Neuromancien et autres dérives du réseau
de William Gibson
aux éditions J’ai lu
Genre : SF
Sous-genres :
  • Cyberpunk

Auteurs : William Gibson
Couverture : Tomislav Tikulin
Traduction : Jean Bonnefoy
Date de parution : octobre 2007 Réédition
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage :
Nombre de pages : 1016
Titre en vo :

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Note sur la poésie des cyberdécombres

William Gibson est connu des amateurs de science fiction comme le pape du Cyberpunk, bien qu’il ne soit ni l’inventeur du terme, ni le théoricien du mouvement. Son nom ne dira pas forcément grand-chose au public non averti – encore que, à l’instar de Philip K. Dick il y a quelques années, Gibson soit aujourd’hui en voie de divinisation ! –, mais son influence s’étend bien au-delà d’un genre littéraire. Scénaristes d’Hollywood, écrivains SF et mainstream, mangaka, publicistes, se sont tous emparés du cyberspace, de la matrice et des mondes interlopes de Neuromancien. Prenons l’exemple du cinéma. De nombreux spectateurs ont vu ou au moins entendu parler des adaptations cinématographiques de « Johnny Mnemonic » (navet de Robert Longo, 1995, avec Keanu Reeves, Dina Meyer, Ice-T et Takeshi Kitano) et de « New Rose Hotel » (film d’Abel Ferrara, 1998, avec Christopher Walken, Asia Argento et Willem Defoe). Si Neuromancien n’avait pas été écrit, Ghost in the shell (1995) ou la trilogie Matrix n’auraient probablement jamais vu le jour, même s’il ne faut surtout pas négliger l’importance d’autres artistes, comme David Cronenberg dont le Videodrome (1982) a sous doute joué lui aussi un rôle essentiel dans la dissémination d’idées et d’images fortes, visionnaires, comme ces fusions entre l’homme et la machine qui font partie intégrante de l’imaginaire cyberpunk – et comme le dit le professeur O’Blivion : « The television screen is the retina of the mind’s eye. » (« L’écran de télévision est la rétine de l’œil de l’esprit ») Quoi qu’il en soit, Gibson reste incontournable. C’est d’ailleurs dans sa nouvelle « Gravé sur chrome » (1982), au sommaire du présent volume, que Gibson donne une première définition de la « matrice » (« une représentation abstraite des relations entre les systèmes de données. ») Bref, l’omnibussisation de William Gibson, dont le dernier roman, Spook Country (suite d’Identification des schémas), doit paraître en mars 2008 aux éditions du Diable Vauvert, n’est que la juste reconnaissance d’une œuvre rien de moins que paradigmatique.

Neuromancien et autres dérives du réseau réunit en effet, à deux exceptions près, tous les romans et nouvelles de William Gibson (traduits par Jean Bonnefoy) de ses débuts en 1977 avec « Fragments de rose en hologramme » et « Johnny Mnemonic » en 1981, à Mona Lisa s’éclate en 1988. Ne manquent à l’appel, pour cette période, que « Le Continuum Gernsback » (1981), disponible dans l’anthologie Mozart en verres miroirs (mais qui figurait dans l’édition américaine de Gravé sur chrome…), et « Hippie hat brain parasite » (1983), nouvelle jamais traduite. Au programme, donc : trois romans (Neuromancien, Comte Zéro et Mona Lisa s’éclate), les neuf nouvelles de l’édition française de Gravé sur chrome (la préface de Bruce Sterling a hélas disparu au passage…), une bibliographie de l’auteur par Alain Sprauel et une excellente préface par Sylvie Denis, « Cyberspace ou l’envers des choses », déjà parue dans CyberDreams en 1994. L’occasion de se plonger ou se replonger dans cette science fiction bientôt trentenaire dont l’esthétique a désormais contaminé tous les champs culturels.

Si le terme « cyberpunk » semble avoir été inventé par Bruce Bethke pour le titre d’une nouvelle écrite en 1980 et publiée en 1983 dans Amazing Science Fiction Stories, le mouvement littéraire du même nom est véritablement né dans les années 80 avec Cheap Truth, fanzine publié sous pseudonyme par Bruce Sterling, qui réunissait sous divers noms d’emprunts Pat Cadigan, Lewis Shiner, Rudy Rucker, ou encore évidemment William Gibson. C’est d’ailleurs en 1984 seulement, suite à la parution de Neuromancien (prix Hugo, Nebula et Philip K. Dick) que Gardner Dozois qualifia cette littérature de « cyberpunk » dans un article du Washington Post sur la SF des eighties. Les thèmes et l’esthétique cyberpunks n’ont certes pas été inventés ex nihilo par de jeunes écrivains de science fiction. Ces derniers ont su concentrer leur attention et leur imagination sur des idées, des images, qui affleuraient de plus en plus, et dont on trouve des traces chez Brunner, Dick, Pohl, Lem, Spinrad et bien d’autres, mais aussi sur les évolutions technologiques et sociales de leur temps : William Gibson, Walter Jon Williams, Bruce Sterling, voient déferler la musique punk, les premiers microprocesseurs, les supercalculateurs et, surtout, les premiers ordinateurs personnels. La parution de Neuromancien coïncide aussi avec la commercialisation du premier Macintosh, fonctionnant avec une souris et une interface graphique (le film publicitaire de l’époque, réalisé par Ridley Scott, montrait un monde orwellien – année 1984 oblige – libéré des chaînes d’IBM par une machine révolutionnaire : le mac !). En un sens, l’avènement du Cyberpunk annonçait la fin de la « SF à papa », tout en prenant ses distances avec la speculative fiction de la New Wave résolument tournée vers l’exploration de paysages intérieurs. En 1986, dans Mozart en verres miroirs, Bruce Sterling déclare que le « mouvement cyberpunk provient d’un univers où le dingue d’informatique et le rocker se rejoignent, d’un bouillon de culture où le tortillement des chaînes génétiques s’imbriquent. D’aucuns jugent le résultat curieux, voire monstrueux ; pour d’autres, cette intégration est une puissante source d’espoir. »

No future

La « monstruosité » de l’univers gibsonien, si proche du nôtre, en pire (économie mondialisée, individualisme triomphant, violences urbaines, prolifération des télécommunications et des réseaux…), et tout aussi complexe (voire plus : même les repères étatiques ont visiblement disparu), n’est guère contestable – le caractère dystopique sous-jacent de Neuromancien, paru l’année même où se déroulait le chef d’œuvre de George Orwell, n’a pas échappé à la critique –, mais force est de constater que les lueurs d’espoir, elles, sont ténues... Il s’agit moins cependant d’un complaisant désespoir que d’une résignation distancée – le constat, sur le mode cool, de l’irrémédiable désenchantement du monde, de l’absence peut-être définitive de tout horizon événementiel. En d’autres termes, tout est foutu, la magie a quitté le monde réel, mais faisons comme s’il y avait encore quelque chance de vivre peinards – et écoutons un bon dub.

Dans les mégapoles gibsoniennes, Yakuza et zaibatsu ont la maîtrise de la technologie, et, conséquemment, celle du pouvoir (la sphère politique est totalement absente). Dès lors la tentation est grande de se réfugier dans les mondes virtuels du cyberspace, guère moins dangereux que le monde du dehors, mais où il reste peut-être encore possible d’exprimer sa liberté. Pour Case, le héros de Neuromancien « qui n’avait vécu que pour l’exultation désincarnée du cyberspace », le corps, « c’était de la viande », et la chair, une prison. C’est que, comme l’a noté Sylvie Denis dans sa préface, le cyberspace se tient, en principe, hors du temps, hors du monde et de ses turpitudes. Pour autant, les romans de Gibson ne font pas l’apologie de la virtualité. Comme le narrateur de la nouvelle « Johnny Mnemonic », les personnages aspireraient plutôt à une vie calme, loin des tumultes barbares de la jungle urbaine. La matrice n’est ainsi qu’une échappatoire, refuge aux possibilités infinies – et aux dangers bien réels – pour les âmes égarées.

Dans Neuromancien, un ancien hacker, Case, a été réduit au silence, son système nerveux bousillé par un de ses employeurs. Quand, par l’intermédiaire d’une femme aux yeux en verres miroirs et dont les ongles cachent des lames rétractiles, on lui offre enfin la possibilité de quitter les bas-fonds de Chiba et de retrouver la réalité hallucinée de la matrice, Case flaire l’embrouille mais n’a d’autre choix que d’accepter. Dans Comte Zéro, moins réussi, nous suivons trois fils narratifs, avec Turner, mercenaire en mission, Marly, galeriste d’art à qui est confiée une étrange tâche, et Bobby, alias le Comte Zéro, jeune hacker complètement dépassé par les événements. Mona Lisa s’éclate multiplie les trajectoires féminines : Kumiko, jeune fille d’un seigneur yakuza protégée par Sally aux yeux en verres miroirs ; Mona, prostituée junkie embringuée dans des aventures impossibles ; Cherry, au chevet de Bobby (plongé à temps plein dans la matrice) ; et Angie, star de simstim possédée par des voix vaudoues (Maurice G. Dantec s’en souviendra dans Babylon Babies avec son personnage Marie Zorn). Au cœur de l’intrigue : une mystérieuse entité dont l’ombre s’étend sur la matrice…

Les fictions de William Gibson, qui témoignent d’une rare fascination pour les nouvelles technologies et, dans le même temps, d’une grande lucidité quant à leur potentiel d’aliénation, méritent absolument leur épithète « cyberpunk » : de Neuromancien à Mona Lisa s’éclate, c’est No future (« Plus de temps ici, plus de futur », dit un personnage de Comte Zéro). Dans la Conurb de cette Sprawl Trilogy, ou dans le San Francisco des romans suivants, les personnages n’ont pas le temps d’analyser leur environnement, occupés qu’ils sont à essayer de s’en tirer. Gibson est sans doute l’un des premiers auteurs de SF à avoir montré aussi clairement, sans se préoccuper de simplification ou d’esprit de synthèse, les enjeux sociaux et métaphysiques du développement métastatique des technologies de l’information. Dans Neuromancien, Comte Zéro et – dans une moindre mesure – Mona Lisa s’éclate, comme dans certaines nouvelles rassemblées dans Gravé sur Chrome, les personnages se débattent dans des labyrinthes inextricables où la lumière, virtuelle ou non, ne filtre jamais vraiment, parce que ce sont des mondes froids, morts, superficiels, où les valeurs anciennes ont été remplacées par celles de la technique et de l’économie de marché, et où les héros, êtres humains presque anachroniques – mais auxquels Gibson peine à conférer quelque élan vital –, se démènent comme ils peuvent pour ne pas se laisser vitrifier. Les seuls « dieux » qui ont leur place ici sont des intelligences artificielles ou des divinités techno-vaudoues. À première vue, ces entités pourraient constituer une réponse sérieuse à ce besoin de transcendance. Dans Neuromancien, identifier une IA, c’est invoquer un démon. Le Neuromancien du titre fait d’ailleurs explicitement référence à la nécromancie – et les cyber-cowboys de Gibson ne font-ils pas d’habiles « passes » informatiques, comme on dit des passes de magie ? Et dans Comte Zéro, Bobby Newmark est sauvé in extremis du désastre par une présence, quelque chose d’une « inqualifiable immensité, venue d’au-delà de la plus lointaine frontière qu’il ait jamais connue ni même imaginée », une intelligence artificielle d’un nouveau type, et la jeune Angie Mitchell, chevauchée par les Loa, est reliée à la matrice sans le recours à la moindre console. Mais bien entendu, l’émergence spontanée d’une conscience artificielle ne réenchante que son propre monde, et non le monde extérieur, sur lequel ses pouvoirs sont limités. Les dieux vaudous du cyberspace ? Comme le dit Beauvoir, membre d’une secte cyber-vaudou (Comte Zéro), « Ce n’est pas une religion qui parle de rédemption et de transcendance, mais une religion qui fait que les choses arrivent ». Quant à Angie Mitchell, ses pouvoirs se révèleront provenir d’implants cérébraux très particuliers. Enfin, approcher de trop près les défenses des IA en usant d’un « brise-glace » peut entraîner la mort – au temps pour la quiétude. C’est pourquoi, las de devoir échapper sans cesse à ses ennemis et à leur surveillance panoptique, le héros de « Johnny Mnemonic » choisit de rejoindre une communauté « Lo Tek ». Ce personnage est emblématique des contradictions gibsoniennes : fasciné par la technique, à laquelle il a voué sa vie, il ne trouve la paix qu’en l’abjurant. En dépit de l’attirail techno-mystique déployé par Gibson, son univers consacre la mort de Dieu – et le règne du matérialisme absolu.

Littérature en verres miroirs

Les univers gibsoniens ne relèvent pourtant pas de l’utopie techniciste… L’environnement cybernétique suscite bien une poésie particulière, mais il s’agit avant tout d’une poésie des décombres électroniques, « océan de pièces au rebut sur lequel flotte notre siècle », selon les mots d’un personnage du « Marché d’hiver ». Ce mariage inattendu de la défiance et de l’adoration à l’endroit de la technique produit des phrases d’une stupéfiante beauté, dont la plus célèbre reste celle qui ouvre Neuromancien : « Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service. » Cette poésie, cette fascination pour les mondes hypertechniques, aussi bien que l’emploi des codes du romans hard boiled, rejettent les romans gibsoniens – qui n’ont pas la valeur édifiante du Meilleur des mondes ou de 1984 – aux marges de la dystopie.

Les thèmes brassés par Neuromancien et ses suites – et plus généralement par les œuvres cyberpunks, mais la popularité de Gibson excède de beaucoup celle de Bruce Sterling ou de Walter Jon Williams, pourtant auteurs de deux des plus grands romans du genre, respectivement La Schismatrice (1985) et Câblé (1986) – ne suffisent pas à expliquer leur fantastique retentissement culturel. Il convient de comprendre que le Cyberpunk est un mouvement esthétique de résistance – admirablement symbolisée par la première phrase de Neuromancien – à l’aliénation technologique. Les attraits du cyberspace, les chimères du virtuel, l’emprise tentaculaire des zaibatsu, l’irrémédiable fossé creusé entre les laissés pour compte et les puissants, témoignent d’une déréliction généralisée – du pouvoir grandissant du chaos dans des sociétés dominées par la technique et l’économie de marché. Et cependant cette résistance est vaine, d’emblée vouée à l’échec, tant l’écriture de Gibson elle-même s’avère subordonnée à cet empire technologique fait d’artefacts informatiques ou cybernétiques, de firmes toutes puissantes et de marques commerciales (Hitachi, Tessier-Ashpool, Sony, Ono-Sendai, Senso/Rezo, etc.). L’usage fréquent de phrases nominales, loin d’être le simple reflet d’un effet de mode comme d’aucuns ont pu l’avancer, n’est que la transposition stylistique de la réification du monde selon Gibson.

Comme dans certains romans noirs (Le Grand sommeil de Raymond Chandler), les événements de Neuromancien et de Comte Zéro s’enchaînent comme autant de fragments seulement reliés par une vague causalité. La toute première nouvelle de Gibson, « Fragments de rose en hologramme », résonne alors comme une profession de foi : « Un hologramme a cette propriété : une fois illuminé, chacun de ses fragments récupérés révèlera l’image entière de la fleur. » Et de fait, les premiers romans de Gibson se présentent comme une succession de tableaux – à la façon des jeux vidéo –, où il importe avant tout d’instaurer une atmosphère particulière, cette nouvelle esthétique des décombres cybernétiques et des univers virtuels, mêlant hackers, 3D, vieilles bécanes, implants en tous genres, rastas, multinationales, junkies, paumés, mafias, New Age, etc., chaque tableau révélant le monde sous un nouvel angle. Sur un plan strictement romanesque, c’est une gageure pas totalement réussie – on peine à s’intéresser aux événements eux-mêmes. Le lecteur se retrouve parfois dans la situation des personnages : perdu dans un dédale de fils narratifs (et électriques), d’impressions, d’univers, à la recherche d’humanité, de corporéité, d’une assise ontologique qui lui échappe. Mais la cohérence était à ce prix : certes, cette profusion cybernétique maintient le lecteur à distance, mais surtout, elle inverse les rôles ; l’être humain est décentré : c’est dorénavant la Technique elle-même, le sujet de cette forme glaçante d’érotisme – et c’est l’homme qui devient son extension. Avec Neuromancien et Comte Zéro, Gibson échoue, c’est vrai, dans sa tentative de réenchanter ses mondes. Ceux-ci sont déjà morts, vitrifiés. Sans transcendance. Le personnage gibsonien ? Un « ectoplasme, un spectre suscité par les excès de l’économie », comme la Sandii de « Hôtel New Rose ». Et, néanmoins, le choix de la voie littéraire signifie que malgré tout, un vieux rêve bouge encore. Injecter de la poésie dans sa langue, même rongée par le lexique cybernétique, même combattue par les phrases nominales ou très courtes, c’est résister encore – c’est, au langage informatique, opposer la puissance vitale de la métaphore.

Cet écart insurmontable entre la plongée diégétique dans ces mondes froids et la nécessité pour le lecteur d’y puiser une expérience humaine, est au coeur des difficultés suscitées par Neuromancien et Comte Zéro. Nous ne serons pas surpris, dès lors, de constater qu’avec Mona Lisa s’éclate, Gibson perd en prégnance ce qu’il gagne en lisibilité. Au chaos de cyber-intrigues à la Raymond Chandler succèdent les lignes claires à la Brunner. L’atmosphère est moins sensible, les récits plus limpides. Les romans suivants, Lumière virtuelle et Idoru, confirmeront d’ailleurs la tendance, tout en s’éloignant du fertile tohu-bohu du cyberspace. Notons que les nouvelles de Gravé sur chrome, dans une veine volontiers poétique, ne souffrent pas des pesanteurs structurelles de Neuromancien. Chaque nouvelle est un fragment de monde : « Fragments de rose en hologramme », « Gravé sur chrome » et « Johnny Mnemonic » (dans ces deux derniers textes nous retrouvons les personnage de Molly/Sally, du Finnois et de Bobby) introduisent idéalement la trilogie romanesque. « Le Genre intégré », co-écrit avec John Shirley, évoque la métamorphose d’un homme sans qualité en créature purement sociale. Dans « Hinterland », des astronautes sont confrontés à l’inconnu – les voyageurs revenus de « l’Autoroute » (en fait une singularité de l’espace-temps) étant tous morts ou fous à lier, les doigts parfois crispés sur quelque étrange artefact… Avec « Étoile rouge, blanche orbite », Sterling et Gibson refusent de faire le deuil de leurs rêves de conquêtes spatiales. L’immortalité cybernétique appliquée aux stars de la chanson : tel est le sujet (que Gibson développera plus tard dans Idoru) du « Marché d’hiver ». Et « Duel aérien » met en scène les affrontements d’aviateurs virtuels pour qui la victoire ou la défaite sont des questions de vie ou de mort. Mais la nouvelle la plus remarquable est peut-être « Hôtel New Rose », récit élégiaque qui nous apprend ce qu’il en coûte de s’attaquer au pouvoir des zaibatsu.

Sally, Hobby, Cherry et les autres (ou comment saboter une édition spéciale en trois leçons)

Proposer en un volume unique l’essentiel des premiers textes de William Gibson était une excellente idée. On aurait toutefois souhaité que l’éditeur, J’ai lu, apporte un plus grand soin à la relecture et, tout simplement, à son travail d’édition… En effet, on note trois grossières erreurs sur les noms des personnages (dans Comte Zéro, p. 471, Angie est appelée Sally ; dans Mona Lisa s’éclate, p. 788, Gentry devient Cherry – ce qui est assez cocasse puisque c’est dans une réplique précisément adressée à Cherry que la confusion est commise – ; et dans la nouvelle « Gravé sur chrome », p. 1004, Bobby est orthographié Hobby. Par ailleurs, la couverture, trop fragile, de même épaisseur que celle des éditions de poche, ne convient absolument pas à un ouvrage aussi imposant (1016 pages en grand format). Quant à l’appareil critique qu’on pouvait espérer, il est inexistant. La préface de Sylvie Denis est fort intéressante, mais pas inédite, et déjà vieille de plus de douze ans, tandis que la préface à Gravé sur chrome par Bruce Sterling a tout simplement été supprimée. Enfin, quelles qu’en soient les raisons (sans doute juridiques), l’absence au programme du « Continuum Gernsback » est regrettable. Pour le prix de 29€, on était en droit d’attendre un peu plus… Restent les textes, aux intrigues parfois un peu indigestes (Neuromancien et Comte Zéro), mais toujours passionnants, souvent fascinants (Neuromancien, Comte Zéro, « Johnny Mnemonic », « Gravé sur chrome »...) et, parfois, tout simplement magnifiques (« Hôtel New Rose »), d’un écrivain (neuromancier ?) qui aura marqué l’histoire de la science fiction de son empreinte.

Olivier Noël

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