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De 2012 à 2013, quelques infos et des bons livres
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De 2012 à 2013, quelques infos et des bons livres

Nous voici presque à l'heure des bilans de 2012. S'il est encore difficile de parler de chiffres de ventes et de "marché" dans son intégralité, voici deux trois éléments sur ce qu'il s'est passé chez les éditeurs cette année.
 
Les grandes stars dans nos domaines auront été sans contestation possible George R. R. Martin, J. R. R.Tolkien et Philip K. Dick. Le premier a littéralement envahi les rayons des librairies au premier semestre avec des nouveautés et des rééditions chez Mnémos, Actusf et Denoël, sans compter le Bifrost qui lui était spécialement consacré, tout cela dans le sillage du succès du Trône de Fer dont Pygmalion a sorti les nouveaux tomes. L'adaptation en série télé ayant l'air de fonctionner (en tout cas, assez pour Canal + en achète les droits) et une troisième saison étant en préparation, il n'y a aucune raison que cette folie George R. R. Martin s'arrête.
 
En cette fin d'année, seule celle de J. R. R.Tolkien a pu lui faire un peu d'ombre. La sortie du premier volet du Hobbit au cinéma a été l'occasion d'une orgie de rééditions de Tolkien et de livres sur son univers chez les éditeurs. Non content de pouvoir relire Bilbo le Hobbit dans une nouvelle traduction, on trouve en ce moment des livres pour parler elfe, se balader dans la Comté, ou comprendre la formation de la Terre du Milieu... Et nul doute que le phénomène recommencera lors du prochain film...
 
Philip K. Dick a également été un des grands animateurs de cette année d'édition. J'ai lu a en effet lancé un grand chantier de republication de quasiment tous les romans de l'auteur d'Ubik. Parmi les bonnes surprises, la retraduction totale du Maître du Haut Château et un roman inédit : Ô Nation sans pudeur. Cela a été l'occasion de reparler de cet auteur et de constater lors notamment des conférences d'Etienne Barillier (auteur du Petit Guide à Trimbaler de Philip K. Dick chez Actusf) qu'il intéressait toujours autant de monde, l'affluence étant à chaque fois au rendez-vous.
 
Des nouveaux et des confirmations
 
Cette année, plusieurs auteurs nous ont confirmé tout leur talent. Parmi eux Ian McDonald (Ah cette Maison des Derviches !), Robert Charles Wilson, Jeff Noon ou Greg Egan. Pas de surprise, ce sont tous des valeurs sures de la science fiction. Mais 2012 a été aussi l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs très prometteurs. Le premier d'entre eux fut Paolo Bacigalupi avec La Fille Automate, un roman étonnant autour d'une jeune femme pas tout à fait humaine en Asie. Du côté de la fantasy, la noirceur a eu la part belle cette année avec des histoires de truands se démenant dans les bas-fonds de villes tentaculaires. On ne saurait aussi que trop vous recommander parmi eux Daniel Polansky et son Baiser du Rasoir, Mark Lawrence et Le Prince écorché et Douglas Hulick et Princes de la pègre. Amateurs de mauvais garçons et de malfrats, suivez ces trois "nouveaux" !
 
Enfin le voyage dans le temps a fait débat à la fin de l'été, et plus précisément Connie Willis. Annoncé comme un véritable évènement avec ses prix Hugo, Locus et Nebula, son roman Black-Out n'a vraiment emporté l'enthousiasme de tous les lecteurs. Rien que sur Actusf nous avons eu quatre chroniques et des avis plutôt mitigés...
 
On terminera sur des parutions importantes sur le genre de la part d'universitaires. On en citera quatre : Ces Français qui ont écrit demain. Utopie, anticipation et science-fiction au XXe siècle de Natacha Vas Deyres qui a organisé en novembre un excellent colloque à Bordeaux, L'homme-machine et ses avatars: Entre science, philosophie et littérature XVIIe-XXIe siècles de Dominique Kunz Westerhoff et Marc Atallah (le directeur de la Maison d'ailleurs), Petite philosophie du zombie ou comment penser par l'horreur, La Nature humaine de Maxime Coulombe et La Science-fiction en France. Théorie et histoire d'une littérature de Simon Bréan.
 
Quelques nouvelles du monde de l'édition
 
On l'a dit on ne peut pas pour l'instant parler des chiffres de ventes pour l'ensemble du genre. Il n'en reste pas moins que les échos en provenance des librairies n'incitent pas à l'optimisme. Parmi les mauvaises nouvelles la fermeture du Virgin des Champs-Elysées à Paris, un endroit important pour l'imaginaire. A noter que dans ce cas comme dans d'autres ce n'est pas tant les ventes de livres qui sont en cause que le loyer qui explose lors des renégociations. L'immobilier en fossoyeur de la littérature ?
 
Dans la colonne des créations, on notera l'arrivée des éditions Armada avec un catalogue composé pour le moment d'auteurs français, le début des éditions Ring (avec toute une "affaire" autour du nouveau livre de Maurice G. Dantec et surtout la réédition du premier roman de Joël Houssin : Loco) et la création de la collection Pandore au Pré aux Clercs. Dirigée par Xavier Mauméjean, cette collection est orientée vers le young adult, nouveau segment marketing qui est une véritable déferlante, coincée entre la littérature jeunesse et le secteur "adulte". Selon un sondage publié par Babelio, les lecteurs de young adult sont en majorité des femmes entre 15 et 30 ans, qui se conseillent les livres de bouche à oreille plutôt que de suivre les maisons d'édition ou les collections, et qui spontanément s'attendent à trouver des livres young adult dans le rayon Imaginaire des librairies. Et force est de constater que dans de nombreux magasins, ce sont dans les rayons habituellement dévolus à la science fiction et la fantasy que sont rangés les livres young adult. Faut-il s'en réjouir ou se lamenter ? Que des milliers de jeunes filles lisent sans sourciller du fantastique et de la fantasy peut sembler une bonne nouvelle. Mais combien continueront ensuite leur parcours littéraire vers les collections dont nous avons l'habitude ? C'est à peu près le même débat qu'au début des années 2000 entre la fantasy ou les lecteurs d'Harry Potter et la science fiction. Les prochains mois apporteront peut-être un début de réponse. En tout cas, c'est sans doute l'un des grands défis des éditeurs "classiques". Ce qui est clair, c'est que dans les rayons des grandes chaines ou des grandes librairies, l'Imaginaire c'est aussi Twilight et Hunger Games et des collections et des éditeurs comme BlackMoon, Draklight, Darkiss, Le Chat noir, Rebelles, Sharon Kena, Territoires et quelques autres... Le marché de l'Imaginaire serait-il en pleine mutation ?
 
On parle souvent de surproduction en librairie. Il est à noter que Noosfere a enregistré moins de livres en 2012 qu'en 2011 : 1329 contre 1661. C'est la première baisse depuis 2008 et c'est un retour au niveau de 2004. http://noosfere.com/icarus/livres/actu_annee_tree.asp
 
Dernier point, cette année a été la confirmation que si le monde du livre souffre, celui des festivals se porte bien. Outre les très belles fréquentations des Imaginales et des Utopiales, il existe désormais un grand nombre de manifestations liées à l'Imaginaire, de Fantasy en Beaujolais à Cidre de Dragon en passant par Octogone, le Salon Fantastique et le Festival de l’Imaginaire Grenoblois. C'est simple, entre les salons et les dédicaces, il y a de l'actu tous les week-ends dans notre agenda. Autant d'occasions de rencontrer des auteurs et des éditeurs. Et la bonne nouvelle c'est que le public semble au rendez-vous. De nouveaux évènements sont déjà programmés pour 2013 (notamment les Oniriques à Meyzieu près de Lyon et un salon de fantasy jeunesse à Lyon toujours début février).
 
Des nouvelles du numérique
 
En 2011, le numérique représentait 2 % du marché. Si on n'a pas encore de chiffres pour 2012, cela ne devrait pas baisser. En tout cas, il se dit que l'Imaginaire se porte bien dans le monde numérique, juste derrière la romance. Plusieurs éditeurs se sont lancés cette année et notamment Mnémos, Actusf et surtout l'Atalante qui annonce vouloir mettre en ligne 200 titres par an... L'offre est progressivement en train de s'étoffer comme on peut le voir sur le site emaginaire que nous avons lancé. Désormais, quasiment tous les éditeurs sont présents en numérique. Reste à savoir à quel prix (certains fichiers sont plus chers que le livre de poche) et avec ou non des DRM ? Et puis tout n'est pas rose dans le monde numérique, notamment dans les relations entre auteurs et (gros) éditeurs. Pour ceux que cela intéresse, le Droit du Serf est assez actif sur la toile sur le sujet, notamment en ce qui concerne la loi sur les livres indisponibles du XXe siècle.
 
La page 2012 est donc en train de se refermer. On a concocté une sélection des livres qui nous ont marqués cette année, histoire de vous donner quelques idées juste avant Noël.
Et 2013 ? Aucune raison que l'année qui vient ne soit pas aussi remuante. En coulisse se préparent quelques nouveautés (dont certaines nous concernent). Evidemment on vous dira tout dès qu'on le peut !
 

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