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Sans Forme

Sylvie Denis (Traducteur), Gail Carriger ( Auteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : 
Date de parution : 03/11/2011  -  livre
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Sans Forme

Sur les photos de son site, Gail Carriger pose avec l’élégance d’une Audrey Hepburn exilée à l’époque victorienne. Sur son blog, elle confesse que lors de son dernier déménagement, elle a déballé sa cinquantaine de paires de chaussures avant son ordinateur. Elle a hérité de sa mère une grande passion pour le thé. A l’instar de l’héroïne du Protectorat de l’Ombrelle, l’auteur semble douée d’une autodérision à toute épreuve et assume avec humour sa futilité.
 
Lorsque sa mère lui lisait des livres, Gail critiquait la fin choisie par l’auteur et en proposait une autre. A 8 ans, elle écrivit sa première pièce de théâtre, mais absorbée dans sa carrière d’universitaire en archéologie, elle n’a réalisé qu’une fois {{Sans Ame}} publié qu’elle était en train de devenir écrivain.
 
Le personnage d’Alexia Tarabotti a rencontré un tel succès que son auteur lui a consacré cinq tomes, le dernier sortant en 2012 aux USA. La série va être adaptée en manga : un aperçu de ce projet est déjà disponible sur Facebook.
 
2013 sera une année faste pour les fans de Gail Carriger avec le lancement de deux nouvelles séries : une, {{Finishing School}}, destinée aux « young adults » ayant pour cadre l’Académie pour Futures Jeunes Demoiselles de Qualité de Mademoiselle Geraldine, l’autre retracera les aventures de Prudence, la fille d’Alexia !
 
{{ De mystère en mystère, de menace en menace}}
 
La nouvelle existence de lady Alexia Maccon n’est pas de tout repos. Son loup-garou de mari la réveille en vociférant, puis s’évanouit dans la nature alors qu’une armée/meute de soldats a décidé de bivouaquer sur la pelouse de leur propriété et que tous les Non-Naturels de Londres se retrouvent affectés par un étrange symptôme : les loup-garous comme les vampires sont privés de leurs pouvoirs.
 
Alexia s’embarque dans un dirigeable en direction de l’Ecosse. L’accompagnent dans cette expédition inattendue sa demi-sœur Félicité que vient de lui confier leur mère et la délicieuse Ivy affublée de ses habituels couvre-chefs invraisemblables et torturée par son dilemme : entre son fiancé officiel et Tunstell, son petit cœur balance.
 
Pendant le vol, Alexia échappe de peu à une chute mortelle. Et dans cet accident, Mme Lefoux, une modiste française qui a réalisé pour Alexia, à la demande de son mari, une ombrelle hautement protectrice dotée de tout un attirail d’armes, joue un rôle ambigu. Il semblerait qu’Alexia lui doive la vie mais que fait l’excentrique inventrice à bord de ce dirigeable ?
 
{{Une saga en très grande forme}}
 
Comme dans le premier tome, le récit est infusé d’humour britannique que l’auteur distille sous plusieurs formes. Les répliques cinglantes, sarcastiques d’Alexia font toujours mouche tandis que les lapsus et erreurs d’Ivy, déterminée à faire bonne figure, prêtent encore à sourire. Le contraste entre la bestialité et la rudesse des loups-garous, bien plus prégnante encore dans le clan écossais, et le raffinement des vampires opère toujours.
 
Le contexte est ici plus tendu : Alexia est menacée et l’origine de la menace qui pèse sur elle ne sera connue que tardivement, Lord Maccon peine à imposer sa présence à son ancien clan et la soudaine humanité forcée des créatures surnaturelles occasionne de fortes tensions. Les chamailleries entre Félicité et Ivy pour s’attirer les faveurs de Tunstell et les amours contrariées entre Ivy et ce dernier compliquent la donne émotionnelle. L’intrigante Mme Lefoux rajoute une dose de trouble. Le rebondissement final engendre d’ailleurs une charge émotionnelle inédite, d’une grande violence.
 
Si la facette fantasy urbaine est moins présente pour cause d’escapade en Ecosse, la dimension steampunk s’élargit avec le dirigeable, les inventions de Mme Ledoux et surtout l’éthérographe, variation fantaisiste du télégraphe.En plus de la galerie de vampires, fantômes et loups-garous et des sociétés secrètes, Gail Carriger s’amuse à rajouter un ingrédient classique pour faire monter la sauce fantastique : la momie et la malédiction qui s’y attache. Ce faisant, elle jubile (et le lecteur avec elle) à se moquer aussi bien des travers de la société victorienne (le déshabillage des momies étant considéré comme une plaisante distraction mondaine) que des clichés de la littérature de genre.
 
Subtilement romanesque, délicieusement rocambolesque, cette nouvelle aventure d’Alexia Tarabotti installe définitivement le Protectorat de l’ombrelle comme une alternative aux breuvages insipides d’une bit lit’ éculée. Un thé racé mais sans prétention enrobé dans une audacieuse mousseline. Et dont on brûle de découvrir le nouvel arôme sans le montrer, flegme (ou bienséance ?) britannique oblige.

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