Catastrophes
( 1 )
de Michel Demuth
aux éditions Omnibus
Genre : SF
Sous-genres :
  • Anticipation

Auteurs : John Christopher , Thomas M. Disch , Harry Harrison , Michael Moorcock , Philip Wylie
Couverture : Daniel Kvasznicza
Anthologiste : Michel Demuth
Traduction : Alain Dorémieux
Date de parution : janvier 2006 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Anthologie
Nombre de pages : 832
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Des classiques de l’anticipation

Ca fait pas loin de 90 ans que ça dure. A intervalles réguliers, le grand public (re)découvre avec indignation les méfaits de l’industrialisation à outrance, de la pollution, des dégâts faits à l’environnement, en général dans le cadre d’une catastrophe, avec le décompte des victimes. Une de celles que tout annonçait, contre lesquelles des voix se sont élevées dans l’indifférence générale pendant des années, cassandres dont les médias ne font généralement passer le message que lorsqu’il est bien trop tard. Parfois parce que tout a été fait pour étouffer l’affaire, mais plus souvent parce que bien peu ont vraiment envie d’écouter des nouvelles déprimantes pendant le petit déjeuner. Du premier réveil après l’utilisation des gaz de combats lors de la Première Guerre Mondiale, au début d’une prise de conscience écologique après la Seconde, en passant par les innombrables désastres petits et grands depuis, les sursauts de conscience de l’humanité ont été nombreux, mais jusqu’ici, pas forcément suffisants pour faire véritablement la différence...

Mais il y a toujours eu des gens pour dénoncer et se battre, et la S.-F. (plus particulièrement l’anticipation) est un genre privilégié pour cela, puisqu’elle permet d’explorer des futurs possibles. Si les descriptions d’un avenir sombre et sans espoir regorgent dans la littérature de science-fiction de ces dernières années, on ne peut pas expliquer cela uniquement par un pessimisme ambiant. Au coeur des années de croissance, dans une période où la plupart s’inquiétaient plus de la Guerre Froide que des dégâts qu’ils causaient eux-mêmes, des auteurs se sont penchés sur les maux de l’humanité et de la planète, et le constat n’est pas brillant. Omnibus/SF a eu la brillante idée de rééditer cinq de ces romans, et cela donne un recueil où le plus optimiste est encore La Goélette des Glaces (The Ice Schooner, 1969), de Michael Moorcock.

Il faut dire que le recueil commence très fort par La Fin du Rêve (The End of The Dream, 1972), le dernier roman de Philip Wylie. Un roman qui se situe en 2023, dix ans après l’effondrement de la civilisation, et qui dresse un historique sans pitié de ce qui a mené à ce résultat : cupidité des industriels, refus des consommateurs de diminuer leur train de vie ou même de voir l’effondrement de l’environnement en face, erreurs de jugement et économies de bouts de chandelles sur divers problèmes qui, pris individuellement, n’avaient pas tant d’importance, mais qui, cumulés, ont contribué à rendre la planète inhabitable... Cette chronique a posteriori d’un désastre est d’autant plus horrifiante qu’on y reconnaît bien des éléments qui nous sont familiers, et que, dans de nombreux passages, si l’auteur s’est trompé, c’est sur l’échéance à laquelle les choses se produisent, non sur les faits eux-mêmes. Ce récit vieux de trente-cinq ans identifie déjà les divers protagonistes du futur désastre, depuis les populations qu’ennuient les mauvaises nouvelles et qui refusent de sortir sans leur voiture, jusqu’aux industriels qui geignent devant la nécessité de devoir dépolluer leurs rejets, et aux gouvernements qui plient devant les deux et refusent d’accréditer les données penchant dans la mauvaise direction. Si nos problèmes actuels diffèrent parfois de ceux qu’a prévu Wylie, surtout vers la fin de son récit, il touche juste suffisemment souvent sur la bêtise et l’inconséquence humaine pour que le lecteur sorte de là plus qu’un peu assommé.

Mais ce n’était que la mise en jambes. Wylie ne nous avaient pas laissé de grands espoirs sur la capacité des humains à ne pas foncer droit dans le mur. Le deuxième récit, Terre Brûlée (No Blade of Grass, 1956), de John Christopher, raconte en direct l’effondrement de la civilisation, et surtout l’effondrement des valeurs d’un groupe de gens moyens, a priori ni pires, ni meilleurs que d’autres. Et le lecteur perd ce qui lui restait d’espérance que nous soyons capables ensuite de nous extirper dudit mur. Ce thème est d’ailleurs le leitmotiv des quatre derniers romans. Quand il est question de survie, le pire de chacun peut, voire est encouragé à, refaire surface, et même l’effort et le sacrifice sont égoïstes, car limités aux seuls proches. Ces quatre récits ont de la nature humaine une vision qui tend nettement plus vers William Golding que vers Octavia E. Butler.

Soleil vert (Make Room ! Make Room ! 1966) est le roman de Harry Harrison dont fut tiré le célèbre film éponyme avec Charlton Heston. De nouveau, un monde surexploité par l’homme dans lequel il ne reste plus assez de ressources pour la survie de tous, parce que le gouvernement n’a pas pris à temps des mesures pour décourager l’augmentation de la population. Un monde qui préfigure par de nombreux aspects les cités du courant cyberpunk, bondées, misérables, au marché noir prépondérant. Note pour le lecteur cinéphile : le rapport entre le scénario et le récit est relativement lointain.

La Goélette des Glaces
(The Ice Schooner, 1969), de Michael Moorcock, est sans aucun doute le plus optimiste de ces romans. La poursuite obstinée par un homme d’un rêve qui le conduira à rejeter l’avenir.

Le dernier roman, Génocides (The Genocides, 1977), de Thomas Dish, clôt ce recueil sur quelque chose qui ressemble bien à un retour de bâton karmique, puisque c’est le seul des cinq où l’humanité n’est pas responsable directement de sa perte. Pas directement, mais elle est ne va pas certainement pas laisser d’autres la conduire vers l’extinction sans au moins tenter d’y participer activement.

Michel Demuth a réuni là cinq romans de grande qualité, dont l’âge n’a pas ôté l’actualité, et a réussi à trouver un ordre de présentation qui en maximise l’impact. Une seule (toute petite) critique : une biographie un tout petit peu plus étoffée des auteurs eut été la bienvenue. Une bonne occasion, si vous n’avez pas lu ces romans, de les redécouvrir, et de prendre par cette même occasion une piqûre de rappel de conscience de l’environnement et une vaccination contre toute foi en la nature humaine.

Magda Dorner