Arachnae
de Charlotte Bousquet
aux éditions Mnémos ,
collection Fantasy
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Darkfantasy

Auteurs : Charlotte Bousquet
Couverture : Elvire de Cock
Date de parution : avril 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 302
Titre en vo :


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Sombre plongée dans une ville pourrie de l’intérieur

Charlotte Bousquet se veut avant tout philosophe. Elle est aussi auteure de littérature imaginaire, genre qu’elle aime au point de présenter une thèse sur ce sujet. On lui doit des nouvelles (dont certaines nominées pour des prix) parues entre autres dans la revue Faëries, des romans de Fantasy dont la trilogie du Cœur d’Amarantha et même un livre tiré du jeu de rôle COPS.

L’envers du décor est bien sombre
La ville d’Arachnae est comme toutes les grandes cités. Sous son apparence tranquille et festive se cache un cœur pourri, une face sombre qui laisse grouiller une faune avide de sexe, de sang, d’argent et de pouvoir. Truands et nobles s’y retrouvent pour échanger des drogues ou des esclaves, des plaisirs rapides ou sophistiqués.
En haut, dans le palais du Prince Alessio, les meurtres et les parties fines sont mieux cachés, mais gangrènent aussi l’aristocratie. Sur la Cour règnent, outre le Prince, sa femme et les Moires. Celles-ci sont la représentation vivante des trois fileuses (la fille, la femme et l’ancêtre), les trois visages de la Lune. Elles ont le pouvoir de voir les avenirs possibles et de savoir choisir le meilleur pour le royaume. Ce qui peut passer par l’assassinat ou d’autres moyens tout aussi inavouables.
Théodora, orpheline, a été choisie par la vieille Moire pour des desseins qu’elle seule entrevoyait. Élevée au sein de l’Académie, elle est devenue une espionne, bretteuse habile, mais réfractaire à toute autorité. Attirée par les femmes, elle est pourtant l’une des meilleures recrues de son maître.
Pour les besoins d’une enquête, elle doit s’associer au Capitaine Gracci afin d’élucider des crimes atroces perpétrés sur de jeunes enfants. Prise entre des nobles libidineux, une terrible secte surgie du passé et les ambitions politiques qui tuent dans le palais, Théodora devra supporter le pire pour survivre et, peut-être, trouver les coupables.

Une écriture souple et fluide
Charlotte Bousquet maîtrise son sujet, elle domine l’univers qu’elle a construit sur mesure pour ses protagonistes. Ses personnages marchent au long des pages tout à fait naturellement, sans que jamais ni l’action ni l’intrigue ne semblent forcées. Avec un style coulé, l’auteure emporte le lecteur très loin, des fastes de la Cour aux tréfonds du Labyrinthe caché dans les bas-fonds. Le découpage court et rythmé des narrations, les changements de point de vue et les fragments de poème qui parsèment l’ouvrage font beaucoup pour aérer le récit.
La contrepartie est que l’action et l’introspection sont fortement privilégiées sur les descriptions. Le lecteur doit se contenter des éléments semés au fil du texte pour se construire lui-même une représentation mentale d’Arachnae et de sa turpitude. Ce qui n’est pas forcément un défaut.

Des références, mais un ensemble très personnel
Ce livre se classe sans aucun doute dans le registre de la dark fantasy. On y retrouve des images venues d’Ankh-Morpok ou de Lankhmar. L’ombre du Souricier Gris se cache derrière celle de Théodora, mais de nombreux éléments font ressortir les différences que Bousquet veut apporter pour se démarquer de ses prédécesseurs.
Le sexe, hétéro comme homosexuel, est omniprésent dans ce récit et le classe déjà comme particulier. De même que la prédominance des femmes, tant héroïnes qu’adversaires. Pourtant, ce n’est pas seulement un roman de femme écrit par une femme. Il est certain que l’approche de l’intrigue et des personnages est spécifique, mais nous sommes toujours dans la Fantasy d’épées, avec des combats, de la déchéance et des morts sanglantes.

Tellement froid
Ce qui frappe toutefois assez rapidement à la lecture, c’est la froideur absolue de la narration. Scènes de jambes en l’air et viols de cadavres sont présentés sur le même ton, sans la moindre émotion. Comme si Charlotte Bousquet était un médecin légiste analysant son propos au scalpel avec un total détachement. Bien sûr, certaines scènes auraient mérité les foudres des ligues de vertu si elles avaient été plus poussées et plus vivantes, mais on peut en arriver à se demander si l’auteure ne parle pas d’elle-même quand elle fait dire à Théodora :
Je suis incapable d’aimer. J’ai vu un ancien amant mourir devant mes yeux sans lever un sourcil. [...] Pour tout cela, je n’éprouve aucun regret. [...] C’est mon humanité que je pleure.
Cependant, si cela est frappant au début, au fil des pages le style nous apprivoise et l’action nous accroche aux pas des enquêteurs. Et par moment il est appréciable que ne soient pas plus détaillées certaines horreurs.

Un monde attachant
Malgré ce défaut d’humanité, l’univers de Charlotte Bousquet est unique, attachant, attirant comme une drogue dangereuse. Et l’on peut espérer que l’auteure ne laissera pas disparaître Arachnae, qu’elle nous racontera encore des histoires de voleurs, d’espions et de courtisanes.

Jean Rébillat

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