|
D-Day : le jour du désastre
(
1 )
de
Scott Hampton
et
David Brin
Une histoire prometteuse qui tourne mal
David
Brin, c’est la série Elévation, mais c’est également
tout un ensemble de romans de S.-F. (en particulier de hard S.-F.) indépendants,
comme The Practice Effect, Le Facteur, Le Peuple d’argile,
La Jeune Fille et les clones, ou situés dans des univers repris
de grands de la S.-F. (Le Triomphe de Fondation). Il avait déjà
écrit un scénario de comics, également illustré par
Scott Hampton et édité par DC Comics, Star Trek the Next Generation :
Forgiveness. Scott Hampton a illustré de nombreux comics, dont Batman
: Other Realms, Confessions of a Cereal Eater avec Rob Maisch ou Lucifer
: Devil in the Gateway de Mike Carey (un spin-off de Sandman, qui est
tout à fait intéressant). Les Ases sur Terre
Le jour du débarquement en Normandie, en Mai 44, a mal tourné.
Car les soldats américains, anglais et canadiens ont soudain eu à
affronter bien plus que les forces allemandes : les dieux du panthéon nordique
sont apparus à tous ce jour là et ont mené à la victoire
les troupes nazies avec l’aide de leurs pouvoirs d’apparence divine. Dans les
dix-huit années qui ont suivi, ils ont fait main basse sur une bonne partie
de la Terre. Et dans les zones sur lesquelles ils n’avaient pas d’influence, d’autres
divinités locales tout aussi avides de sang ont pris le pouvoir.
Chris Turing et les autres savent qu’ils n’ont aucune chance de revenir de leur
mission. Dans de petits sous-marins largués depuis des bombardiers, ils
vont aller jusqu’au coeur d’Asgard, espérant détruire au moins une
partie des dieux. Si tout va bien, et si Loki, leur allié, ne les trahit
pas... Ca
avait plutôt bien commencé... Le dessin est superbe,
avec un excellent choix des couleurs, rendant réaliste cette intégration
du divin dans le cadre historique si malmené, et malgré tout si
familier. Il n’y a rien à reprocher sur ce plan. Les idées qui sous-tendent
le récit, en elles-mêmes, sont intéressantes, voire originales.
On espère un comics avec l’ambiguité et la qualité auxquelles
nous avaient habitués entre autres Gaiman et Moore. Le sujet, les idées
s’y prêtent. Mais voilà : comme David Brin le dit dans sa post-face,
il espère ici nous montrer que toutes les solutions miracles, comme la
religion, la magie, l’attente d’une intervention de nobles et puissants extra-terrestres
ou mutants, sont des causes de discorde plus que des réponses, et que ces
remèdes risquent d’être de très loin pires que les maux. En
soi, le but est admirable. Malheureusement, le récit est bien peu convaincant
sur cet aspect (sa deuxième trilogie Elévation est nettement
plus intéressante à ce sujet, avec les suivants de Von Däniken
dans le rôle des proies d’extra-terrestres arnaqueurs). Cela vient en particulier
du fait qu’au lieu de faire passer le message de manière subtile dans le
récit, David Brin affiche clairement celui-ci, faisant virer la plus grande
partie de la deuxième moitié de l’album au prêche. La "
convention " entre les divers dirigeants, en particulier, vire au ridicule,
malgré l’importance des sujets discutés, tant le tout est noyé
dans d’improbables bons sentiments. Les textes additionels (vous savez, les machins,
là, dans le coin des cases) sont des outils difficiles à manier
au mieux, surtout en aussi grande quantité. Et dans ce cas, ils participent
encore à l’alourdissement de l’ensemble. La fin, également, est
trop optimiste par rapport à toute la première partie du récit.
Magda Dorner
|