Le Phénix vert
( Le Cycle du Latium 1 )
de Thomas Burnett Swann
aux éditions Seuil ,
collection Points Fantasy
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Historique

Auteurs : Thomas Burnett Swann
Traduction : Patrick Marcel
Date de parution : avril 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 223
Titre en vo : Green Phoenix
Parution en vo : 1972
Première parution : 2004

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De chez Swann

La mythologie antique est le territoire imaginaire de prédilection du conteur et poète Thomas Burnett Swann. Cet auteur américain, disparu prématurément à 48 ans, est le chantre des demi-dieux, des chimères, des minotaures, des furies, des centaures, des satyres et des dryades. Les créatures mythiques y sont encore proches des hommes (« la division des espèces est fluide »), immergées dans la nature et d’une sensualité toute aérienne. De l’Egypte à Rome, en passant par la Grèce, la venue de civilisations plus conquérantes vient troubler, comme dans le monde de Merlin, les mythologies préexistantes.

Publié en 1972, Le Phénix vert est le second tome de la Trilogie du Latium, mais, curieusement, le premier tome Queens Walk in The Dust (Le Peuple de la mer), paru après la mort de l’auteur, figurera avec le troisième tome La Dame des abeilles dans le second volume du cycle chez Points Fantasy. Dans ces années post-Flower Power, le choix de la mythologie latine, un brin surannée, se révèle un tant soit peu hypocrite et subversif. Pas de rénovation formelle (le groupe Beat s’en charge), mais T.B. Swann aime tellement brouiller les codes et mêler les genres ("division fluide des genres") qu’il en invente un nouveau : la mythologie "Kiss and Love". Quel ingénu lecteur s’attendrait à s’engouffrer dans un petit paradis sensuel (réel et artificiel) au pays des Volsques et des Sabines ?

Pour brouiller les pistes, une courte bio-bibliographie très factuelle d’André-François Ruaud, autre grand amateur (littéraire) de dryades.

L’hyrbide vert

Selon Virgile et la légende, Enée s’enfuit de Troie avec son fils, Ascagne, se réfugia chez Didon, la Phénicienne fondatrice de Carthage, et débarqua dans le Latium pour édifier la civilisation mère de Rome. Coupable d’être un humain, un mâle, un pleutre et un séducteur cynique, Enée, le héros Troyen, est détesté des dryades, ces belles nymphes des chênes. A son débarquement, Volumna, la souveraine des lieux, promet de tuer Enée. Mellone, qui commande aux guêpes et aux abeilles, est une jeune dryade innocente.

Sa curiosité et un désir de vengeance vont la pousser à rencontrer Enée et son fils, Ascagne, surnommé Phénix. De cette rencontre forestière, naîtra un autre fils, un autre Phénix, le Phénix vert. 

Rejeté par les siennes, protégé par sa mère, il sera le trait d’union entre les humains, les dryades et les légendaires sylvains.

Exotisme latin et érotisme latent

Swann signe, avec Le Phénix vert, un roman initiatique : Mellone, Ascagne et Alcyon (Coucou) découvrent l’amour, l’artifice des mythes et bataillent pour prendre leur destinée en main. Mais c’est surtout le conte d’un poète, où la magie de la forêt et des mythes, l’ingénuité et la sincérité des personnages enchantent le combat des espèces. La lutte pour la survie des mythes. Les Troyens débarquent et c’est l’empire des humains qui s’installe. Que restera-t-il des centaures, des satyres et des dryades s’ils triomphent ? Passage du monde grec au monde latin, passage d’un monde imaginaire au monde rationnel des futurs Romains.

Il se dégage de ce livre, comme d’autres romans de Swann, une sensualité adolescente tout à fait envoûtante. Les jeunes dryades voluptueuses que Volumna a éduquées dans la crainte du mâle (de quelqu’ espèce qu’il soit) sont attirées par les plaisirs amoureux. Mais elles n’y ont accès qu’à des fins reproductrices dans le chêne sacré par un charmant subterfuge. La permissivité amoureuse et sexuelle y est heureuse : croisement entre espèces, attirance vers le père et vers le fils, minorité prolongée des dryades liée à leur longévité, viol déguisé en mythe. Ces transgressions sont toujours traitées avec une fraîcheur et une candeur désarmantes. Seule pique de trivialité érotique, lors de l’enlèvement d’une dryade aguicheuse : « Ascagne souleva dans ses bras la jeune fille dont la tunique couvrait à peine les cuisses (elle ne portait aucun dessous, l’impudique péronnelle !) ». Comment résister aux charmes des nymphes arboricoles ? Pauvres Latins. Vous avez dit Phénix vert ? Un lapsus.

Marc Alotton

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