bien que Star Trek remplisse une grande partie de son CV, David Gerrold a également écrit quelques romans et nouvelles qui ont été jugés assez intéressants pour concourir plusieurs fois aux côtés des meilleurs auteurs aux prix Hugo et Nebula. L’homme éclaté a d’ailleurs figuré dans les cinq romans de la sélection pour l’année soixante-treize du Nebula, finalement remporté par A. C. Clarke avec Rendez-vous avec Rama. Parfois, on ne peut pas lutter...

Biographie d’un egomaniaque.

Danny a dix-neuf ans et un bon oncle Jim qui lui verse une confortable pension. Le jour où celui-ci lui annonce qu’il va bientôt se retrouver à la tête de quelques centaines de millions de dollars, Danny n’en croit pas ses oreilles. Puis l’oncle Jim meurt en ne lui léguant qu’un drôle de gadget qui lui permet de voyager dans le temps. La vie de Danny prend alors un tour inattendu, d’autant que la fortune qu’il espérait semble avoir du mal à trouver le chemin de son compte en banque... D’un saut temporel à l’autre, le jeune homme crée autant d’univers parallèles dans lesquels il rencontre son double, son triple, et encore bien d’autres versions pour le moins déroutantes de lui-même. Certaines d’entre elles se comportent de façon assez étrange, bien qu’il les comprenne parfaitement. Après tout, c’est toujours de lui-même dont il s’agit, n’est-ce pas ?

— Je m’aime à la folie !
— Moi aussi, mon amour !

Le style simple et décontracté adopté par David Gerrold exprime plutôt bien l’intimité des relations qu’entretient le personnage avec ses alter ego. Danny Eakins est d’ailleurs si proche de lui-même qu’il en devient agaçant, mais c’est certainement volontaire : s’il nous irrite à ce point, c’est peut-être bien parce qu’il nous ressemble un peu trop... Il ne s’intéresse malheureusement qu’aux aspects les plus superficiels de sa personnalité et ne profite du pouvoir dont il a hérité que pour satisfaire aveuglément ses désirs les plus charnels et tenter de compenser ses nombreuses frustrations. Danny est pathétique, tous ses efforts ne contribuent qu’à illustrer son incommensurable vanité ! Il accumule les bourdes, laissant au lecteur le choix entre tenter de suivre la logique de ses errements temporels ou abandonner les paradoxes et se contenter d’observer en ricanant les déboires d’un personnage qui ne malmène finalement que lui. Rarement un récit de voyage dans le temps aura été aussi réjouissant. David Gerrold explore les paradoxes et en exploite méthodiquement les possibilités avec un soin qui frôle l’exhaustivité. Il est bien dommage que ce court roman de science-fiction psychologique soit devenu rare, car il pourrait illustrer à merveille le « connais-toi ? Toi-même ! » platonicien ou, mieux encore, démontrer la pertinence de la maxime du philosophe Clément Rosset « Moins je me connais, mieux je me porte. » La lecture de L’homme éclaté est facile, drôle et pourrait utilement contribuer à dégonfler nos ego, toujours trop volumineux… 

Fred Combo