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Bifrost 48 - l’édito
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Bifrost 48 - l’édito

Même si ça n’a rien d’une surprise, même si nous nous y attendions depuis des mois, la nouvelle est officiellement tombée le 10 octobre dernier : la revue Galaxies n’est plus. Outre le fatras habituel qu’on peut lire ici et là lorsqu’une revue s’arrête (« Mon Dieu, c’est horrible, vous vous rendez compte, cet espace de liberté qui disparaît… »), la fin de Galaxies signifie deux choses : plusieurs centaines d’abonnés plantés, leur argent encaissé (jusqu’à cet été pour certains, ce qui est somme toute assez peu classe…) pour des livres qu’ils ne recevront jamais — autant de fans de S-F qu’il sera désormais bien difficile de convaincre de retenter l’expérience de l’abonnement pour un support périodique de S-F, et on les comprend ; mais aussi, bien sûr, moins de nouvelles publiées, ce qui n’a rien d’une bonne nouvelle pour les auteurs français, sans même parler des lecteurs… J’ai, suite à cette annonce, lu à de nombreuses reprises, notamment sur Internet, des trucs du styles : « GalaxiesBifrost qui doivent être contents ! » Conneries. Penser que l’équipe de Bifrost puisse se réjouir de la fin d’une revue consacrée à notre genre de prédilection, c’est faire peu de cas de l’intérêt que nous portons au dit genre. Galaxies s’arrête et non, ce n’est pas une bonne nouvelle. Bien sûr, il y a eu entre nous et eux des antagonismes de point de vue, sur le fond (qu’est-ce qu’une littérature de S-F de qualité ?) tant que sur la forme (comment défendre au mieux cette littérature de S-F de qualité?). Le fait que Galaxies disparaisse et que Bifrost se porte au mieux nous donne sans doute raison tant sur ce fond que sur cette forme. Et alors ? Comme il est dit plus haut, nous voici avec des abonnés fans de S-F en colère et un espace de publication pour la forme courte en moins. Les gens qui imaginent que nous puissions nous réjouir de cela sont des cons. Ni plus ni moins. Des cons qui n’ont décidemment rien compris à notre démarche. Comme l’a si justement dit sur la toile notre collaborateur occasionnel, Joseph Altairac : « Eh puis, Bifrost sans Galaxies…  Imaginez que l'Ombre Jaune ait vraiment tué Bob Morane, ou que Bob Morane ait vraiment éliminé l'Ombre Jaune... La (sur)vie va être plus triste. » Non, décidemment, s’arrête ? Ben c’est les gars de

il n’y a rien de très réjouissant dans tout cela.

Reste une question en suspend : quelle est la véritable raison de l’arrêt de Galaxies ? Le problème des supports spécialisés n’est pas qu’ils ne se vendent pas, mais plutôt qu’ils ne se vendent pas suffisamment. Si on met de côté les problèmes de diffusion en librairies de Galaxies et qu’on ne prend en compte que les abonnements, nous arrivons à ceci : la revue avait 600 abonnés, ce qui représente un trésor de guerre d’environ 20 000 euros par an. Cette somme est tout à fait suffisante pour payer la fabrication de quatre numéros annuels (soit, pour une revue avec les tirages de Bifrost, environ 12 000 euros), la distribution postale et l’achat des droits des textes. Ainsi, avec 600 abonnés, une revue « type Galaxies » est parfaitement viable, et ce uniquement sur son volant d’abonnés. Pourquoi a-t-elle alors cessé de paraître ? Simplement parce que si 600 abonnés suffisent à entretenir la production technique d’une revue, ils ne suffisent pas à véritablement rémunérer ceux qui s’investissent dans la revue. Sans rémunération, en dépit de toute la bonne volonté du monde, on s’épuise, surtout au regard du travail considérable que nécessite la gestion d’une revue littéraire (auquel s’ajoute le travail « alimentaire » qu’il faut mener de front). Les responsables de GalaxiesGalaxies » est incapable de motiver à l’abonnement 1200 amateurs de S-F. auront tenu une bonne dizaine d’années, ce qui est déjà un bel exploit. Générer, disons, un salaire à plein temps (ce qui est naturellement un minimum) nécessite 600 abonnés supplémentaires. Soit un total de 1200 abonnés. Force est de constater qu’actuellement, une revue de S-F « type

Et Bifrost, me direz-vous ? Bifrost possède à ce jour 550 abonnés. Auxquels s’ajoute une diffusion en librairies qui représente environ 700 ventes. Soit, entre 1200 et 1300 exemplaires vendus par numéros. Avec de pareils chiffres, Bifrost génère un demi salaire (et non pas un salaire complet, simplement parce que 700 ventes en librairies par numéro pèsent bien moins que 600 abonnés). Dans de telles conditions, comment la revue tient-elle ? Grâce aux éditions du Bélial’ qui non seulement permettent à Bifrost une diffusion en librairies, mais surtout font vivre votre rédac’chef préféré. C’est aussi simple que ça. On constate donc qu’en l’état actuel des choses, une revue de science-fiction ne peut survivre qu’avec l’appui d’une maison d’éditions, aussi petite soit-elle. La direction de Galaxies s’est toujours gargarisée de l’indépendance de sa revue. Cette même direction aura sans doute oublié qu’elle tenta, en son temps, de créer une maison d’éditions, Imaginaire Sans Frontières. Cette tentative partait d’une bonne inspiration. Une inspiration qui aurait pu pérenniser Galaxies en faisant vivre ses principaux animateurs. Malheureusement, ISF a déposé son bilan fin 2003. Selon toute vraisemblance, ce jour-là signait aussi la mort annoncée de Galaxies.
Un beau gâchis.


Olivier Girard

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