Novice
de Octavia Butler
aux éditions Au diable vauvert
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Vampire

Auteurs : Octavia Butler
Traduction : Philippe Rouard
Date de parution : septembre 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Du nouveau chez les Vampires...

C’était en 2001 à Nantes. Octavia E.Butler répondait à nos questions dans une des salles des Utopiales. Elle est impressionnante de calme et de gentillesse. Elle correspondait tout à fait à l’image qu’on s’était fait d’elle à la lecture de la Parabole du Semeur, un roman profondément humain réédité à l’époque par le Diable Vauvert avec sa suite inédite, La Parabole des talents. À peine cinq ans plus tard, elle disparaissait, victime d’un stupide accident domestique, avant même d’avoir atteint la soixantaine. C’est donc avec un rien d’émotion qu’on a vu arriver ce Novice, ultime roman de cette grande dame de la SF, paru l’année de sa mort. A noter qu’il reste encore une poignée de nouvelles et de livres inédits chez nous comme Wild Seed et la série Xenogenesis.
 
Bienvenu chez les vampires
 
Shori se réveille un matin dans le pire des cauchemars. Elle est dans une grotte et est totalement amnésique avec de vilaines blessures à soigner. Revenue à la vie, elle va découvrir que sa famille tout entière a été tuée et qu’elle est devenue une bien étrange créature. Une Ina. Comprenez un vampire. Commence pour elle un long chemin pour retrouver son passé et découvrir cette société très codifiée et discrète des vampires à laquelle elle appartient. Un apprentissage sous les bombes, les tueurs de ses frères et sœurs voulant terminer le travail en la supprimant.
 
Racisme et féminisme
 
Novice est un roman vraiment étonnant sur les vampires. Octavia E.Butler revoit le mythe de fond en comble en imaginant une organisation sociale totalement nouvelle avec des communautés matriarcales, des règles complexes de relations entre les familles de buveurs de sang et des associations presque équitables entre les vampires et les humains auxquels ils s’attachent pour survivre (chaque vampire étant accompagné de plusieurs humains à qui il prélève du sang pour se nourrir, leur procurant une forte jouissance mais aussi une espérance de vie de 200 ans). C’est là tout le sel de ce roman. On redécouvre les vampires sous un nouveau jour en même temps que l’héroïne. Loin des bêtes féroces à la Dracula ou même de l’ambiance des romans d’Anne Rice, Octavia E.Butler a choisi d’en faire des personnages discrets, souvent respectueux des hommes (un véritable amour les unis) et avec un code de l’honneur particulièrement poussé. Une redécouverte faite de manière intelligente et plutôt passionnante. Enfin du nouveau chez les vampires !
 
Ce décor est en plus doublé d’une jolie réflexion sur la racisme et la différence, un thème cher à l’auteur et déjà présent dans La Parabole du Semeur. En effet Shori est le fruit d’un croisement génétique entre des vampires et des humains. Une manipulation qui lui permet d’être la seule à pouvoir supporter la lumière du jour grâce à sa peau noire. Une manipulation qui ne va évidemment pas plaire à certains de ces congénères les plus traditionalistes (qui eux sont plutôt blanc pâles), obsédés par la pureté de leur patrimoine génétique… Butler nous invite surtout à ne pas se reposer sur nos croyances ou sur ce qui semble moralement ou socialement acceptable. Elle bouscule l’image du vampire mais aussi les certitudes du lecteur, n’hésitant pas à raconter la sexualité débridée de son héroïne, une vampire de 53 ans mais qui a l’aspect d’une jeune enfant. Elle ressuscite également toute la sensualité du baiser du vampire mais le fait de manière à ce que chacun s’interroge. Non décidément rien ne correspond à ce que l’on avait lu jusqu’ici.
 
Novice est au final un roman qui se dévore (et tant pis pour le jeu de mot). Malgré sans doute quelques longueurs, on prend un vrai plaisir à parcourir ces pages qui révolutionnent l’image du vampire. Surtout, elle y a mis une nouvelle fois beaucoup d’humanité, brossant avec une certaine tendresse des personnages attachant et droit, avec un vrai respect des autres et d’eux-mêmes, malgré les épreuves et les grands malheurs qu’ils traversent. Un roman superbement intelligent qui nous fait encore plus regretter son absence. Du grand art. 

Jérôme Vincent

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