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Demain est à Dieu

Denis Bechu (Dessinateur), Simon Quimener (Coloriste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 26/01/2011  -  bd
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Demain est à Dieu

Coloriste sur Arthur le fantôme, illustrateur de belles couvertures pour Pandemonium ou L'Évangile selon Satan, dessinateur talentueux sur Shaman, Guerres parallèles, scénariste doué sur Zombies, Nosferatu ou Lancelot, Olivier Péru (à ne pas confondre avec son frère) a surtout officié chez Soleil, à tous les postes. Il est donc tout à fait normal de le retrouver au scénario de cette nouvelle série de la collection Secrets du Vatican.

Demain est à Dieu est le premier album de Denis Bechu, un jeune dessinateur nantais à l'aube d'un talent prometteur. S'attaquer à un récit historique d'envergure était loin d'être un pari réussi pour une entrée dans l'arène de la BD. Le pari est gagné, même si le dessin n'est pas le point le plus fort de l'album.

In nomine Mariae Magdalenae

Dans le Sud de la France, un groupe de soldats et de prêtres romains s'entretue après avoir réouvert le tombeau de Marie-Madeleine, morte auprès de Jésus, et s'être emparé de son évangile. Des siècles plus tard, en 1066, un moine aux abois confie à un jeune moine, Adrien, le soin de protéger l'une des sept pages de l'évangile de Marie-Madeleine, qui contiennent un secret que Jésus a confié à la compagne de ses derniers jours.

Adrien rejoint dans la forêt un ancien assassin censé assurer sa protection. Non loin de là, Guillaume le Conquérant s'apprête à envahir l'Angleterre. Le pape l'a assuré de son soutien en lui envoyant un groupe d'hommes armés qui semble très intéressé par les sept pages soustraites à l'évangile. Dans le même temps, la fille d'Harold Godwinson, le roi d'Angleterre, compte bien ramener les feuilles secrètes dans son royaume.

Autant dire qu'Adrien, le novice à la vocation incertaine, n'est pas prêt de prier en paix.

Un thriller historique réussi

Après le Da Vinci Code, une nouvelle histoire mystique de coucherie entre Jésus et Marie-Madeleine. Cette fois-ci, l'imposture historique va plus loin puisque les deux tourtereaux convolent jusqu'en Gaule pour y être enterrés. De la Rome antique jusqu'à la bataille d'Hastings, les gardiens de l'Église ont pieusement gardé le secret, tandis qu'un général romain, en subtilisant sept pages, préservait le secret christique.

Avant de nous entraîner peut-être dans les prochains albums à des époques plus proches, le scénariste Olivier Péru fait étape au Moyen-âge, après une brève incursion dans l'antiquité tardive. C'est l'occasion d'une promenade visuelle didactique dans les ports et les forêts normandes à la veille d'une guerre qui marquera le destin de l'Angleterre. De l'entourage de Guillaume le Conquérant au clan d'Harold, en passant par les moines du mont Saint-Michel, nous suivons les pérégrinations d'un jeune homme  flanqué d'un  assassin misanthrope et perdu dans les tourbillons de l'histoire. D'abord crédule et manipulé, il devient actif et manipulateur quand il saisit qu'il peut tirer un grand profit de son manuscrit copte.

De scène d'action en scène d'action, le récit ne dédaigne pas l'intrigue, le mystère et les scènes plus légères où notre jeune moine succombe à la tentation de la chair. Le scénario, un tantinet tarabiscoté et un rien faisandé par un pauvre Christ mis à toutes les sauces ces temps-ci, tient la route. Une belle histoire aux allures de thriller historique.

Côté dessin, c'est plus laborieux. Le rendu global n'est pas trop mauvais. Il est cohérent avec l'atmosphère et le contexte historique. Le découpage est intelligent. Les décors sont variés et soignés. Les couleurs appliquées. Le plus troublant reste le traitement des ombres. Les tâches noires des visages en contrejour, l'ombre des cheveux sont telles que dans certaines scènes, on ne sait plus de quel personnage il s'agit. Il faut y regarder à deux fois pour être certain de ne pas se tromper. Cet effet est renforcé par l'imprécision des traits des visages, associée à des récurrences d'expression ou de forme. Les profils des visages sont moins réussis que les trois quarts ou les traits de face.

En dehors de quelques facilités qu'on lui pardonnera volontiers, le scénariste a atteint le sommet de son art. Le dessinateur a, lui, des marges de progression. Le coloriste a fait un travail propre.

Ficelle facile, mais ô combien efficace, on a hâte de connaître le vrai secret de Jésus et de Marie-Madeleine. On a aussi hâte de retrouver nos protagonistes en pleine bataille entre saxons et normands.

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