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Evadés de l'Enfer !

Florence Dolisi (Traducteur), Daylon (Illustrateur de couverture), Hal Duncan ( Auteur), Lasth (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/08/2010  -  livre
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Evadés de l'Enfer !

Hal Duncan s'est fait connaître en France dès son premier roman en deux volets, Le Livre de toutes les heures, parus en 2008 et 2009 chez Denoël, dans la collection Lune d'Encre. Cet ouvrage remarqué, mais qui n'a pas touché un large public, n'était que le début de la carrière d'écrivain de romans fantastiques de l'auteur écossais. Il a poursuivi, en 2008, avec Escape From Hell !, un court roman qui paraît aujourd'hui directement en format poche, aux éditions Gallimard, chez Folio SF.

On peut mourir après la mort

C'est en effet ce que vont découvrir les quatre personnages principaux de Évadés de l'Enfer ! lorsqu'après des morts violentes, ils se retrouvent dans le royaume de Satan. Seven, tueur sans pitié, Belle, prostituée camée, Eli, clochard suicidé, et Matthew, mort tabassé  – la raison de sa présence en Enfer est une énigme dont la clef apparaît vers la fin du récit  –, découvrent ainsi une Manhattan déformée où règne la terreur des policiers corrompus, des sévices psychologiques et physiques, de l'absence de tout espoir d'échapper aux tourments qui ont été programmés pour vous jusqu'à la fin de l'éternité.
Sauf qu'on peut mourir deux fois. On peut donc tuer. Et en tuant suffisamment de monde, on peut sans doute se frayer un chemin sanglant jusqu'à la surface et s'échapper de l'Enfer. C'est le raisonnement de Seven, qu'il va mettre en application, entraînant avec lui les trois autres personnages dans une course folle, dans le feu et dans le sang, au travers de l'Enfer. Mais réussiront-ils pour autant à s'enfuir ?

De la baston, du sang et des tripes...

Si Évadés de l'Enfer ! commence sur des scènes assez frappantes – les morts des personnages principaux, puis la découverte des tourments de l'Enfer –, le début du roman est plutôt calme, permettant à l'auteur de présenter ses protagonistes tout en marquant le ton : le dernier livre de Hal Duncan n'est visiblement pas destiné à faire rire le lecteur, le propos est pesant même si l'objectif reste de divertir le lecteur plutôt que de l'interpeller sur un sujet quelconque.
Toutefois, assez vite, le récit bascule et la baston commence. Elle ne s'arrêtera plus jusqu'à la fin du roman, sauf en de rares scènes pendant lesquels les personnages réalisent un peu plus que ce qu'ils tentent est de l'ordre de la folie, mais qu'il faudrait être encore plus fou pour se résigner au programme que le seigneur des Enfers leur a préparé.
La force de Hal Duncan est de réussir parfaitement à capter le lecteur, sans jamais lui laisser une chance de lâcher le livre. Le roman est court, mais il se lit aussi très vite, d'une traite si on veut. À chacun des nouveaux actes qui le composent, la tension monte, la violence règne un peu plus. L'approche du climax se fait en haletant, au moyen de courts passages mettant au centre de l'action et tour à tour chacun des quatre personnages principaux. Mais le déroulement du récit, le maintien du rythme effréné prime sur le procédé, et Hal Duncan ne se contente pas de faire des « tours de table » pour mettre en avant chaque personnage de façon équilibrée. Le point de vue pour chaque scène est pertinent, enrichissant l'appréciation par le lecteur des impressions, des sentiments et des décisions de chacun.

...de quoi passer un très bon moment

Évadés de l'Enfer ! est donc un roman d'une rare efficacité, maîtrisé, puissant. Mais il serait seulement un récit d'action si Hal Duncan n'y parsemait pas quelques notes d'un humour grinçant et irrévérencieux. Avec ses personnages de paumés et de criminels, il se plaît à pousser le lecteur à soutenir des personnages peu fréquentables ou qu'il ne souhaiterait sans doute pas côtoyer. Ces anti-héros agressifs, au courage instillé autant par l'espoir que le désespoir, progressent dans leur quête en perpétrant un nombre d'horreurs incalculables, détruisant tout ce qu'ils peuvent sur leur passage, franchissant bien souvent les obstacles grâce une certaine dose de chance, et l'incompétence des autorités infernales.
C'est au sujet de ces dernières que l'auteur se montre d'ailleurs le plus amusant. Il serait dommage de dévoiler la façon dont est géré l'Enfer, car le ressort du roman s'y appuie. Nous nous contenterons donc de dire qu'Hal Duncan n'hésite pas à égratigner l'image d'Épinal de l'équilibre précaire entre le Bien et le Mal, Dieu et le Diable. On se délecte donc, si on a un soupçon de tors dans l'esprit et un sens affûté du second degré, du propos désinvolte d'un roman amusant et désinvolte.

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