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Faeries 8 spécial Terry Pratchett

Terry Pratchett ( Auteur), Chrystelle Camus (Redacteur en chef), Jean-Pierre Pellen (Redacteur en chef), Josh Kirby (Illustrateur de couverture), Alexis Nevil ( Auteur), Charles de Lint ( Auteur), Nathalie Dau ( Auteur), Charlotte Bousquet ( Auteur), Ellen Kushner ( Auteur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 31/07/2002  -  livre
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Faeries 8 spécial Terry Pratchett

Consacré à Terry Pratchett, ce huitième numéro de Faeries révèle une logique éditoriale qui ne pourra que plaire aux fans du créateur du Disque-Monde. Voilà donc un numéro bien équilibré : un seul dossier, un article d'André-François Ruault sur Shakespeare, trois nouvelles étrangères et trois nouvelles françaises.

Un dossier savoureux

Rien d'étonnant puisqu'il a été mené par Catherine Dufour, grande fan de Pratchett, et Loïc Nicoloff. Outre l'agencement même du dossier, clair et précis, on retrouve par petites touches le genre de critique propre aux fans, entremêlées de tendresse, de dérision et de perfectionnisme. Pratchett se voit reproché légèrement son manque de continuité dans le Disque-Monde, son manque de cohérence dans les détails et parfois aussi l'extrême richesse de ses récits.

Les citations du corpus viennent cependant étoffer cette étude, qui exploite avec talent toute la cohérence d'idées (si ce n'est de chronologie ou de caste) de l'auteur. Le tout, illustré par Guillaume Baratte qui sait imposer son style face à l'illustrateur officiel de Pratchett, l'excellent Josh Kirby. L'humour de Catherine Dufour est facilement reconnaissable et donne, de toutes façons, un plus à ce dossier bien mené, complet, et qui pour une fois s'adresse autant aux fans qu'aux lecteurs souhaitant découvrir un peu mieux Pratchett avant de s'attaquer aux 19 volumes du Disque-Monde.

Une bonne moyenne pour les nouvelles

Le numéro s'ouvre sur une nouvelle de Pratchett. Aucune surprise, l'histoire flirte avec la dérision, d'une façon peut-être un peu plus subtile que dans certains passages du Disque-Monde. Cohen a décidé, à la fin de sa vie, d'affronter le pire danger qui existe pour un guerrier : un troll sur le pont. Il se met donc en quête de son adversaire, malgré les mises en garde de son vieux cheval et ses rhumatismes qui commencent à le faire souffrir. Or, même les trolls ne sont plus ce qu'ils étaient…Et Cohen, trop vieux pour être fougueux et téméraire, commence à entrevoir les vertus - et peut être aussi les méfaits - du dialogue, après une vie où toute psychologie était totalement superflue. Drame de Troll de Terry Pratchett

Que dire des deux autres nouvelles anglo-saxonnes du recueil ? Le titre A la poursuite de la Licorne de Ellen Kushner se révèle bien mois prometteur qu'il n'y parait. Une nouvelle assez médiocre, empreinte de préciosité " à la mode Française " et de détails inutiles… Sans but ni réelle conclusion, on s'aperçoit assez rapidement que le calibrage a du jouer pour beaucoup dans l'acheminement de l'intrigue. La métaphore de la " maladie d'amour " et le détournement de cette allégorie laisse entrevoir une certaine facilité d'interprétation. La maladie d'amour serait-elle le Sida ? Bref, une quête avortée pour le héros, Lord Thomas Berowne, des pauses dans le récit sous forme d'extraits de lettre (procédé intéressant à l'origine, complètement inutile dans ce contexte) et un personnage amoureux livré à lui-même du début jusqu'à la fin, justifiant une intrigue politique lointaine, dont on ne perçoit l'ampleur que par de vagues bribes. L'auteur a peut-être sacrifié la valeur de son texte à un angle incertain, sans doute trop ambitieux pour un si petit nombre de signes… En revanche, Le Tambour de Pierre de Charles de Lint, le plus long récit du numéro, présente toutes les caractéristiques de la longue et bonne nouvelle : rien de superflu, un bon rythme, une intrigue bien posée.

Jilly trouve le Tambour de Pierre, dont on suppose qu'il appartient aux terrifiants et cruels skookins (issu de l'imaginaire d'Halloween) . Inquiète de se trouver face à ses anciens propriétaires, elle entreprend néanmoins de découvrir ce que recèle l'étrange objet. A lire avec plaisir, en prenant son temps…

Du côté francophone, on peut saluer l'excellente nouvelle de Nathalie Dau, Faux Pas. Bien écrit et très drôle, ce récit nous dévoile les misères d'un médiocre chaman troll, confronté à de sérieux problèmes de charisme et d'acceptation. Le Dernier Disciple de Charlotte Bousquet, bien différent, nous plonge dans l'Egypte ancienne pour suivre le dernier souffle d'un vieux philosophe, contraint de répondre aux questions du Sphinx Mythique. Un très bon texte, assez court et bien enlevé. On retrouvera également le second épisode de La source des Errances, par Alexis P. Nevil, tiré d'une série de douze nouvelles. Nevil continue la description d'un bestiaire attachant, avec une assez jolie plume. A suivre.

Les Petits Maîtres de la Fantasy, William Shakespeare, par André-François Ruault

A-F Ruault a l'art des études didactiques sur le monde de la Fantasy. Son article sur Shakespeare en est la preuve. Bien différent des fiches de la Cartographie du Merveilleux, prenant des allures d'exposé universitaire, on ne pourrait lui reprocher que quelques petits détails. Tout d'abord, la problématique manque peut-être un peu de corps. Le point de vue très scolaire de l'introduction, la biographie écrite superflue (une chronologie aurait sans doute suffi) nous amène à nous interroger sur la cible de son étude. Néophytes ? Véritables fans ? Même si le développement finit par nous éclairer, la pensée de Ruault décollant allègrement vers de hautes sphères intellectuelles, on peut tout de même se demander quel est le propos de fond de l'article. La place de Shakespeare dans la Fantasy ? Ou l'analyse de ses propres références mythiques ?

Loin de moi l'idée de créer un débat sans fin sur les influences de la Fantasy, mais un point important de cette étude mérite d'être souligné. Ruault affirme trouver chez Shakespeare les origines du mythe de l'auberge aventureuse. N'est-ce pas nier tout un patrimoine littéraire (qu'on bornera à l'Angleterre et à la France, par souci de facilité), oublier les romans du XIIIeme siècle et la source et définition de " l'aventure épique "? Mais peut-être le propos, mal établi au premier coup d'œil, est-il simplement d'étoffer l'idée reçue selon laquelle la littérature classique est supérieure en tout et la Fantasy un sous genre et de redonner ses lettres de noblesse à une large bibliographie de cette dernière. Des exemples choisis avec soin viennent agrémenter l'article et offrent une lecture croisée de plusieurs œuvres contemporaines. Cela dit, on ne peut qu'applaudir la richesse de l'article, son but sans doute caché et la maîtrise de Ruault en matière de littérature de l'imaginaire. La vulgarisation reste à la portée des seuls érudits et Ruault en est encore une fois l'exemple le plus frappant.

En conclusion, ce huitième numéro est une réussite. Il fallait au moins ça avant le périlleux numéro 9 qui sortira en octobre 2002 et traitera de la très controversée œuvre de Marion Zimmer Bradley… A suivre !

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