Daniel Walther : l’hommage de Claude Ecken
(14/03/2018)

 

 

 

Né le 10 mars 1940, à Munster, Daniel Walther est décédé le 3 mars 2018 à Mulhouse, à l’âge de 77 ans. 
 
Fin lettré, à l’aise dans le fantastique comme dans la science-fiction, mais aussi de fantasy, la plume élégante de cet Alsacien a donné naissance à une quarantaine de romans et plus de 150 nouvelles, mais aussi des poèmes et chansons, des articles, préfaces et critiques, sans parler d’anthologies, tout au long de cinquante-cinq ans de carrière. 
 
 
Il commença celle-ci, comme nombre de ses contemporains, dans la revue Fiction alors dirigée par Alain Dorémieux (malgré un premier texte dans une revue littéraire). Sa nouvelle, Les Etrangers, fut suivie de nombreux autres – on retiendra notamment les recueils fantastiques parus chez NéO au début des années 80 : Les Quatre Saisons de la nuit, L’Hôpital et autres fables cliniques, Cœurs moites et autres maladies, aux titres évocateurs sur le versant sombre de son imaginaire, pessimiste et angoissé. Il est sinon un auteur doué d’une verve échevelée, aux délires picaresques, d’une solide culture, à l’humour décalé, joyeux vivant célébrant les femmes et le vin : l’érotisme a toujours été très présent dans ses textes, depuis Sept femmes de mes autres vies (Denoël, 1985) jusqu’à La Musique de la chair (Rivière Blanche, 2010). Toute sa vie alterneront les deux faces de sa personnalité, entre dépression et périodes d’intense création. Sa modestie et sa gentillesse sont les qualités les plus souvent citées par ses amis.
 
Daniel Walther était aussi un auteur révolté, engagé, écologiste convaincu, qui participa brièvement à la science-fiction politique française des années 70. On se souvient d’un texte provocateur, Flinguez-moi tout ça, publié dans Fiction en 1968. Mais c’est surtout au sortir de cette période que le succès vient, d’abord avec une anthologie manifeste, Les Soleils noirs d’Arcadie (Opta, 1975), récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire l’année suivante, le remarqué Krysnak ou le complot (Denoël, 1978) et L’Epouvante (J’ai Lu, 1979), hommage à La Canonnière du Yang-Tsé, au Désert des Tartares de Buzzatti et à Conrad, roman qui reçut le même GPI en 1980. A partir de cette date, il fut également directeur du Club du Livre d’Anticipation et de Galaxie-Bis chez Opta, tout en publiant dans la collection Anticipation du Fleuve Noir de la SF (Appolo XXV, 1983) ou (Le Livre de Swa, 1982) et en poursuivant ses activités de journaliste aux Dernières Nouvelles d’Alsace qui lui garantissaient une assise financière. Plus tard, il signera aussi les éditoriaux de la revue Fiction.
 
 
Ces dernières années, Daniel Walther avait fait un retour en force chez divers éditeurs, en science-fiction (Morbidezza, Inc, Rivière Blanche, 2008 ; Cité de la mort lente, Le Rocher, 2005), mais surtout dans le registre du fantastique insolite qui reste son domaine de prédilection : La Mort à Boboli (Phébus, 2000), Le Château d’Yf (A Contrario, 2005). Sa double influence pour la littérature allemande fantastique et anglo-saxonne du XIXe siècle, ainsi que son goût pour la poésie et le réalisme fantastique imprègnent ses textes. Son exigence littéraire et stylistique ne lui assura jamais une large audience, mais comme il l’affirmait lui-même, on redécouvrira certains de ses textes plus tard. Et pourquoi pas dès à présent ?
 
Sa santé n’était pas très bonne depuis une dizaine d’années, malgré un AVC, qui lui avait permis de garder toutes ses facultés mentales, et la maladie de Parkinson, il avait gardé son goût pour la lecture et l’écriture, et celui pour une liberté de ton et d’esprit, qu’il a cultivé toutes ces années, et dont ses livres témoignent magnifiquement. 
 
C’est un grand écrivain qui nous a quitté. Toutes nos condoléances à sa femme, sa famille, ses proches.
 
Claude Ecken