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Chindi

Jack McDevitt ( Auteur), Manchu (Illustrateur de couverture), Frank Reichert (Traducteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : 
Date de parution : 31/12/2003  -  livre
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Chindi

Protégé de l'Atalante, qui a publié ses trois derniers livres dans note belle langue, Jack McDevitt signe pourtant avec Chindi son onzième roman. Cet ancien officier de marine, ancien professeur d'anglais, ancien agent de douanes et ancien chauffeur de taxi est familier d'une science fiction artisanale et de bonne facture, qu'on sent maintes fois remise sur l'ouvrage, et dans laquelle il mixe habilement space opera et hard science.

Pour ce dernier effort il sort de sa retraite Priscilla Hutchins l'héroïne de Deep Six son précédent roman.

Tout commence cette fois par une banale mission d'observation de l'Académie autour d'une étoile à neutrons perdue au milieu de nulle part. Chouette ! Mais lorsque soudain l'I.A du vaisseau capte une émission radio incompréhensible qui semble provenir de l'étoile elle-même, c'est toute la bande de nerds embarquée qui s'enflamme. Serait-il possible que l'Homme vienne de capter, même fugitivement, le premier message d'une espèce extra-terrestre ?

Ce sera à la Société du Contact de le découvrir. Ce n'est qu'une association de riches allumés, mais qui subventionne à pleins tombereaux, dans la mesure où elle est la seule institution sur Terre capable de les aider à prouver ce en quoi tous ces membres croient dur comme fer : nous ne sommes pas seuls dans l'Univers.

Et c'est pour aller voir de quoi il en retourne aux abords de cette fameuse étoile à neutrons que George Hocklemann, richissime président de la Société du Contact a affrété le Ville de Memphis. Quant à Priscilla Hutchins – Hutch pour les amis –, elle se voit confier la très diplomatique mission de piloter le vaisseau et sa cargaison de gogos. Ce sera, lui a-t-on assuré une simple mission de routine. Plus une affaire de "relations publiques" que de conquête de l'Espace.

Bien évidemment, il n'en sera rien, sans quoi Jack McDevitt n'aurait pas eu l'outrecuidance de nous en tartiner 600 pages.

Et de fait ce roman en forme de thriller psycho-scientifico-space op, dispose d'un certain nombre d'atouts pour nous faire tenir la longueur. Ce n'est sans doute pas pour rien qu'il s'est retrouvé nommé au Nebula. Tout d'abord, autour de Hutch, petit bout de femme bien campée, s'ordonne un ballet de personnages attachants. Si McDevitt sous-exploite un peu les nécessaires tensions qu'un long séjour en milieu confiné ne manquerait pas de faire naître, on se contentera de cette galerie de portraits assez bien troussée. Ensuite, un style assez vif pour un livre d'une telle crédibilité scientifique est toujours une agréable surprise. Mais surtout, McDevitt a le bon goût de ne pas nous livrer l'une de ces panouilles insupportables, devenues ces derniers temps le lot quotidien du lecteur de SF. Pas de manichéisme bébête, pas d'aliens saugrenus, encore moins de bondieuserie politiquement correcte. Tout tient sur le suspense, car suspense il y a, et sur le bon vieux mécanisme de la découverte. Pas de hasard si McDevitt confesse que son roman préféré est le Au cœur de la comète de Brin et Benford. Enfin, et même si c'est annexe, la superbe couverture de Manchu (mais au fait en a-t-il fait de vilaines ?) rajoute indéniablement plaisir de la lecture.

Toutefois, il est un travers de l'édition américaine auquel l'auteur n'a pas su échapper : la vente au poids. Il faut dire qu'il n'est plus aujourd'hui un agent américain qui ne serine à son auteur qu'en dessous de 500 pages il n'est pas un véritable écrivain. Après avoir eu affaire à des générations entières de directeurs littéraires qui travaillaient autant au stylo qu'au sécateur, les auteurs ne se sont évidemment pas fait prier. Et c'est dommage en l'espèce, car Chindi n'est pas tout à fait aussi trépidant que l'on serait en droit de l'attendre d'un tel pavé. Du coup McDevitt délaye, se laisse porter, tenter par la redite ou l'exposition inutile. Il se fait plaisir, c'est bien, mais parfois c'est trop. Gratuit. Du coup la mayonnaise retombe, et on s'essouffle. Deux cent pages de trop qui, c'est vrai ne suffisent pas à ruiner l'ensemble, mais restent regrettables. Car si Chindi n'a rien de révolutionnaire, il a par ailleurs tout ce qu'il faut, là où il faut pour vous faire passer un bon moment de lecture.

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