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Ennemi

Eric Corbeyran (Scénariste), Juliette Nardin (Coloriste), Horne (Dessinateur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 28/02/2007  -  bd
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Ennemi

Voici le cinquième épisode du Maître de Jeu, l’une des trois fameuses séries de l’univers des Stryges scénarisé par le démiurge Corbeyran avec Le Chant des Stryges et Le Clan des Chimères. Cette fois-ci, changement de dessinateur, c’est un nouveau venu, Horne, qui prend le relais de Charlet, monopolisé par la série Kabbale, chez Dargaud, pour laquelle il est devenu scénariste.

La série mue. Les Stryges, ces démons ailés, sont dans la ville, mais dans cet album, ils font une pause. Entre les Stryges trépassés du début et l’embryon volé, c’est relâche. Le scénario est entièrement livré aux humains qui gravitent autour. Pour le plus grand désarroi du lecteur.

Le dernier hybride

Les trois premiers albums se déroulaient sur une île où, de rumeurs en grimoires, les Stryges avaient laissé trace de leur existence. Le richissime patron des éditions  Soft, Andréas von Harbow, en quête d’immortalité, y avait organisé un jeu de rôle test qui avait très mal tourné. Dans le quatrième album, des œufs-embryons de Stryges, rapportés pour être étudiés par l’équipe du Professeur Clervoy, s’étaient libérés, agressant les personnes présentes dans le laboratoire.

Comme à l’accoutumée, ce cinquième tome s’ouvre par un cauchemar prémonitoire du jeune Quentin qui vit, après la mort de ses parents adoptifs, chez sa grand-tante. Les Stryges du laboratoire n’ont pas massacré tout le monde car ils n’ont pas survécu longtemps hors de leur cocon.  Comme le souhaitait Quentin, les hybrides Stryges sont maintenant clairement perçus comme des ennemis. Tandis qu’Andréas von Harbow, injustement accusé du meurtre d’une scientifique, manœuvre pour sortir de prison et récupérer le fœtus Stryge qu’il a fait subtiliser, une société secrète, le C&I, subtilise le grimoire de Vernoncius. Elle sollicite l’aide des jeunes rescapés de l’île des Stryges.

Styles hybrides

Le départ de l’île des Stryges après le troisième album a affaibli la puissance fantastique de la série. Les relations entre les rescapés ont perdu de leur force et nous retomberions facilement, sans le potentiel destructeur des Stryges, dans l’univers moins original d’un roman d’espionnage. Dans ce nouveau tome, les Stryges sont évoqués, mais restent absents et c’est (coïncidence ?) le moins bon album de la série. Mais un scénario de Corbeyran reste un scénario de maître. Un bon scénario, donc, mais plutôt un album de transition convertissant l’intrigue initiale de lutte contre un mythe démoniaque à une lutte entre factions pour la recherche de l’embryon Stryge et des documents permettant d’accéder à l’immortalité. 

C’est surtout autour du dessin que se cristallise la déception : le passage de Charlet à Horne n’a pas été des plus heureux. Horne, dont le talent graphique n’est pas en cause, cherche son style. On le sent osciller entre une reprise des graphismes antérieurs et l’appel du large. Au final, nous obtenons la coexistence, au sein du même album, entre plusieurs styles : des passages type « Charlet » en moins fini, des passages ombrés sans trait où les formes sont seulement suggérées par la couleur et même du manga sur certaines cases (sic ! des yeux géants, pas de nez, des bouches béantes). Charlet assurait lui-même la mise en couleur des albums. On a le sentiment que la collaboration Juliette Hardin (coloriste) et Horne n’a pas été des plus efficaces. C’est dommage pour une série de cette trempe. On accepte à la rigueur un changement de style (on a vu pire sur d’autres séries), mais pas un style instable. Et pourquoi tant d’ombres, pas toujours bien placées ? Et pourquoi les couleurs absorbent-elles les traits ? C’est rageant au regard du potentiel de Horne.

Pour les inconditionnels, lisez l’album en espérant que la suite sera meilleure. Pour les autres, achetez ou relisez les deux premiers albums. De vrais bijoux.

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