CFSL.net - Café Salé artbook 01 & 02

aux éditions Ankama
Genre : Art book
Illustrations : Collectif
Rédaction : Kness
Date de parution : juillet 2008 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 277
Titre en vo :

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Encore un peu de sel dans votre café ?

Café Salé – CFSL.net pour les familiers de l’endroit – est une communauté virtuelle d’illustrateurs et d’artistes graphiques qui a vu le jour en 2002, essentiellement autour de l’équipe de Darkworks, développeur de jeu vidéo français à qui l’on doit, par exemple, le très flippant Alone in the Dark.

Basé sur le modèle de cgsociety (ses créateurs revendiquant pour leur part, le site conceptart)* la référence anglophone du genre, il y est question d’émulation, de collaboration et de mise en évidence d’un savoir faire certain.

Rough

Créé à l’origine par Kness et Bengal (auteur de Naja, chez Dargaud), le site a rapidement pris de l’ampleur, pour finir par s’ouvrir progressivement à d’autres formes d’expressions graphiques. Mais du noyau original, des « piliers de comptoir » comme on les repère généralement sur leur forum, quelques poids lourds ont émergé. Parmi eux Benjamin Carré – la superstar des ilustrateurs –, Aleksi Briclot, qui collabore aujourd’hui sur les séries Spawn. Mais aussi, Sparth, Marc Simonetti, un habitué des couvertures de la collection Rendez-vous ailleurs du Fleuve Noir et de Pocket SF ou Jean-Sébastien Rossbach, dont le style baroque se reconnaît au premier coup d’œil.

Maîtres

Et c’est essentiellement leur travail qui va servir de moteur à ces deux ouvrages, dont on sent nettement, en dépit de la qualité de l’édition (soin des maquettes, beau papier glacé), le côté indéniablement bricolo, en mode « charette gestion de crise » (titraille qui n’est pas alignée sur les deux dos, absence abyssale de texte à l’exception d’un articulet passe-partout de trois milles signes écrit par Kness pour faire office de préface et de quatrième de couverture). De moteur, et dans une certaine mesure de diapason, car CFSL.net ne reflète pas vraiment les grandes tendances du moment.

École française ?

Un petit tour sur les sites concurrents, tels que deviantART ou Humble Voice, nous montre, par exemple, une nette prédominance du manga. Logique. Mais c’est pourtant une tendance graphique que l’on ne retrouve pas sur les artbooks du Café Salé. Une impression qui se confirme d’ailleurs en fouillant un peu sur le forum, où une certaine unité de style se dégage assez clairement. Nous sommes dans une relecture habile, une modernisation inspirée d’une conception assez traditionnelle de l’illustration. Un figuratif ambitieux, souvent empreint d’un authentique classicisme, qui se mâtine intelligemment d’une approche graphique empruntée à la BD ou au cinéma.

Est-ce à dire qu’il y aurait une école "Café Salé" ? La question mérite d’être posée. On a déjà cité les quelques poids lourds à avoir émergé des premières années d’activités du site. Tout en ayant chacun une vraie patte, une personnalité distincte, tous viennent du monde du jeu vidéo. Communauté à l’identité artistique forte, ils ont su laisser une empreinte qui ne l’est pas moins. Ayant essaimé dans les arts graphiques, il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’ils ont conféré une certaine spécificité au paysage graphique français.

C’est d’ailleurs tout le propos de ces artbooks. S’ils demeurent de beaux objets, parfaites idées cadeaux pour les fêtes qui arrivent, ils sont avant tout des outils destinés aux professionnels, éditeurs de livres, de BD ou de jeux vidéos, qui vont pouvoir y faire leur marché. Il y a fort à parier, donc, qu’on doive s’attendre à voir l’esthétique CFSL.net affirmer plus encore sa prédominance sur le marché.

Déjà vieux ?

Qu’en penser ? Voilà bien longtemps qu’une certaine frange du lectorat de l’Imaginaire est lassée du conformisme certain dont font preuve les éditeurs. Conformisme d’ailleurs le plus souvent imposé par les services commerciaux, pour qui rien ne vaut un bon guerrier bien bardé d’acier pour vendre une fantasy fadasse et déjà rebattue. Ne serait-ce pas, dès lors, de la responsabilité artistique d’une communauté graphique qui a su s’imposer, que de pousser un peu les murs ? D’autant plus que les envies sont là. On l’a vu ces derniers mois avec les tentatives d’imposer une esthétique plus fouillée de la part de collections comme Lunes d’Encre ou Folio SF. Malgré tout leur talent, les poids lourds du Café Salé ne risquent-ils pas de devenir des jeunes vieux ? De rentrer dans le rang un peu trop tôt ? Il est clair en tout cas qu’à feuilleter avec attention ces deux magnifiques livres, on peut que penser que ça serait dommage.

*précisions apportée par les membres de la communautés du Café Salé

Eric Holstein