|
Gagner la Guerre
de
Jean-Philippe Jaworski
L’excellence de la fantasy française.
Né en 1969, Jean-Philippe Jaworski est un nouveau venu sur la scène de la fantasy hexagonale. Prof de lettres modernes à Nancy et créateur de jeux de rôle, il est entré en littérature il y a deux ans, avec un premier recueil aux Moutons électriques : Janua Vera. À l’époque, ce premier ouvrage avait été bien reçu par la critique saluant tout à la fois sa plume, son sérieux et la précision de son univers Le Cafard Cosmique lui a d’ailleurs attribué son prix annuel.
En ce printemps 2009 Jean-Philippe Jaworski revient avec une énorme roman (680 pages) dans le même univers : Gagner la Guerre.
Benvenuto, personnage racoleur, enjôleur et assassin notoire...
Gagner la Guerre met en scène Benvenuto en pleine bataille navale. Personnage aussi haut en couleur qu’il est dangereux, il est l’homme du Podestat qui dirige la République et sa capitale Ciudalia. Un état un peu étonnant puisqu’il s’agit d’une démocratie avec un Sénat et des électeurs, alors que le reste du monde en est encore aux dictatures et aux royautés. Cela n’en fait pas un pays idyllique pour autant, les conflits entre sénateurs et les intrigues politiques minant l’action des dirigeants.
Benvenuto est en charge de la protection du Podestat mais aussi de bon nombre de ses basses œuvres et de ses missions secrètes. Au début du roman, il se retrouve donc sur un navire abordé par ceux de la flotte de Ressine, nation que la République vient de vaincre. La bataille est opportune puisque Benvenuto a un message pour le camp adverse. Mais bien évidemment, tout ne tournera pas comme il le souhaite...
Un univers riche
Le premier constat que l’on fait en lisant ce roman, c’est que Jean-Philippe Jaworski n’a pas été avare de détails ni de descriptions. On sent toute l’influence du jeux de rôle qu’il a inventé dans cet univers, développant les moindres détails notamment de la ville de Ciudalia, croisement de Venise, Florence et de Gênes. Si cela ajoute parfois quelques longueurs, son soucis de la précision est tout simplement passionnant lorsqu’il décrit les arcanes de la politique de la République. Dans l’interview qui accompagne cet article, il précise que si l’état est militairement victorieuse de Ressine, elle est aussi empêtré dans ses conflits politiques internes. C’est ce paradoxe qui est passionnant puisqu’il implique de nombreuses manœuvres à la tête de la République, complots, plans, et trahisons auxquels Benvenuto assistera et nous avec.
L’autre atout de Gagner la Guerre c’est bien évidemment Benvenuto. Personnage complexe, à la fois terrifiant dans son action mais aussi très sympathique dans son bagout et sa manière d’être, il est l’unique narrateur de ce roman. Un narrateur talentueux qui a pour avantage d’avoir évolué dans plusieurs sphères, des bas fonds de Ciudalia jusqu’à ses plus hautes instances en passant par l’armée et ses légions les plus dures. Cela lui donne et nous donne une vision assez complète des choses et un certain recul sur l’évolution du récit, même s’il est la plupart du temps victime des complots et des décisions de son maitre pour lui. Il est baladé d’événements en événements et il faut bien le dire, prendra souvent plus de coups qu’à son tour.
Dès les premières pages, on se rend compte que Gagner la Guerre est un roman complet et passionnant. Il y a de quoi admirer le soin avec lequel Jean-Philippe Jaworski l’a composé, multipliant les lignes d’intrigues et les rebondissements, dépeignant un univers complet avec une galerie de personnages épatant. On sent qu’il maîtrise de bout en bout son histoire et toutes ses composantes, qu’elles soient dans la politique ou dans l’action. Un roman de fantasy intelligent et bien vu, sans doute l’un des meilleurs de cette année, et à qui l’on pardonne volontiers les quelques longueurs.
Jérôme Vincent
|