interview 2017 : Elisabeth Ebory pour La Fée, la pie et le printemps
de Elisabeth Ebory
aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Féérie

Auteurs : Elisabeth Ebory
Date de parution : août 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Interview d’un des trois auteurs mis en avant dans le cadre de la rentrée de la fantasy 2017 des Indés de l’imaginaire : Elisabeth Ebory pour La Fée, la pie et le printemps aux éditions actusf, collection Bad Wolf

Comment est née l’idée de ce roman ? 
 
Elisabeth Ebory : J’étais plongée dans la lecture d’un excellent article d’Anne Blaitel sur Blanche Neige dans la revue Fées Divers, et j’ai été saisie par la beauté de ce conte. Jusque là, quelque chose me retenait... « Mais quoi ? » me demandais-je à l’époque. « Ah si ! Je sais ! La robe ! »
 
Oui : je n’ai jamais aimé la robe de Blanche-Neige dans le film de Disney. JAMAIS !
Vu la profondeur de cette réflexion (!), j’avoue que... je n’y ai pas prêté attention. Pourtant, une image a jailli : une robe jaune bouton d’or, qui court dans une forêt. 
Les idées… ça tient à rien !
 
Les éléments de l’histoire se sont lentement agrégés autour de cette scène, dans un joyeux désordre.
 
C’est lors d’une conversation que la trame a émergé : une princesse avait été enlevée, des fées étaient derrière tout ça. Sur une table de café, dans un aéroport bondé, j’ai gribouillé le premier synopsis du roman. Et cette fois, c’était vraiment parti pour plusieurs années d’aventure !
 
 
Qu’est-ce qui vous intéressait chez les fées ? Qu’aviez-vous envie de faire ? 
 
Pour résumer : la notion de libre arbitre cristallisait autour des fées dans ma tête, et je voulais en faire le pivot d’une histoire au long cours.
 
Maintenant, attention : dissertation.
 
La figure de la fée marraine a quelque chose d’obsédant pour moi. Penchée au-dessus des berceaux, bonne fée, ou fée carabosse... Ce rapport au destin et aux choix que l’on peut faire pour le tordre est un de mes sujets favoris. Qu’est-ce qui nous façonne ? Qu’est-ce qui nous oriente ? Les souhaits des uns, certainement pour le meilleur, les malédictions des autres, qu’ils espèrent pour le pire ?… Nous-mêmes, ou bien les circonstances ?
 
Fée, fata, destin... 
 
Les fées proposent aussi un angle d’attaque intéressant dans l’imaginaire pour évoquer l’ambivalence, la dualité. Elles sont rarement manichéennes et peuvent tour à tour aider ou perdre.
 
Elles sont tout naturellement un symbole d’altérité vis à vis de l’humain. Autre peuple, autres mœurs. Autres références morales. Elles sont porteuses de différences, et donc d’incompréhension. Comme les dieux, les êtres féeriques sont une représentation de ce que nous ne compren(i)ons pas : événements naturels ou naissances difficiles. Sur ce dernier point, le thème du changeling – ce rejeton féerique échangé avec un nourrisson humain – était aussi une jolie entrée en matière pour évoquer la maternité, l’intolérance, le rejet, et finalement l’accueil. 
 
De plus, le monde féerique est à mi chemin de celui des dieux : Odin participait en son jeune temps à des chasses sauvages, par exemple. Cette zone floue de filiation offrait des perspectives intéressantes en terme d’effets spéciaux !
 
Il y avait donc beaucoup de choses qui m’intéressaient chez les fées.
 
Et avec tout ça, j’ai eu envie de faire un roman.
Vous me direz : et oui, on a vu...
 
Certes, sauf qu’à l’époque je n’écrivais que des nouvelles, dans lesquels je disséminais des éléments d’univers. Ici, je voulais densifier ce monde dans lequel ces thèmes se développeraient – le tout sans étouffer ce petit supplément que les fées apportent d’un simple coup de baguette magique : la légèreté. Bref : entre l’Homme face à son destin, et la magie pétillante, je n’avais pas envie de choisir. Pour le plus grand plaisir du lecteur, je l’espère.
 
 
Il y a deux héroïnes, une fée voleuse et légère, une autre plus grave qui veut restaurer la féerie sur le monde. Ce sont les deux faces d’une même pièce ? Comment les voyez-vous ? 
 
Voilà la question la plus difficile !
 
Ah bon ? – Oui. – Mais non, ce sont vos personnages, vous les connaissez enfin ! – Euh, oui… sans doute un peu trop…
 
Je vois Rêvage comme une mère pleine d’ambition pour sa marmaille, la première d’entre elle étant la liberté. Ce qui la force à faire des choix très difficiles. C’est une femme qui s’est forgée dans l’ombre. Une grande mégalomane. – De son avis à elle : une grande visionnaire. Si elle est habitée par le doute, elle tente toujours de garder un cap pour réaliser ce qu’elle croit être juste. Conquérante dans l’âme, elle supporte mal la contradiction !
 
Philomène est solitaire, libérée, insouciante. Elle ne se refuse rien et mène sa barque comme elle l’entend. Elle est méfiante, mais reste intriguée par ceux qui croisent sa route. Elle est capable de donner, de s’attacher, de créer des liens. Et d’assumer ces liens même s’ils font un sac de nœuds qui pourrait lui jouer des tours.
 
Sont-elles complémentaires ? Dans le sens où elles se tiennent la main, oui. Car Philomène est tout ce pour quoi Rêvage se bat : une jeune fée libre qui veut se tailler une belle part dans un monde pas forcément bienveillant. Et Rêvage est tout ce que voudrait être Philomène : une femme puissante, déterminée, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, et qui en plus, est une très bonne cambrioleuse.
 
Mais Philomène est définitivement dans le présent, pendant que Rêvage est habitée par le passé tragique des fées, et tournée vers un avenir qu’elle veut façonner.
 
De même, elles ont un rapport différent aux autres. Rêvage considère tout un chacun comme un détail à mettre en son pouvoir, et cela semble immuable ; Philomène, elle, apprend petit à petit à respecter autrui.
 
Comment avez-vous conçu la magie féerique et tout l’univers dans lequel les héros passent ? 
 
Au fil du temps. Les raccourcis sont une vieille histoire d’enfant qui veut voyager partout et très rapidement. Le monde sans horizon que Rêvage abhorre fait partie de la géographie de cet univers depuis plus de vingt ans. L’encre avait d’ailleurs aussi irrigué mon recueil de nouvelles A l’orée sombre, il y a un peu moins de dix ans. L’arbre à rêves était également présent dans ces pages.
 
Le temps construit les choses mieux que je ne saurais le faire en me disant « aller, on y va ! » Les saisons passent et patinent les rêves que je tente de transcrire. 
 
Après, il a fallu organiser tout ça. Rigidifier des comportements un peu trop fantasques. Mettre des lois dans la magie. J’avoue que cela n’a pas été de tout repos : il n’y a rien de plus remuant qu’un univers féerique ! Une simple correction de style vous introduit une incohérence de comportement. Il y a donc eu beaucoup d’essais, de ratures, et de grands changements. 
 
 
 Y’a-t-il des fées ou des romans qui vous ont inspiré ? 
 
« Les Fées » de Brian Froud et Alan Lee sont directement responsables de l’existence de Rêvage. Je suis tombée amoureuse de ce livre il y a bien longtemps et je ne le regrette toujours pas !... 
 
Plus récemment, « Jonathan Strange et Mr Norell » a été véritable claque. Le souffle que dégage ce roman m’a littéralement bluffé. Et ça continue, une dizaine d’années plus tard.
 
Ce sont les deux piliers qui ont inspiré « La fée la pie et le printemps ». 
 
Je n’oublierai pas non plus le Guide des fées, publié dans une très bonne maison d’édition. Ce livre m’a rappelé à quel point le monde féerique était foisonnant à travers les siècles.
 
Quels sont vos projets, sur quoi travaillez-vous ?
 
J’ai le projet de continuer à développer l’univers de la Fée, la Pie et le Printemps, et j’y travaille le plus ardemment possible.