Interview Jean-Michel Calvez
de Jean-Michel Calvez
aux éditions ActuSF
Genre : Anticipation

Auteurs : Jean-Michel Calvez
Date de parution : octobre 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie de son recueil Manières Noires chez Actusf, voici une petite interview de Jean-Michel Calvez

ActuSF : Tout d’abord, parle nous un peu de la manière dont tu travailles. Tu as apparemment pas mal de récits dans tes tiroirs. Tu es un écrivain compulsif ? Comment travailles-tu ? Tu écris tout le temps ?
Jean-Michel Calvez : Compulsif, oui, on peut dire ça. Je stocke des idées comme tout le monde, des jeux de mots faisant sens, des bouts de phrases ou des faits divers d’actualité, des morceaux de papier plein les poches, puis j’attends un auspice favorable. Et quand je sens que c’est possible, je me jette à l’eau. Sans plan, je n’en fais jamais ou alors, ils mutent sans cesse, en cours d’écriture. Le plus représentatif de cette méthode d’improvisation totale a été STYx 1  : le premier juillet d’une certaine année, je n’avais rien, ni plan ni idée. Et vers le 28 juillet (je crois), j’avais terminé STYx 1-V1 (la première partie du roman). J’ai souvent procédé ainsi ou avec d’autres variantes d’improvisation. La plupart du temps, ça marche... mais il y a aussi un peu de casse, parfois : quelques textes non terminés, dans les archives !
Mais pour ça, réussir à finir tout ce qui est commencé ou encore à faire, il est vrai qu’il faut soutenir un certain rythme. Ecrire tout le temps ? Non, quand même pas. Mais y penser, oui. Avec ou sans ordinateur à portée de main, j’ai un hémisphère qui tourne en permanence sur un sujet ou un autre de scénario à faire "avancer".

ActuSF : Ce recueil Manières Noires tourne beaucoup autour de la mort. C’est un thème qui semble t’inspirer. Pour quelles raisons ?
Jean-Michel Calvez : Hum... le fantastique, le gothique, c’est la mort, non ? :- ) Il me semble que c’est le ressort principal de la plupart des histoires de fantastique - et de même dans le polar, sans doute ? Mais il est vrai que toi, Jérôme, tu as tout spécialement filtré sur ce critère-là pour remplir ce recueil. Du coup, on va croire que JM Calvez est un croque-mort ? Belle réputation que tu me fais là ! (Sourire) Mais je sais faire autre chose ! La SF par exemple, porte un peu moins à des scénarios macabres ou morbides. STYx est peut-être l’exception, mais ce roman (dont je parle souvent, je sais) en est une, d’exception, sur tous les plans. Même pour moi, il est un OVNI, vis-à-vis de mes habitudes et style, en SF. En résumé, la "mort" me semble un thème assez logique, dans tous les registres sombres de la littérature.

ActuSF : Je ne sais pas si on peut généraliser à tous tes écrits, mais la mort n’est absolument pas vu e comme quelque chose de dramatique dans ce recueil. Ou alors il y a toujours un peu d’ironie, une certaine légèreté. En tout cas on y survit souvent. Tu es d’accord avec cette vision des choses ?
Jean-Michel Calvez : C’est vrai, même si ça n’est pas forcément intentionnel ; je le constate donc a posteriori, sur des textes non conçus à l’origine comme devant constituer un ensemble. Mais, encore une fois, dans le fantastique, il semble que la mort ne soit jamais définitive. Ou alors, elle n’est pas comme elle "devrait" : elle est bancale, différente, à surprises, à tiroirs, etc. C’est justement pour ça que l’on sort du registre du rationnel pour entrer dans le fantastique, non ?

ActuSF : Parlons un peu plus dans le détail de tes nouvelles. Dans le sommaire, Manière Noire est un rien atypique puisqu’elle parle plutôt d’art et de création artistique. Comment est-elle née ?
Jean-Michel Calvez : Il y deux catalyseurs. D’abord une artiste que je connais, une amie, qui m’a appris ce qu’est la gravure, en particulier la technique dite "manière noire", qui est l’équivalent en gravure de la carte à gratter (avec un poinçon), où l’on dégage le blanc à partir d’une surface intégralement noire. Ensuite, un appel à texte sur les Cinq sens, il y a quelques années... pour lequel ce texte n’avais pas été retenu. Les appels à textes sont un formidable appel à doper ou même forcer la création... bien plus qu’à être forcément édité, vu comment cela se termine parfois.

ActuSF : Qu’est-ce qui t’a intéressé dans l’idée première de cette nouvelle ? C’est la folle sensualité des œuvres de l’auteur ou, au contraire le fait qu’elles soient indescriptibles, inexplicables ?
Jean-Michel Calvez : J’aime l’idée de créer avec l’un de nos sens rarement mis en évidence dans ce registre, mais utilisé ici comme mode et vecteur principal de création. Le toucher est un sens qui implique une certaine sensualité. Par certains aspects, il est même "au cœur de la vie" - surtout la nuit ? - mais on en parle peu, et on le met très peu en scène dans d’autres registres que le sensuel et l’érotique. Or il le mérite, de sortir de ce rôle exclusif et de se révéler "utile", créatif.

ActuSF : Est-ce qu’en tant qu’écrivain, qu’artiste, tu te sens proches d’autres formes artistiques comme la sculpture par exemple ?
Jean-Michel Calvez : J’ai une affinité particulière pour certaines formes d’art. J’ai fait de la photo (et même deux expositions, il y a longtemps). Même sans en jouer, j’adore la musique ; ceux qui me lisent l’ont remarqué, depuis "Planète des vents" ; elle n’est pas forcément au cœur de mes textes, mais jamais très loin. J’aime en particulier des musiques bizarres et assez difficiles à défendre (dark ambient, noise, industriel bruitiste, field recordings, etc.). J’adore l’œuvre peint de Dali, j’ai fait du dessin mais je n’ai plus le temps (fusain, pastel). Bref, j’ai une vénération pour les artistes, ceux qui savent nous arracher à notre quotidien, par le rêve, la virtuosité, etc.

ActuSF : Une des nouvelles les plus étonnantes, c’est Mon journal Mental, l’histoire d’un paraplégique coincé sur son lit d’hôpital. Même question, comment ce texte est-il né ?
Jean-Michel Calvez : Ah, pour celle-là c’est plus facile, presque évident, je crois. Il y a eu le fait divers de l’affaire Humbert, et d’autres, similaires, comme base de départ, sur laquelle j’ai largement dérivé. Mais aussi un fait médical, souvent constaté (et là, on en revient à Manières noires), selon lequel les gens privés d’un de leurs sens (alors, que dire de plusieurs !) compensent ou surcompensent sur les autres. Tout un programme, qui méritait un exemple.

ActuSF : Tu parviens très bien à rendre cette notion d’enfermement dans son propre corps. Comment as-tu travaillé ? Tu t’es "documenté" ?
Jean-Michel Calvez : Non, le fait divers n’est que le fait déclencheur, tout le reste est imaginé dans ma propre bulle d’écrivain, et j’ai commis "l’erreur", mais c’est délibéré, de ne pas m’être vraiment documenté sur le plan médical, préférant improviser, puisque le fantastique le permet, et permet aussi d’aller très loin et de pousser "le bouchon" sans avoir à se justifier auprès de la profession médicale, par exemple.

ActuSF : L’une d’elle a été nominée pour le Grand Prix de l’Imaginaire l’année dernière, c’est Dernier Souffle, à l’occasion de sa parution dans le recueil Parfums Mortels chez Malpertuis. Comment est né ce texte ?
Jean-Michel Calvez : J’ai lu dans un quotidien un reportage sur un thanatopracteur, qui m’a touché. Et il s’y ajoute des souvenirs d’enfance (mais tout le monde a les mêmes, je crois), concernant une visite à l’hôpital assez pénible, je veux dire, pas très agréable à cet âge, à un membre de ma famille, accompagnant mes parents. Toute cette partie centrale est donc du vécu, tout au moins dans l’ambiance suggérée, faute que ça soit dans le scénario exact.

ActuSF : D’une manière générale, quel regard as-tu sur ce recueil avec ces sept nouvelles dont six sont totalement inédites ?
Jean-Michel Calvez : J’aime bien ce bouquet, ce tir groupé... tout en craignant, un peu - mais pas trop ! - qu’il ne m’enferme dans un style ou un genre, comme je disais plus haut. Il va donc falloir que je publie quelque chose de très différent, une prochaine fois, que je change d’ambiance... ou alors, que je te livre un Tome deux l’année prochaine si, par hasard, celui-ci avait du succès ? Pour moi, les deux options sont envisageables. J’y travaille.

ActuSF : Tu as une actualité chargée depuis plusieurs mois avec plusieurs romans et publications. Comment vis-tu cette période avec de multiples sorties ? Tu as encore beaucoup de nouvelles et de romans dans tes tiroirs ?
Jean-Michel Calvez : Chargée en titres, c’est vrai, en partie grâce à ActuSF pour celui-là. Mais la résonance reste limitée, pour ceux déjà disponibles. Les faibles mises en place, voire pas de mise en place du tout, ne facilitent pas la visibilité d’un auteur sur un marché toujours encombré, où les stars (je ne parle pas seulement de celles de l’imaginaire) occupent les rayons des libraires ; ils sont l’arbre qui cache la forêt. On ne nous voit plus, les auteurs, et nous devenons "imaginaires", à force d’être non-visibles sous format papier. On peut aller à la FNAC et se cantonner au rez-de-chaussée : tout ce qu’il "faut" acheter est là, au pied de l’escalator, par palettes entières. Comme ça, on peut lire la même chose que son voisin de bureau ou de palier et échanger des avis ; c’est plus pratique, non ?
Bon, c’est vrai ; le lecteur de SF est plus technophile que la moyenne, je crois. Il va chercher aussi des infos sur le Net, il lit les chroniques, il achète en ligne ou fait l’effort de dépasser l’absence d’un titre en rayon, en allant le chercher là où il est.
Donc, c’est vrai, à cause de ce phénomène d’entonnoir et autres hasards de la conjoncture, j’ai encore pas mal de textes à publier. Quatre-vingt pour cent de mes textes sont encore inédits, et ça n’est pas forcément les moins bons. Pour certains d’entre eux, je ne les ai pas encore fait lire, l’occasion ne s’est pas présentée, c’est tout. Il faut être patient, quand on est auteur. Ecrire, ça n’est que la face visible de l’iceberg. Enfin, face cachée aussi, dans l’absolu, car écrire, ça n’est pas visible, c’est plutôt "chez soi", donc quelque peu intime...

ActuSF : Quels sont tes projets ?
Jean-Michel Calvez : Je termine en ce moment une "fausse suite" de STYx, totalement indépendante. Le point commun y sera pour l’essentiel la planète, car cela se déroule plus d’une génération humaine plus tard, et avec d’autres acteurs. Mais, vu ce qui s’est produit dans STYx sur cette planète, cette fausse suite ne pourra qu’être rattrapée par la part sombre de son passé ; c’est fatidique, c’est inévitable ; tout en étant très inattendu pour le lecteur dans ses ressorts scénaristiques.
J’attends aussi (patience, encore) de pouvoir publier mon plus gros projet à ce jour : un recueil sur l’Enfance, assez important (je veux dire fourni : plus de trente textes, dont quelques-uns proches du format novella). J’aurai aussi une chance, si tout va bien, de publier un "vrai", "grand" roman d’aventures, assez épique et auquel je tiens beaucoup, car il est en partie autobiographique. Une histoire en forme d’uchronie historique avec pirates, combats navals, etc. qui se déroule dans la Corne de l’Afrique, à la fin des années trente, juste avant la seconde guerre mondiale.
Et j’ai des nouvelles à commencer, à continuer, à terminer. Soit pour moi, soit inspirées par des appels à textes que je vois passer. C’est vrai, je n’arrête jamais (in my mind...).
Peut-être un nouveau très gros projet de SF, si je parviens à trouver le fil conducteur initial pour me lancer... et la motivation pour que ça soit un roman inédit de plus, une fois qu’il sera terminé. Nous verrons bien. Le sujet est déjà là depuis pas mal de temps, assez brûlant. J’attends une éclaircie, y compris dans mon propre emploi du temps.

Jérôme Vincent

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