La Horde du Contrevent
( 1 )
de Alain Damasio
aux éditions Folio ,
collection SF
Genre : SF

Auteurs : Alain Damasio
Couverture : Boris Joly-Erard
Date de parution : mars 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : octobre 2004


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Un premier roman de SF

Le premier roman d’Alain Damasio, La Zone du Dehors (Cylibris, 2001), est un roman de S.-F. touffu et « concept », mêlant politique et philosophie. Le second, La Horde du Contrevent, est paru chez un nouvel éditeur, La Volte. Il est assez particulier, puisqu’il ne comprend pas qu’un roman, mais également la bande son (« la bande originale du livre », contenant douze morceaux et des plages d’ambiance) qui va avec, imaginée et composée par le musicien Arno Alyvan (on lui doit par exemple la musique de plusieurs courts-métrages, comme le court-métrage d’animation La Routine de Cédric Babouche, ou celle de Derrière les Fagots de Ron Dyens).

Autant vous le dire tout de suite, au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore eu accès à la B.O. Je ne vous rebattrai donc pas les oreilles de l’originalité du concept, de l’extraordinaire adéquation de la sonorisation avec le roman : je n’en sais rien. Je suis donc là pour vous parler du livre.

Première impression du lecteur moyen : hein ? Quoi ? On ne comprend rien. Une page passe, le lecteur obstiné s’obstine, une deuxième, il persévère, une troisième, il tient toujours... Et on s’aperçoit soudain qu’on est à la fin du premier chapitre (pas très long), et que ça commence à venir. Tout est à la première personne. Et il y a vingt-trois premières personnes différentes. Des personnalités, des désirs, des buts, des évolutions personnelles totalement différents, bien rendus par le style, pour une manière unique, schizophrène, de voir chaque événement.. Mais cela rend parfois (bon, souvent) le récit difficile à suivre, d’autant qu’il saute d’un personnage à un autre quasiment à chaque paragraphe. Le personnage est signalé par un glyphe qui lui est propre, mais de là à se souvenir de vingt-trois glyphes quand on se bat avec le récit...

A ce propos, il y a un site internet (http://www.lahordeducontrevent.org/liens.html), très bien a priori (mais il y a de nombreuses parties qui ne seront pas fonctionnelles avant quelques jours), avec des illustrations, des sons, et un certain nombre d’explications, d’extraits et de descriptions. Pour ceux qui se décourageraient dans la lecture, il peut s’agir d’une bonne incitation à avancer. Pour les courageux et les téméraires, y venir ensuite, c’est très bien aussi... Ne pas lire le résumé sur le site : il dévoile beaucoup trop de choses sur ce que le lecteur devrait découvrir au fil du récit. Car Alain Damasio est visiblement un maître dans l’art de faire durer le plaisir et de semer les informations une à une dans le texte. Le style en général est à l’image de la profusion d’idées qui sous-tend le récit et la manière de conter : un vocabulaire créé, créatif, mais qui énerve facilement au début tant certains « jeux de mots » semblent faciles. Alors qu’on finit par se rendre compte qu’il ne s’agit pas du tout de tentatives d’humour simpliste, mais d’un véritable vocabulaire spécifique, qui améliore l’immersion du lecteur dans cet univers très particulier (ou qui l’énerve à mort, c’est selon). A posteriori, on se dit que les souffrances et la désorientation du lecteur ont été volontairement provoquées pour le mettre dans le bon état d’esprit pour accompagner la Horde. Venons en donc au récit...

Autant en emporte le vent

Les vingt-trois membres de la 34e Horde contrent jour après jour : ils avancent, à pied, à contre-vent, un vent qui souffle toujours dans le même sens, d’amont en aval, un vent ravageur et meurtrier qui peut même emporter les maisons solidement construites. La 34e Horde est la meilleure jusqu’ici. Elle est formée de jeunes gens aux talents complémentaires, entraînés toute leur vie dans ce but. Elle ira plus loin que toutes les Hordes jusqu’ici, jusqu’à l’extrême amont, la source même du vent, quoi qu’il en coûte...

Un voyage initiatique


La Horde du Contrevent est un voyage initiatique. Un voyage qui entraînera les membres de la Horde au-delà d’eux-mêmes, au-delà de toutes leurs attaches, voire au-delà de leur propre utilité ou inutilité. Un conte cruel, masochiste mais non dénué d’une certaine superbe, l’histoire de désirs de dépassement qui écrasent tout, dans un univers réellement dépaysant et original, avec de très jolies inventions (comme la transcription du vent en glyphes par exemple). En tous cas, si vous vous sentez de taille à attaquer ce style très particulier sur un grand nombre de pages (il y a quelques moments où, il faut l’avouer, c’est un peu indigeste), vous aurez entre les mains un roman original et intéressant qui devrait être encore amélioré par l’ajout de la bande son correspondante.

Magda Dorner

Ceux qui l’ont rencontré nous disent parfois que dieu vomit les tièdes. Peut-être ? Allez savoir… En tout cas, Alain Damasio ne fait rien pour les conforter dans l’entre-deux. Car La Horde du contrevent est un livre qui partage. Prétentieux pour certains, ambitieux pour d’autres, épique ou gratuit, remarquablement travaillé ou pompeusement maniéré.

Et de fait, entamer sa lecture est presque un acte de foi. La forme déroute d’abord, avec ses premières pages semées au vent. Puis ses vingt-trois personnages, s’exprimant tour à tour, par paragraphes marqués de « glyphes ». Sans même parler de cette numérotation à rebours, finalement plus vaine que déroutante.

On parle beaucoup de la forme de La Horde du contrevent, mais finalement bien peu du fond. Car une fois débarrassé de ces quelques fioritures qui – disons le tout net – ne sont ni très originales, ni très utiles, il nous reste un excellent roman d’une facture assez classique. De la facture d’un classique, pourrait-on dire. Même si j’oserais glisser que le récit ne manque pas d’un certain souffle, La Horde du contrevent impressionne d’une toute autre manière. Livre monde téméraire, Damasio, en orfèvre du mot, plante davantage son univers par la maîtrise de son champ sémantique, que par une description sous assistance de cette fameuse « bande » que durant sept cent pages, la horde du neuvième Golgoth va « contrer ». C’est phrase par phrase qu’Alain Damasio va nous caler dans la trace de ses vingt-trois personnages, et nous emmener avec avidité vers cet inatteignable extrême-amont. Au point que sa fiction se mèle si intimement à l’acte de création, qu’il va transformer le roman en une mise en abyme complexe sur l’art du conteur. Un Art rude que Damasio présente comme un âpre sacerdoce. La conquête pied à pied de l’histoire, le long périple jusqu’au mot, puis jusqu’à la phrase. La quête persévérante d’une finalité qu’on sait si ténue. Et finalement le constat de cette évidence qu’on aura mis si longtemps à redécouvrir : seul le voyage compte.

Bien évidemment, La Horde du contrevent n’est pas dénué de défauts. Quel livre échappe à cette règle ? Ici on concèdera aux détracteurs d’Alain Damasio, une auto-complaisance stylistique qui se fait jour par intermittence. On s’interrogera aussi sur le fatras mystico-nietzchien qui soutient la philosophie des « hordiers ». Mais au final, on se laissera emporter, et on se souviendra de l’évidence : seul le voyage conte.

Eric HOLSTEIN