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Deux droites parallèles…

Damien Marie (Scénariste), Vanders (Dessinateur, Coloriste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/05/2006  -  bd
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Deux droites parallèles…

Damien Marie et Damien Vanderstraeten ont collaboré une première fois à l’occasion de la création de la BD Règlement de contes, publiée chez Soleil, « western animalier » inspiré de l’univers des contes. Ils renouvellent cette expérience aujourd’hui avec la signature à quatre mains de la série Welcome to Hope, publiée dans la collection Grand Angle de Bamboo Editions. Cette collection a pour but d’éditer des créations mettant en lien les univers de la BD et du cinéma.

Un parfum de Road Movie

Hope, c’est un trou paumé au milieu de la région du sud des grands lacs, où les paysages conjuguent champs de maïs et routes désolées. C’est surtout le lieu autour duquel prennent racine les histoires parallèles de deux hommes perdus, Scott et Cody. Le premier, joueur de poker désabusé, se retrouve déplumé au bord d’une route et devant sa voiture en panne après une nuit de jeu. L’histoire de Cody s’ouvre aussi avec une voiture en panne, mais pas la sienne : celle d’une certaine Norma, blonde pulpeuse qu’il connaît depuis l’enfance et qui lui semble inaccessible. Norma s’offrira finalement à lui, enclenchant un déluge d’ennuis qui entraîneront Cody dans d’angoissantes zones de non droit. Scott trace sa route de son côté, flirtant sans cesse et sans le savoir avec celle de Cody…

Deux droites parallèles…

C’est avant tout une plongée dans l’atmosphère des Road Movies américains : les récits des trajectoires des deux héros, dans ce premier tome, se structurent autour d’un épicentre, la petite ville perdue de Hope, et de la route qui y mène ou permet d’en sortir. C’est donc au bord d’une route que nos héros entrent dans l’histoire, et la suite de leurs aventures viendra confirmer l’importance de ce motif : la route est soit un espace à conquérir car elle est le seul moyen de fuite vers un nouveau destin, soit un lieu à éviter lorsque les héros ont besoin de se cacher. Les parcours des héros sont l’occasion d’une déclinaison de paysages et lieux clefs des Road Movies : étendues désertiques baignées dans un rouge soleil couchant, (planches 3 et 4), motels de bord de route, bars miteux… Espace pour fuir ou espace à fuir, les héros tournent autour de la route qui concentre leurs frêles espoirs d’un avenir meilleur. En effet, conformément aux codes du Road Movie, nos anti-héros sont pris à un moment de leurs destinées où toute perspective d’avenir semble bien sombre : tous deux sont dans l’errance, et le nom de la bourgade provinciale, « Hope », autour de laquelle leurs destinées gravitent prend alors toute sa dimension ironique.

Le parcours de deux héros modernes

L’un, Scott, est étranger en cette province et semble se perdre d’arrières salles en comptoirs de bars depuis longtemps, l’autre, Cody, est poussé vers la fuite par les événements provoqués par son histoire d’amour avec Norma. Pour le premier, Hope et ses contrées représentent l’espoir de la découverte de nouveaux tuyaux pour se refaire un pactole, alors que pour le second, c’est Las Vegas qui scintille dans la ligne d’horizon, phare de l’espoir illusoire d’une vie meilleure avec Norma. Car Welcome to Hope nous donne un regard désabusé sur la version moderne d’un certain rêve américain : celui des provinciaux, et plus particulièrement des provinciaux issus de régions agricoles : Scott et Cody sont des héros bien modernes pour lesquels le rêve est soit impossible soit reconnu d’emblée comme irréalisable car trop cliché, comme la vie rêvée que Cody imagine pour Norma : « Norma chante à Vegas (…) Ses chansons sont tristes et son destin sera fatal…L’histoire était belle, mais tellement prévisible… » (planche 6) Ce rêve, à peine Cody l’a-t-il imaginé qu’il le conjugue au passé, avant d’y croire un peu plus après que Norma s’est donnée à lui. Le rêve américain a donc pris du plomb dans l’aile, et les auteurs ne font que renforcer cet aspect en choisissant de nommer l’un de leur héros…William F. Cody, soit Buffalo Bill. Ainsi les voyageurs et conquérants d’hier n’ont d’avenir que sous les traits de héros en errance, et la poussière des westerns devient celle des voitures…qui tombent souvent en panne. Aux duels boostés par la testostérone succèdent des errances livrées aux hasards de la vie, symbolisés par le retour du motif du jeu de cartes.

Mais attention, si Deux droites parallèles… est une BD forte en atmosphère et qui explore avec brio l’univers des Road Movies, ce genre cinématographique n’est pas le seul à nourrir la narration : la fin du premier tome inaugure la plongée dans un nouvel univers, bien plus angoissant…qui ne saurait être dévoilé ici !

Deux droites parallèles…
séduira donc par le travail sur l’esthétique des Road Movies et la réflexion proposée sur la société provinciale américaine. Un premier tome très prometteur qui semble ouvrir de multiples pistes et jongle allégrement avec les genres.

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