de Joann Sfar et Joann Sfar
aux éditions Dargaud ,
collection Poisson Pilote
Sous-genres :
- Contes
Scénariste :
Joann Sfar
Dessinateur :
Joann Sfar
Couleurs :
Brigitte Findakly
Date de parution : février 2002
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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Joann Sfar est le maître d’œuvre de ce petit bijou qu’est Le Chat du Rabbin. On était habitué à la qualité des BD de Sfar, mais là, on découvre un auteur au fait de son intelligence et de son art.
Sfar
est peut-être bien le fer de lance de sa génération, tout
lui réussi. Il exerce avec le même talent le rôle de dessinateur
et celui de scénariste. Son monde atypique, il le partage avec quelques
autres auteurs avec lesquels il collabore régulièrement : Trondheim,
Larcenet mais aussi un jeune homme au talent consacré à Angoulême,
Blain (Isaac le Pirate). Mais, c’est en solo, comme souvent d’ailleurs,
Professeur Bell, Petit Vampire et Grand Vampire pour citer
les plus connues, qu’il revient avec Le Chat du Rabbin dont le premier
tome La Bar-Mitsva vient de paraître chez Dargaud dans la très
bonne collection Poisson Pilote.
Un chat qui parle...
Cette histoire débute sur un acte de barbarie, le chat mange le perroquet
de la maison, exaspéré par son babil incessant. Mais contre toute
attente, le voilà dès lors doté du don de la parole. Le rabbin
en déduit que loin d’être un miracle, c’est une hérésie,
un acte diabolique. Défense est alors faite au chat de revoir la si jolie
fille du rabbin, plus de caresses en perspective... Mais ce chat-là n’est
pas du genre à garder sa langue dans sa poche maintenant qu’il peut enfin
s’exprimer. La seule solution pour retrouver le confort et la volupté des
genoux de sa jeune maîtresse est de devenir un chat juif. Et voilà
qu’il se met en tête de faire sa Bar-Mitsva.
On savait déjà
que Sfar sortait des sentiers battus, que ses BD étaient toujours foisonnantes,
originales et déroutantes. Mais ce petit conte philosophico-religieux qu’il
nous livre cette foi-ci est une pure merveille. Un petit joyau qui nous éclaire
de ses lumières. Le narrateur est ce chat doué d’une intelligence
rare à qui il ne manquait que la parole. Il vivait au Paradis, passant
ses journées à lire par-dessus l’épaule de son maître
et à se faire caresser par la fille de celui-ci. Or le Paradis est fait
pour être perdu et tout comme ses illustres prédécesseurs,
c’est en commettant un péché (tuer et manger le perroquet) qu’il
en sera chassé. Légèrement théologique, cette BD reflète
la tradition juive de discuter la Bible et les autres livres religieux, de les
mettre en question, de s’interroger et de se répondre par versets interposés.
Bref, loin de tout dogmatisme c’est une parole vivante qui est transmise et que
Sfar met en scène. Le Chat d’un cynisme et d’une ironie presque sans limite
est pourtant un personnage attachant et drôle auquel le lecteur peut rapidement
s’identifier. C’est un personnage de l’extrême, allant toujours plus loin
dans le cheminement de sa pensée, il peut aussi se montrer d’une grossièreté
et d’une insolence qui n’ont d’égal que sa finesse d’esprit et son tendre
amour pour la fille du rabbin.
épicurien le chat
Le dessin se fait l’écho du scénario en nous présentant un
chat à l’opposé de toutes les conventions. Il évoque étrangement
les chats égyptiens, sorte de sphinx aux longues et droites oreilles, à
la tête anguleuse et au corps ascétique. C’est pourtant un chat plutôt
épicurien, les sens toujours en éveil. Il reste à dire que
Sfar joue aussi sur le décalage entre ce que le chat dit au lecteur et
ce que l’image nous donne à voir. On retrouve son double dans la gente
canine en la figure de Socrate
le demi-chien, paru en même temps, mais dont le dessin est de Blain.
Le narrateur est cette fois-ci un chien, fidèle compagnon d’Héraclès,
dont les faits et gestes vont être commentés par un philosophe de
haute envolée. Les deux BD se lisent indépendamment mais sont liées
intrinsèquement par le thème et le "style".
Pour conclure, disons simplement que ce petit chef-d’œuvre laisse présager,
si la plupart des BD sont de ce niveau, que l’an 2002 sera celle d’un grand crû,
voire d’un millésime.






