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Entre chiens et loups

Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 30/04/2011  -  bd
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Entre chiens et loups

Les éditions Dargaud et Jean-Pierre Dionnet l'avaient promis, les publications des épisodes de la série Des dieux et des hommes se succèdent à grande vitesse et c'est donc seulement quatre mois après la sortie du premier tome, La Fin du commencement, que paraît Entre chiens et loups. Pour ce deuxième album, la couverture délaisse le rouge rappelant les couleurs des falaises du Grand Canyon pour le jaune d'une autre partie du désert d'Arizona : celle de la forêt pétrifiée. Là, celle qui se prétend la déesse des Hommes et la mère de l'Évolution dirige une communauté hippie dont les membres cherchent à ouvrir les portes de la conscience. Mais Lilith ne semble pas être une véritable déesse, même si c'est une possibilité réaliste dans un monde où les dieux sont effectivement apparus, à l'image de cette étrange femme vêtue de noir qui débarque soudainement dans le désert...
 
Scénario creux, personnages insipides, dessins ordinaires : vous lisez bien un tome de Des dieux et des hommes

Après un premier tome plus que décevant, nous nous étions promis d'attendre la sortie du second volume de la série pour donner un avis définitif concernant la dernière saga de Jean-Pierre Dionnet. Le scénariste poursuit comme annoncé l'exploration de son univers où les dieux, suite à quelque incident en 1929, sont apparus et vivent à présent au milieu des hommes. En conséquence, le monde a changé et l'Histoire telle que nous la connaissons n'est pas celle que vivent les Terriens de Des dieux et des hommes. Après avoir eu une vision du monde en 2047, le lecteur est cette fois propulsé en 1970 où, même si le monde a changé, il y a toujours des hippies, qui consomment des drogues en n'embêtant finalement personne, sauf les parents des jeunes gens qui viennent rejoindre une prétendue déesse des Hommes et de l'Évolution.
 
C'est par l'arrivée dans la communauté d'un VRP en tracteurs que Dionnet présente Lilith et ses disciples. Très vite, il apparaît que cette communauté n'a rien d'anodine. En effet, si la plupart de ses membres sont vêtus de pagnes, jouent au ballon et dansent de façon inoffensive autour du feu, d'autres, qui tiennent le rôle de gardes du corps de Lilith, savent se battre. Arborant des costumes-cravates noirs et des chapeaux malgré le décor qui s'y prête peu, et armés de miroirs et de bazookas à baguettes à marimbas, ces Men In Black repousseront ainsi des mercenaires qu'on imagine surentraînés, engagés par le père fortuné de Marjorie, une jeune adepte de la déesse.
 
Si, passé cette scène d'anthologie (page 23), le lecteur n'a pas refermé l'album pour ne plus jamais le rouvrir, il fera la connaissance de la reine de la nuit, une véritable déesse, qui débarque dans un bar du Nevada où sont réunis des bikers. La suite, qui permet à tout scénariste en mal d'inspiration d'introduire maladroitement un personnage, verra donc un vilain motard embêter la dame, cette dernière se faisant alors une joie de l'envoyer, lui et tous ses méchants amis à blousons noirs, à l'hôpital le plus proche.
 
Il est ensuite temps pour elle de rejoindre l'Arizona et la forêt pétrifiée, pour venir démasquer Lilith au cours d'une cérémonie pendant laquelle elle est censée démontrer ses pouvoirs. La fin, le lecteur la découvrira lui-même, et lui donnera sa propre interprétation, l'origine des événements qui y sont décrits pouvant trouver plusieurs explications. C'est bien là le seul élément de toute l'histoire qui sort de l'ordinaire et attire l'attention d'un lecteur qui n'attend plus rien de cette bande dessinée depuis bientôt trente pages. Lilith est-elle une véritable déesse ? Ses disciples sont-ils la source de ses pouvoirs ? Est-ce la reine de la nuit qui décide finalement de l'aider ? La réponse, en fait, importe peu, puisque le lecteur ne dépensera sûrement pas un euro de plus pour se procurer le reste de la série et donc découvrir les secrets des dieux de Dionnet.
 
En effet, tout, dans cette BD, est médiocre. Le scénario, comme nous l'avons vu, ne vaut pas grand-chose. Il est de plus présenté par des dessins qui sont des plus ordinaires. Roberto Baldazzini, ici à l'œuvre, est, en Italie, un célèbre dessinateur de bandes dessinées érotiques. Méconnu en France, il fait son apparition chez nous avec Entre chiens et loups. S'il est réputé dans la représentation de pin-ups et autres créatures de rêves, il ne convainc absolument pas avec les planches réalisées pour la présente BD. Son dessin apparaît comme ordinaire, les décors n'ayant aucun panache, les personnages se tenant dans des postures peu naturelles, les visages masculins se ressemblant tous. L'artiste n'est peut-être pas à l'aise dans un type plus classique de bande dessinée, mais son talent, ici, ne transparaît pas. Avouons tout de même que ses personnages féminins sont plutôt réussis.
 
Des bonus pour étoffer un univers qui déçoit
 
À l'histoire de Lilith et de sa communauté hippie, Jean-Pierre Dionnet et Roberto Baldazzini ont ajouté, comme le scénariste et Laurent Théreau l'avaient fait dans La Fin du commencement, une série de bonus. Sous la forme d'articles et de dessins, ils tentent d'étoffer l'univers de Des dieux et des hommes, que Dionnet a tant de mal à rendre intéressant dans ses histoires. Ici, c'est Baldazzini qui est mis à l'honneur par une biographie uchronique qui vise à le présenter un peu mieux. Les dessins qui accompagnent le texte permettent au lecteur de se rendre compte de ce dont est véritablement capable l'artiste italien lorsqu'il travaille sur ce qui a fait sa renommée : de jolies filles aguicheuses présentées dans des positions suggestives.
 
L'album se termine surtout par une courte histoire, signée Dionnet et Corrado Mastantuono, autre dessinateur de bandes dessinées italien. En quelques pages, les deux hommes offrent au lecteur un récit amusant, qui met en scène le Seigneur des mouches, dieu déjà présenté dans La Fin du commencement. En quelques pages, surtout, le scénariste convainc presque qu'il avait la possibilité de faire quelque chose de qualité de ses personnages et de son concept assez classique de super-héros tout-puissants. D'autant plus si, comme c'est le cas dans Rencontre, le dessinateur choisi est compétent et ne cherche pas à imiter un de ses pairs plus célèbre. Mastantuono possède une technique imparable et met en couleurs ses planches avec panache. On aurait aimé voir cela plus tôt. Si Dionnet n'avait pas déjà signé deux aventures aussi insipides que La Fin du commencement et Entre chiens et loups, on pourrait être tenté par un troisième album, avec Corrado Mastantuono derrière la planche à dessins. Mais ce qu'il y avait à dire des histoires signées Dionnet a été dit...
 
Game over
 
Deux albums et une qualité qui n'est pas au rendez-vous ; un univers dont on a trop peu aperçu, et dont les éléments entrevus n'enthousiasment pas un lecteur qui a lu d'autres BD de super-héros : Dionnet échoue autant avec ce second tome qu'avec le premier à constituer une saga capable de rester dans les annales.

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