Le Roi en Jaune
de Robert W. Chambers
aux éditions Malpertuis ,
collection Absinthes, Ethers, Opiums
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Horreur

Auteurs : Robert W. Chambers
Couverture : Stuart Brill
Traduction : Christophe Thill
Date de parution : septembre 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Recueil
Nombre de pages : 267
Titre en vo : The King in Yellow
Première parution : 1976

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Un recueil légendaire et indispensable

Robert William Chambers (1865-1933) est un auteur américain prolifique. Ses études à Paris de 1886 à 1893 à l’Ecole des Beaux Arts et à l’Académie Julian lui permirent de gagner sa vie comme illustrateur pour de grands magazines, mais eurent également une forte influence sur son écriture. Il publia son premier roman, In the Quarter, en 1894, puis le roman/recueil qui le fera passer à la postérité, Le Roi en Jaune, en 1895. Il put vivre de sa plume par la suite, en écrivant principalement des romans sentimentaux qui connurent un grand succès, puis, à partir de 1924, uniquement des fictions historiques. Il eut une influence importante sur de nombreux auteurs du XXe siècle, en particulier H.P. Lovecraft, August Derleth, James Blish, Robert Anton Wilson, M. Z. Bradley... Après une édition incomplète en 1976, Christophe Thill nous offre ici une version complètement retraduite, annotée, à l’édition soignée, qui met bien en valeur l’œuvre de Chambers, et permet de comprendre les nombreuses références à des repères culturels de son époque faites par l’auteur.
Par ailleurs, la plupart de des romans de Chambers sont accessibles en anglais dans le cadre du Projet Gutemberg .

Un recueil de nouvelles liées...

...par un livre maudit, Le Roi en Jaune, dont la lecture provoque une horreur indicible qui mène inéluctablement à la folie. Dans le monde situé vingt-cinq ans dans le futur (par rapport à 1895) que décrit Chambers, tout le monde est au courant du danger, mais entre ceux que la curiosité perd, et ceux que le livre rattrape de manière surnaturelle et perverse, personne n’est à l’abri... C’est à travers l’esthétisme que frappe la pièce maudite, touchant en premier le milieu des artistes.
La deuxième partie du recueil, omise dans la première édition française, comprend trois nouvelles plus longues, mais d’ambiance totalement différente, puisqu’elles s’apparentent plus aux romans sentimentaux qui assureront, par la suite, la pitance de l’auteur. Pourtant, entre ces nouvelles et celles du début de l’ouvrage, qui se situent également dans la communauté estudiantine du quartier Latin (bien qu’avec un thème plus sinistre), il y a un net air de parenté. Une dernière nouvelle fantastique, La Demoiselle d’Ys, ressemble plus aux nouvelles sentimentales de Chambers, même si le fantastique y joue un rôle central.

La pièce de théâtre qui plonge ses lecteurs dans la folie n’apparait que par de brefs extraits. Les noms qui resurgiront par la suite dans tant d’autres oeuvres (Carcosa, Hali, Hastur) ont été empruntés par Chambers à Ambrose Bierce (la nouvelle Un habitant de Carcosa, 1891). Le fantastique navigue entre H. P. Lovecraft et les récits d’horreurs de E. A. Poe (Le Signe Jaune), mais se teinte d’une approche plus romantique, qui ressemble à certaines des histoires fantastiques de Wilde (Le Masque).
De nombreuses références à des personnages de l’époque sont également présentes, bien plus nombreuses que dans d’autres romans de l’époque ; heureusement, les annotations et références permettent au lecteur moderne de s’y retrouver. 
Un ouvrage indispensable pour tous les amateurs éclairés de fantastique, présenté ici dans une édition de très bonne qualité.

Magda Dorner