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Cruel Thing

Lean (Scénariste), Luciano Vecchio (Dessinateur), Benjamine des Courtils (Traducteur)
Langue d'origine : Espagnol
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 19/02/2009  -  bd
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Cruel Thing

Lean (de son vrai nom Leandra Martinez) et Luciano Vecchio sont deux jeunes auteurs argentins qui sont encore inconnus en France. Et pour cause ! Cruel Thing est le premier ouvrage qu'ils signent à être édité dans l'Hexagone. Ce sont les éditions Emmanuel Proust qui proposent cette expérience gothique et érotique au lectorat français de bandes dessinées.

Les tribulations d'un être 50% justicier, 50% tortionnaire, 100% gothique

Cruel Thing est une créature gothique capable de posséder les gens en aspirant leur énergie vitale. Ce vampire d'un nouveau genre est motivé par le désir d'aider ses victimes à se venger de ceux qui les ont persécutées. Cruel Thing est-il un justicier ou un démon ? Qui l'a créé ? Quelles sont ses origines ? Quel est son destin ? Il cherche les réponses à ces questions en hantant les rues à la recherche de noctambules en proie à des tourments dont il pourra les libérer...

Claque visuelle...

Nous allons beaucoup critiquer Cruel Thing dans les paragraphes qui vont suivre. Toutefois, si cette bande dessinée possède de nombreux défauts, il faut lui reconnaître une qualité : celle de son graphisme très particulier.
En effet, Luciano Vecchio déploie un talent fou au fil des planches de l'album. Il emploie un style incisif entre le comics et le manga. Les planches, peu souvent découpées de façon traditionnelle, sont constituées de cases qui s'enchaînent avec un dynamisme et une fluidité très efficaces. Le noir et le blanc, rehaussés de grandes touches de rouge carmin, conviennent parfaitement à l'ambiance gothique de l'album.
Le texte est éparpillé dans les pages, guidant les yeux du lecteur vers les détails des dessins et accompagnant les mouvements des personnages.
Une chose est claire : on ne peut pas rester insensible à la maîtrise de Vecchio, même si l'on n'est pas fan du milieu goth et des atmosphères obscures.

...scénario insipide...

Dans Cruel Thing, Lean et Vecchio décrivent un personnage extrêmement atypique, pour lequel il est difficile de ressentir un quelconque attachement, trop entouré de mystères qu'il est. Tout le propos de Cruel Thing est d'ailleurs le cheminement de ce personnage vers la révélation de sa véritable nature. Or, lorsqu'on découvre enfin ce qu'est Cruel Thing, tout à la fin de la bande dessinée, on se dit... et alors ? Quel est l'intérêt de développer ce personnage ? Car Cruel Thing a bien du mal à fasciner et est oublié aussitôt la bande dessinée refermée. Cruel Thing ne mène nulle part et n'a pas vraiment de fin.
Le résultat est une « histoire » brouillonne. C'est d'autant plus le cas que les auteurs ont volontairement choisi un ton sibyllin, avec peu de texte et dialogues pour donner des explications, et encore sont-elles énigmatiques. C'est  en partie grâce aux chapitres qui divisent la bande dessinée que le lecteur comprendra le cheminement du personnage, leurs titres et leurs enluminures de présentation étant plutôt explicites.

...et univers inconsistant


Cruel Thing nous est présentée comme une bande dessinée gothique et érotique. Si le côté gothique est indéniable, il n'en est pas de même de l'aspect érotique de l'album.

Le caractère gothique est bien présent, donc, notamment parce qu'on a droit à tous les stéréotypes du genre. Le personnage principal est un maigrelet en tenue noire et résille, aux cheveux longs et arpentant les rues d'une ville aux heures les plus sombres de la nuit.
Mais quelle image des gothiques ! Les auteurs semblent se complaire dans une image extrême typique de ce mouvement, jusqu'à la caricature. Les esprits étroits pourraient immédiatement s'imaginer que toutes ces personnes qui s'habillent de noir, s'amusent dans des cimetières et écoutent du Black Métal sont du genre à organiser des soirées orgiaques où ils se régalent de sang en l'honneur de quelque divinité satanique.

Quant au côté érotique de Cruel Thing, il est totalement inexistant. Sauf bien sûr si l'on considère comme érotique le simple fait de montrer des femmes seins nus et en petite culotte, ainsi que des couples en plein coït. Scènes au cours desquelles, rassurons-nous toutefois, Vecchio ne montre rien de choquant : les personnages féminins prennent soin de dissimuler leurs parties intimes, tout comme celles des mâles se trouvent toujours habilement occultées par quelque élément du décor. Les auteurs ont oublié qu'érotisme rime aussi avec sensualité et désir. Aucun risque, avec Cruel Thing, de voir les hormones du lecteur entrer en ébullition, avec tous les phénomènes secondaires inhérents.
Non. La bande dessinée des deux artistes argentins peut à la limite être qualifiée de coquine, mais pas d'érotique.

Cruel Thing est donc une bande dessinée qui ne passe pas inaperçu de par son graphisme saisissant. Mais le lecteur n'est absolument pas transporté par la non-histoire qu'elle raconte, ni ne trouve un quelconque réconfort dans l'aspect érotique vendu par l'éditeur. Peut-être faut-il être un grand amateur du genre gothique pour prendre plaisir à suivre les pérégrinations macabres du héros...
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