- le  

60 jours et après

Dominique Haas (Traducteur), Kim Stanley Robinson ( Auteur), Marko Tardito (Illustrateur de couverture)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/05/2011  -  livre
voir l'oeuvre
Commenter

60 jours et après

Kim Stanley Robinson est un auteur américain engagé qui cherche à exprimer et faire partager à travers ses romans sa perception de notre société et ses rêves de progrès. N’étant pas lui-même scientifique de formation, mais plutôt un autodidacte passionné, il construit pourtant ses textes autour de précisions techniques dignes des spécialistes.

60 jours et après est le dernier tome de sa trilogie sur le réchauffement climatique, après Les 40 Signes de la pluie et 50° au-dessous de zéro.

60 jours pour tout changer

A la grande joie de Charlie, Anna, Franck et les Khembalais, Phil Chase a été élu président des Etats-Unis. Cependant la situation climatique est pire que jamais. La glace fond à grande vitesse dans les pôles, faisant dangereusement monter le niveau des mers et menaçant d’engloutir d’autres nations, à l’image de ce qui est arrivé au Khembalung. La crise est irréversible, et la seule solution consiste à s’adapter au changement et tenter de réduire la libération de CO2 dans l’atmosphère. Diane obtient le poste de conseillère scientifique du Président, et s’évertue à trouver de nouvelles idées pour enrayer la vitesse du réchauffement climatique. Charlie doit quant à lui se résoudre, malgré ses réticences, à laisser Joe à la crèche pour intégrer à plein temps l’équipe du nouveau président. Sans nouvelles de Caroline, qui a pris la fuite après avoir déjoué la tentative de fraude électorale prévue par son mari, et ainsi réussi à faire élire Phil Chase, Franck demande de l’aide à Edgardo pour la retrouver, car ce dernier a noué de nombreux contacts au sein des services secrets.

Imaginer des solutions innovantes

Dans ce dernier tome de sa trilogie écologique, Kim Stanley Robinson imagine des travaux encore plus gigantesques pour sauver la planète. Par exemple, suite à la fonte des glaces, pomper l’eau en excédant via des pipelines géants, afin de la déverser en partie sur la banquise restante, où elle gèlera. Le reste de cette eau salée océanique sera acheminée jusque dans les terres des pays qui l’auront accepté, pour remplir les mers ou lacs intérieurs desséchés ou désertifiés – mer d’Aral par exemple. L’opération de salage dans l’Atlantique nord, projet débuté dans le second volume, est un succès : le Gulf Stream est relancé. Mais ça ne suffit pas à régler le problème et le niveau des océans continue de monter, de nouvelles régions du globe étant submergées suite à la dislocation de la banquise dans l’Antarctique ouest.

Les lichens disséminés en Sibérie se sont bien adaptés, peut-être même trop, car ils se développent à une vitesse inquiétante. Mais avec cette réussite, Marta, Yann et Léo n’ont pas abandonné l’idée de modifier le génome humain grâce à l’algorithme de Yann, et il se pourrait bien que cela fonctionne.

Globalement, à l’image de nos connaissances actuelles, les scientifiques de 60 jours et après ne sont pas capables de prévoir les conséquences exactes du réchauffement climatique, ni l’influence de leurs projets pour y remédier. Kim Stanley Robinson, avec toute sa rigueur scientifique, nous alerte seulement sur un phénomène pour lequel les projections ne sont pas de grande utilité. La seule chose sur laquelle les climatologues peuvent se mettent d’accord, et dont ils sont certains, c’est que le réchauffement va bien avoir lieu, mais dans quelle proportion, c’est encore de la science-fiction !

Faire changer les mentalités

Franck, toujours au centre de l’aventure, poursuit son cheminement intellectuel et philosophique, et cite également Henry David Thoreau, contemporain et ami d’Emerson, philosophe de la forêt si l’on peut dire. Il teste également le mode de vie de ses amis lanceurs de frisbee, et découvre ainsi la culture du freeganisme, ceux qui refusent la société de consommation actuelle et s’en nourrissent en récupérant les déchets laissés par les autres. Ses relations avec Diane et Caroline sont toujours complexes, et Franck souffre d’indécision chronique depuis le coup qu’il a reçu lors de la bagarre dans le Rock Creek Park.

Phil Chase est un président bien peu conventionnel, qui tient un blog, « Au Phil de la plume », où il donne son point de vue sans tabou, laisse deviner ses états d’âme. Anna et Charlie se batte toujours vaillamment à ses côtés pour faire changer d’avis les grandes instances économiques. L’occasion pour l’auteur de dénoncer la virtualité du monde de la finance, qui ne tient pas compte de la réalité des choses dans ses spéculations, et s’en tient au court terme. Kim Stanley Robinson, qui semble un fervent défenseur des droits des femmes, s’insurge également, à travers le personnage de Franck, contre le patriarcat. Selon lui, si les femmes avaient plus de liberté dans le monde, la situation serait moins catastrophique, ne serait-ce que par le contrôle de la natalité. En effet, le taux de CO2 que nous déversons dans l’atmosphère grandit à la mesure de l’accroissement de la population humaine, qui serait moins nombreuse si toutes les femmes dans le monde pouvaient choisir ou non d’enfanter par exemple.

Réincarnations

Comme on pouvait s’y attendre, ce dernier volume de la trilogie ne constitue pas vraiment une fin en soi, mais plutôt un commencement. Celui de la possibilité de changer dans nos habitudes et modes de vie. La conclusion du roman est donc apaisée, sereine, comme si tout allait bien se passer, et les problèmes résolus par une prise de conscience générale. Malheureusement cette perception des choses semble un peu trop utopiste, mais cette note d’espoir vis-à-vis de l'humanité est tout de même bienvenue. Cette trilogie, bien qu’un peu trop longue et pas assez dynamique, vaut donc la peine qu’on s’y attarde.

Genres / Mots-clés

Partager cet article

Qu'en pensez-vous ?