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Cœur de steppe

Ruben Pellejero (Dessinateur, Coloriste), Jorge Zentner (Scénariste), Anne-Marie Ruiz (Traducteur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Autres
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/03/2003  -  bd
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Cœur de steppe

Ce second tome clôt l'histoire d'Âromm, fils de Taliz, qui porte la lourde tâche d'honorer la dette de son père envers les Esprits des steppes. Zentner et Pellejero, les auteurs du Silence de Malka (Casterman), qui avait obtenu l'Alphart du Meilleur Album étranger à Angoulême en 1997, ont déjà travaillé de nombreuses fois ensemble. Toutes les Bandes Dessinées nées de leur collaboration sont un régal aussi bien pour les yeux que pour la " tête ". On sent une perpétuelle recherche, un travail sur le fond et la forme. Ces deux auteurs hispanophones nous avaient déjà ravis (au sens premier du terme) avec des albums tels que le recueil de nouvelles Blues ou autres récits en couleurs (Casterman) ou l'excellent polar fantastique en noir et blanc Tabou (Casterman). C'est avec un bonheur non dissimulé que l'on se plonge dans ce dernier volet de la quête tragique d'Âromm.

La Steppe : Théâtre tragique du Destin en marche

Les Barbares assiègent une ville riche et prospère dirigée par Burno, roi bienveillant envers son peuple. Talïz a été envoyé au sein même de la cité afin de négocier sa rédition. Il en revient avec une garantie de la soumission du Roi. Le gage est la fille même de Burno, Vinati, qui devra épouser l'héritier de Sétaq, le futur chef des tribus. Mais Vinati n'a qu'une seule idée en tête, venger les siens.

Souffrance et répétition tragique

Le mot qui pourrait résumer tout l'album est souffrance. Il semble que, pour les auteurs, elle soit au cœur de la condition humaine. Les Esprits de la steppe s'amusent de ces pantins qu'ils manipulent grâce à l'allégeance d'Honnoh, celui qui est déjà descendu aux Enfers, qui est " toujours-déjà " mort. Âromm n'en a pas fini d'expérimenter toutes les gammes de la souffrance. En premier lieu, il doit quinze ans de sa vie à Sétaq, chef criminel et cruel, pour solder la dette de son père. Il est pris aussi dans les affres de l'Amour. Vinati, la sublime fille du Roi Burno, éveille en lui un désir puissant, mais elle lui préfèrera finalement Nilb, plus apte à être l'instrument de sa vengeance. L'histoire se répète, tout comme leur père jadis, Nilb et Âromm s'éprennent de la même jeune fille. Nilb s'enfuit avec Vinati, Sétaq, fou de rage, ordonne à Âromm de les pourchasser et de lui ramener leur tête. Le fils de Talïz doit tuer de ses propres mains son frère de sang et la femme qu'il aime. Tel est le Destin des guerriers, ils doivent souffrir, n'ont-ils pas, après tout, déjà les mains rouges du sang de leurs victimes ? Répétition est le deuxième maître mot de la bande dessinée. Les phrases sont martelées, sans cesse répétées, afin de ne laisser aucune échappatoire à Âromm. Répétition aussi dans les dessins et les cadrages. Des vignettes se font écho tout le long de l'album, et de nombreux éléments sont redoublés (le tatouage des deux chevaux sur le dos de Nilb et Âromm, les deux pères, la répétition fantasmée de la scène durant laquelle Âromm tuera Sétaq…). On pourrait trouver des signes de cette dualité tout au long de l'album, l'œuvre dans son ensemble fonctionne selon cette symétrie. Les couleurs fortes et vives, le plus souvent, viennent souligner la tension, renforcer le réseau de significations. Il ne s'agit pas de colorer des cases afin de divertir l'œil mais bien d'approfondir encore la narration. Placée sous le sceau de l'oxymore dès le titre de l'album et la couverture, l'histoire ne pouvait être que tragique. Le rouge et le bleu s'entrechoquent tout comme le cœur chaud est obligé de composer avec la steppe glaciale. Une histoire en deux tomes qu'il faut absolument découvrir pour le plaisir tant intellectuel qu'esthétique qu'elle procure.

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