de Christophe Blain et Joann Sfar
aux éditions Dargaud ,
collection Poisson Pilote
Scénariste :
Joann Sfar
Dessinateur :
Christophe Blain
Couleurs :
Audré Jardel
Date de parution : février 2002
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
Lire tous les articles concernant Christophe Blain ou Joann Sfar
Socrate le Demi-Chien est sorti en même temps que Le Chat du Rabbin. Mais ici Sfar officie seulement en tant que scénariste, les dessins sont de Blain.
Sfar
n’est plus à présenter tant son oeuvre commence à être
volumineuse et sa renommée ne cesse de grandir notamment grâce à
la diversité de ses créations. Il s’adresse avec la même facilité
semble-t-il aux adultes et aux enfants. Par exemple, Petit Vampire s’adresse
à un public jeune alors que la série Troll à laquelle
ont aussi collaboré Morvan et Boiscommun est destinée à un
lectorat plus âgé. Blain quant à lui a été primé
au Festival d’Angoulême pour le premier tome d’Isaac le Pirate. Son
dessin ressemble par certains aspects à celui de Sfar. Leur style est loin
de toutes conventions. Exit les détails superflus. Le crayonné donne
une nouvelle dimension aux ombres et le dessin de Blain surtout est comme flou
par instant. Les femmes qui naissent sous leur crayons se ressemblent étrangement
et ils paraissent partager le même amour des tâches de rousseurs.
L’équivalent canin d’un demi-dieu
Héraclès
est le premier tome de Socrate le Demi-Chien. Socrate est un demi chien
puisqu’il est le fils du chien de Zeus et il accompagne son maître Héraclès
qui lui est un demi dieu puisqu’il est le fils de Zeus. Mais contrairement aux
autres chiens, il a hérité de son origine divine le don de la parole.
Chien très intelligent, ce n’est pas pour rien qu’il se nomme Socrate.
Il tente désespérément d’établir un "dialogue",
au sens le plus platonicien du terme, avec son maître, mais ce dernier est
un barbare sans cervelle. Héraclès est le symbole même du
héros poussé jusqu’à la caricature. Il se bat contre tout
ce qui passe hommes, bêtes ou créatures féroces issues de
la mythologie grecque, clin d’œil à ses douze travaux. Socrate, lui,
commente tous les faits et gestes de son maître et plus largement encore
le comportement humain. C’est ainsi qu’il discourt sur l’amour, les femmes principalement
et qu’il analyse son maître dans ses relations avec les autres.
Ce n’est donc pas une histoire classique avec un début, un milieu et une
fin ponctuée de péripéties, qui est donnée à
lire ici mais une suite de petites réflexions illustrées. Le découpage
de la BD est très clair, très structuré, on y apprécie
le génie de la mise en page de nos deux auteurs. Chaque planche contient
en six cases une anecdote, une petite histoire avec ses effets de clôture.
Toute attaque de la planche est une phrase qui trouvera sa résolution à
la dernière case. Les planches débutent quasiment toutes par la
phrase "Mon maître" et immanquablement à leur fin on aboutit
à une distorsion entre la pensée et les idées de Socrate
et la réaction effective d’Héraclès plus proche de la brutalité
animale. Il faut noter aussi que les couleurs créent une unité,
chaque planche ayant un ton spécifique. La coloriste Audré Jardel
utilise toutes les ressources de sa palette.
Il est aussi intéressant
de remarquer que bien que Socrate prône le dialogue, celui-ci est presque
inexistant. c’est le discours du narrateur, qui est Socrate lui-même, en
"voix-off", si on peut se permettre une telle expression pour une parole
figée, qui commente les actions en haut de la case. Les bulles sont donc
essentielles lorsqu’elles apparaissent au détour d’une page. Elles revêtent
le caractère réel du dialogue où ce n’est plus Socrate qui
nous apprend quelque chose mais lui-même qui comprend. Ainsi, le système
de maïeutique se retourne contre lui et se sont les femmes avec qui il converse
qui en fin de compte lui apportent leur savoir.
Un BD qui donne à
réfléchir
Pour conclure, disons seulement que cette
BD va plus loin que l’on peut penser au premier abord. Donner la parole à
un chien, c’est une manière nouvelle de réfléchir sur de
grandes questions inhérentes à la nature humaine : l’Amour, la Fidélité,
la Liberté... Sfar nourrit de sa langue riche et poétique et souvent
si drôle par son ironie douce-amère le dessin de Blain. Socrate,
tout comme le Chat du Rabbin, est un chien ne ressemblant physiquement à
aucun autre de par sa couleur orangée et son museau à la taille
disproportionnée. Une BD qui, si elle ne prétend pas rendre plus
intelligent son lecteur, donne néanmoins matière à réflexion
et provoque l’agréable sensation que finalement la philo ce n’est pas si
compliquée lorsque c’est un chien qui nous l’enseigne.






