Bright, notre avis !
(22/12/2017)

 

 

 

C’est aujourd’hui que sort le nouveau film de Will Smith, mélangeant fantasy urbaine et enquête policière ! Bertand Campeis l’a vu pour nous... 

Annoncé à grand renfort de publicité, les bandes-annonces de Bright avaient de quoi intriguer : mélanger des genres à priori incompatibles comme la Fantasy et le film de flics avait de quoi surprendre, permettre à David Ayer et Will Smith de collaborer à nouveau ensemble après le catastrophique Suicide Squad n’était pas le prémisse d’une réussite annoncée... Et pourtant le résultat fait plaisir à voir !

De David Ayer, on connaît surtout ses nombreux films d’action décrivant de manière crue, brutale et héroïque (ou pas) la vie des flics de Los Angeles (Au bout de la nuit, très intéressant, ou le très remarqué End of Watch et Sabotage, complètement oubliable), le réalisateur s’est également frotté avec plus ou moins de succès à l’écriture de scénarios. En débutant avec U-571, qui lui a valut des critiques acerbes pour une réécriture historique du plus mauvais effet, ou en passant par le très réussi Training Day, qui vaudra un oscar à Denzel Washington. L’image de la police varie selon ses films : si Training Day nous montre une corporation rongée par la corruption et qui ne vaut guère mieux que les gangs qu’elle traque sans pitié, End of Watch réhabilite les forces de l’ordre comme ultime rempart de la civilisation face à la barbarie, et ses deux images vont fusionner dans Bright.

 

Bright

 
Le film pose son univers à l’aide du Street Art dès son intro de fort belle manière : nous sommes dans un monde parallèle au nôtre où Humains, Elfes, Orques et autres races (on aperçoit fugitivement un centaure) ont évolué ensemble. On comprend par de multiples sous-entendus tout au long du film qu’un ancien conflit, vieux de 2000 ans (Oh wait !), a laissé des traces profondes : les orcs sont ostracisés, les elfes vivent au-dessus de tout le monde (oh regarde chérie ! Des bouseux !) et les humains ne sont pas forcément les mieux lotis. Jakoby est un orc, déjà ça commence mal. Mais il vient de devenir le premier orc flic et est mis au ban de toutes les communautés : les orcs ne veulent pas entendre parler de lui, les humains s’en foutent et les flics ne le considèrent pas comme l’un des leurs. Son partenaire, Ward, le déteste. Bref tout va bien. Pourtant, une baguette magique (une arme de destruction massive dans cette réalité), une elfe étrange poursuivie par ses semblables, une ancienne prophétie et une nuit apocalyptique vont les rapprocher et leur permettre de lutter contre la résurgence d’un mal ancien qui cherche à revenir pour tout anéantir.

Oubliez la subtilité, ça n’a jamais été le point fort de David Ayer (il suffit de regarder pour cela son très bon film de guerre Fury, empreint de manichéisme et d’erreurs en tout genre mais profondément intéressant sur la nature de l’homme face à la guerre). Oubliez vos a-priori sur Will Smith, si l’acteur énerve en voulant toujours jouer un gentil dans un monde de méchant, il réussit ici à rendre son personnage gris et pas forcément gentil (comme il avait essayé de le faire pour Deadshot dans Suicide Squad).

Circonscrit à une nuit et à quelques lieux emblématiques (c’est peut-être un des principaux reproches que je ferais au film : que l’on revienne dans certains lieux plutôt qu’aller ailleurs, ce qui montre la limite des moyens mis en oeuvre), le film remplit parfaitement son office : très bonnes scènes d’action bien rendues et filmées (oubliez les caméras épileptiques sur épaules façon MTV) et bon déroulement du scénario avec quelques surprises ici et là. 

Ce qui surprend de bout en bout, c’est l’analyse que l’on peut faire du film  : et celui n’est clairement pas une ode à l’American Way of Life : ville déchue, quartiers suintant la pauvreté, menaces des gangs, policiers corrompus, société à plusieurs vitesses... La fantasy permet de faire une critique acerbe de la société américaine : l’Orc est là pour jouer le bouc-émissaire, l’étranger qu’on n’accepte pas, qu’il soit noir, mexicain ou autre. C’est celui dont on ne veut pas. La touche de Fantasy n’apporte, qui plus est, pas beaucoup d’espoir dans un monde qui n’a plus grand chose à quoi se raccrocher, elle représente en soit, notre perte d’idéalisme, d’optimisme, d’espoir.

Film d’action bien fichu, avec un monde intéressant, des personnages bien campés et évoluant, un scénario qui tient la route, vous avez là une sucrerie pour Noël qu’il serait dommage de rater. Gageons que si celui-ci rencontre le succès, nous reviendrons dans le monde de Bright pour développer un peu plus son univers, ce qui serait une très bonne idée.

En attendant n’hésitez pas à vous jeter dessus, vous passerez deux bonnes heures à sourire.

Bertrand Campeis