de Ray Bradbury
aux éditions Gallimard ,
collection Jeunesse
Auteurs :
Ray Bradbury
Couverture :
Moebius
Illustrations :
Kenneth Smith
Traduction :
Pierre-Paul Durastanti
Date de parution : janvier 2004
Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Recueil
Nombre de pages : 155
Age minimum : 10 ans
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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Un homme du vingtième siècle vous conte l’ère des dinosaures
Le Monde perdu de Conan Doyle n’a pas seulement inspiré
Michael Crichton. Sa première adaptation cinématographique date
en réalité de 1925. A cette époque, le jeune Ray Bradbury
n’a pas encore douze ans, et cette vision va agir comme un révélateur
pour ce gamin amené à devenir une des figures marquantes de la science-fiction
et du fantastique du siècle dernier (Fahrenheit 451, Les Chroniques
martiennes). Voici réunies six Histoires de dinosaures, écrites
entre 1950 et 1980 et publiées pour la première fois dans la langue
de Molière, agrémentées des performances graphiques de six
’brontosaures’ de l’illustration.
Les six nouvelles
de ce recueil ont toute l’ambition de répondre à cette question.
Les titres de ces histoires sont tout à fait savoureux. Et à
part dinosaure, qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? entame
le volume par son côté le plus enfantin : un môme, fanatique
de dinosaures et auréolé du pouvoir des rêves, peut-il se
transformer en un tel monstre fantasmatique ? Tyrannosaurus rex se veut
plutôt un hommage aux animations image par image des ’vieux films’, de l’ère
pré-numérique, mettant en scène des dinosaures déjà
plus vrais que nature.
Mes préférences vont à Un
bruit de tonnerre et à La corne de brume. La première
nouvelle forme la seule nouvelle franchement orientée science-fiction de
ce recueil, dans laquelle des chasseurs d’un futur pas très lointain font
la démonstration de l’étendue de leur cervelle en retournant au
crétacé shooter des dinosaures. Sauf que, malgré les précautions
prises, on n’est jamais à l’abri d’un paradoxe espace-temps. Dans La
corne de brume, Bradbury cède autant au fantastique qu’à la
poésie avec une virtutosité qui est sans doute sa véritable
marque de fabrique : imaginez un phare dont le corne de brume attirerait chaque
année, depuis les profondeurs de l’océan, un monstre marin issu
d’une ère révolue...
Enfin, Visez-moi ces gros balourds
de dinosaures et Et si je vous disais que le dinosaure n’est pas mort
constituent des poèmes plutôt que des nouvelles à proprement
parler. Et malgré la dextérité du traducteur, on ne goûtera
sans doute qu’à moitié le plaisir de ces poèmes fantastiques.
Un poète en ère Tertiaire
La lecture de
ces Histoires de dinosaures a éveillé en moi des sentiments
contraires : le plaisir d’abord, plaisir d’adulte qui goûte au charme un
peu désuet d’un fantastique tout empreint de surréalisme et d’une
poésie non dissimulée ; le scepticisme ensuite, le scepticisme du
lecteur étourdi qui s’attendait sans doute à lire des histoires
de dinosaures plutôt que des histoires d’humains en quête de dinosaures
ou des poèmes sur les dinosaures. Bien sûr, l’amateur de Bradbury
y retrouvera la patte de l’auteur, mais je doute fort que le public à qui
ce recueil est destiné (sans lui faire offense) goûte même
ce plaisir là.
Recueil poétique donc avant d’être
une oeuvre fantastique ou de science-fiction, ce très beau livre (les illustrations
sont elles aussi splendides et magnifiquement désuètes), édité
en grand format chez Gallimard jeunesse, encourt deux risques complémentaires
: celui de ne pas trouver son public, dans un monde envahi par les représentations
3D assoiffées de chair fraîche des dinos de Spielberg et consors
et peu enclin à se tourner vers le charme rétro de ce recueil, ou
celui de décevoir le public d’âge jeune à qui ce livre est
dédié et qui attend sans doute autre chose de ces Histoires de
dinosaures.
Mais pour éviter le travers pessimiste de ceux
qui ont oublié que la jeunesse a souvent le privilège de ne pas
répondre aux classes si bien délimitées qu’édictent
les adultes, je terminerai sur cette remarque : Bradbury est un étrange
ovni dans le monde du fantastique et de la science-fiction, une pure représentation
du vingtième siècle avec ses charmes et ses travers, que ce recueil
nous donne à caresser, plutôt que l’échine des dinosaures,
lent véhicule d’un surréalisme au charme fou. Une oeuvre anecdotique
dans le paysage littéraire, et qui profitera sans doute subtilement de
ce statut.






