2053 le réveil
( Trilogie 3 )
de Trévor Narg
aux éditions Thélès
Genre : SF
Sous-genres :
  • Post apocalyptique

Auteurs : Trévor Narg
Date de parution : février 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 216
Titre en vo :

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Le réveil ?

Derrière Trevor Narg, se cache un ingénieur BTP, écrivain de SF sur le tard, qui se décrit comme il écrit, par association d’idées et juxtaposition d’idées force : « A la fois nomade, la nature forte, sensuelle, les voyages... et bâtisseur, l’ingénierie, le développement, la rigueur, l’anticipation, l’invention. » Il est l’auteur d’une trilogie, dont 2053, le réveil est, par un tour de passe-passe temporel, le troisième tome, succédant à 5021, un autre monde et à 5022 la suite en Egypte.

« A longueur de temps face à l’écran, à côté de la vie, la vraie, de ses plaisirs, de ses périls : à quand le réveil ? » nous annonce l’éditeur (Thélès). C’est un peu, en effet, la question qu’on se pose tout au long du roman. « A longueur de temps face à ce livre, à côté de la vie, la vraie, de ses plaisirs, de ses périls : à quand le réveil ? ». Roman étrange à la narration pulvérisée, aux digressions itinérantes. Un roman abstrait, dont la cohésion principale, hors le style, est une sincère indignation contre la société du court terme qui mène tout droit à « l’écocalypse ». Un roman de SF au troisième degré pour les amateurs de musique intérieure. 

Le réveil sans fin

Après s’être plongé dans les deux premiers livres prémonitoires de la trilogie, qui décrivaient son passé, Lucas repousse la lecture du troisième, qui prévoit sa vie présente et que lecteur découvre en primeur. Dans son océanoptère, il cherche à communiquer avec Pélléas-Pam, à retrouver Adel-Dou, et devise sur le sort de l’humanité, victime de l’écocalypse nucléaire, puis désormais sur la voie du salut grâce à la génétique, la bionique, à la communication-monde et à de nouveaux modes de vie plus authentiquement solidaires. En dépit des solitudes forcées (la vie dans les cases en raison des radiations), l’espoir est désormais permis de surmonter les catastrophes passées et de retrouver la liberté.

La vie renaît, de nouvelles villes se créent au bord des côtes, c’est le retour à l’essor démographique. La nouvelle devise universelle est « Respect, paix, liberté ». Le développement économique et social s’inscrit dans la durée. Un renouveau écopolitique. C’est, en somme, l’ère du grand réveil.

Lucas, qui a quitté sa case, a hâte de retrouver son grand ami Dou, rencontré en Egypte, mais la quête sera émaillée de surprises, et c’est en fin de roman que l’on saisira que le réveil ne peut être une fin. En soi.

Ambivalences

Si l’homme, c’est le style, alors notre homme est singulier. Une vraie plume. Un ton authentique. Cela sonne frais dans la SF et, si l’on est amateur de littérature, on acclame la hardiesse de l’écriture. Mais la forme littéraire du fil narratif devient si envahissante qu’elle en absorbe le sens. La structure narrative n’est rythmée que par le découpage en chapitre aux titres économes : « Savoir », « Questions », « Equilibre », « Catastrophe ». Les informations sur la trame de l’histoire sont égrainées comme autant de rares trophées de lecture. Noyées dans des sentences fugitives, des platitudes sentencieuses ou quelques commentaires prenants sur l’ordinateur, les réseaux, la vie en société, la religion, la nature.

Les personnages se regardent agir, s’écoutent parler, se commentent sans cesse. Ils sont englués dans une lenteur discursive où l’action est distillée au compte-gouttes. Comme une pathologie du passage à l’acte, toujours différé. Les descriptions sont panoramiques. Tout est prétexte à généralisation. A discours sur le discours. A négation du présent incarné et de l’instant à vivre. Les quelques passages où se déroule quelque chose de physique, de concret sont filmés au ralenti. Dans une logique de trombinoscope à fréquence lente qui altère singulièrement la réalité au risque de la rendre cocasse. Lorsque Lucas arrive de nouveau en Egypte (une rare scène d’action), voici ce qui arrive : « Un sourire. Magnifique, c’est Adel ! Adel là, à l’attendre et, vite ! Du bonheur, oui. Quelle joie ! S’empresser de descendre et vite !, dans les bras l’un de l’autre. Serrés fort. S’embrasser. Se regarder, se retrouver, s’étreindre à nouveau. ».

La fluidité du récit s’améliore avec la mise en branle des dialogues en milieu de livre en Egypte. La scène de défilement du train est remarquable tant le rythme sonore de la phrase simule le cahot rocailleux des rails. D’autres passages (les textes du carnet chez Dou, par exemple) sont également très réussis.

Ce roman est placé sous le signe de l’ambivalence (pas seulement sexuelle). Trevor Narg nous convie à une valse des contrastes, douche chaude, douche froide : originalité et élégance de la forme, indigence du fond. Belle élocution et piètre récit. Intelligence de l’intrigue (enchevêtrement chronologique des livres et entrelacement des personnages in et ex libro) versus pauvreté de l’histoire. Largeur de l’espace temporel - de l’écocalypse au temps du narrateur - contre le repliement sur soi des propos. Discours abstrait, parfois intéressant, tenu par des êtres en chair, qui perdent leur crédibilité de personnage par la vacuité de leur existence.

Après réflexion, car ce roman a le mérite de la provoquer, je pense que la principale difficulté de lecture vient du fait qu’il n’est pas fractal : sa structure et son sens varient suivant la vitesse de lecture. Un déchiffrage lent et pointilleux des paragraphes nous conduit à un envoutement musical, libéré de la continuité du sens. Une lecture rapide permet de retrouver les pics sémantiques du récit en relativisant les digressions et les commentaires de commentaires. Comme si l’auteur pensait global et écrivait local. Global dans l’espace-temps de la trilogie. Local dans l’intimité du paragraphe. Et c’est comme s’il manquait un méso-niveau qui donne sens à l’accumulation linéaire des portions de textes. A quand l’écologie textuelle ?

Tour de force littéraire ? Narration pathologique ? A vous de juger, en le lisant, si ce roman s’adresse aux lecteurs de 2007 ou à ceux de 2053. S’il vous endort ou s’il vous réveille… 

Marc Alotton

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