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ITW Cécile Richard et Virginie Barsagol

Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 31/03/2011  -  livre
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ITW Cécile Richard et Virginie Barsagol

ActuSF : Comment chacune d'entre vous en est venue à s'intéresser aux fées ?
Virginie : A partir de mon intérêt pour la littérature médiévale et pour les personnages féminins mythiques et puissants, auréolés de magie, très présents aussi dans la littérature de la seconde moitié du 19ème siècle. Toutes ces visions fantasmées de la femme m’intéressent et ont participé à guider mes choix en tant qu’étudiante en Lettres modernes, puis en tant que professeur. Ainsi, en 2007, nous avons lancé le projet du Guide des fées, regards sur la femme, avec Audrey Cansot (paru en 2009).

Cécile : C’est grâce à Virginie que j’ai commencé à m’intéresser à ce personnage. Virginie et moi nous sommes connues durant nos études de Lettres, nous sommes amies, et le guide qu’elle avait fait avec Audrey Cansot m’avait beaucoup intéressée. Quand elle m’a proposé de travailler avec elle sur ce projet, j’ai tout de suite été emballée ! Je suis une grande amatrice de contes et j’adore la littérature médiévale. C’était l’occasion de faire de nouvelles lectures et de m’intéresser vraiment à ce personnage. C’était une façon, aussi, de me pencher sur les liens mystérieux qui unissent l’érotisme et le merveilleux. Bref, tout un programme !


ActuSF : Comment est né ce projet ?
Virginie : Après avoir travaillé avec Audrey Cansot sur le guide des fées, l’idée d’approfondir ce sujet, mais avec une vision moins généraliste, s’est imposée. Un thème phare, qui était apparu fortement déjà au cours de la rédaction du guide est ressorti : celui de l’érotisme et de la relation amoureuse. En effet, dans la plupart des textes que nous avions rassemblés pour le guide, les personnages de fées sont de grandes amoureuses, et forment souvent des couples mythiques : Viviane et Merlin, Mélusine et Raymondin, la fée aux Miettes et Michel… Les fées moins célèbres n’y échappent pas, et lorsqu’elles ne sont pas associées à un seul amour, elles sont souvent des initiatrices, ou bien aimées et désirées par des hommes, qui lisent en elles un idéal féminin fascinant comme effrayant. Le terrain est très riche ! Aussi, l’idée de l’anthologie est née naturellement.

J’ajoute que le plaisir de rassembler des textes parfois peu connus ou difficiles à trouver a été un moteur important. Quel bonheur de faire se rencontrer au sein du même ouvrage les voix de Jean Lorrain et Balzac, de Charles Nodier et de conteurs licencieux du 18ème !

ActuSF : Pourquoi s'intéresser à la séduction et aux rapports amoureux hommes/fées ?
Virginie : Parce qu’ils disent beaucoup, évidemment, des rapports de séduction homme/femme ! On est dans le merveilleux, où les fantasmes s’expriment sans retenue, s’affranchissent plus facilement de toute forme de censure. C’est donc une grille de lecture particulièrement éclairante !

Cécile : S’intéresser à la séduction c’est travailler sur un sujet qui – il faut bien l’avouer - nous intéresse tous ! On réduit souvent la fée à une petite créature ailée, enfantine et asexuée… Ou alors, on l’imagine en vieille marraine ménopausée ! Dans tous les cas, on a tendance à penser que, dans la littérature, rares sont les fées qui ont une vie amoureuse… et sexuelle ! On a voulu montrer qu’au contraire, la figure de la fée amante était présente dans la littérature à travers les siècles. Dès ses origines, la fée a un double visage : elle est une figure tutélaire qui veille sur les générations à venir et une amoureuse qui a tout d’une femme. Entretenir des liens amoureux avec elle, c’est transgresser la séparation des espèces et prendre le risque de bousculer l’ordre du monde. L’union avec elle est donc par essence dangereuse, transgressive… le sujet ne peut être que passionnant !


ActuSF : Comment avez-vous travaillé et comment avez-vous élaboré des "leçons" ?
Cécile : Pour constituer l’anthologie, on a commencé par lire un maximum de textes différents les uns des autres en se répartissant les lectures. Le but était de proposer des textes de tous les siècles, de croiser les genres littéraires pour ne pas proposer seulement des contes de fées. On a constitué au fil des mois une sélection d’extraits et de contes en intégralité. On a dû faire des choix !  On a voulu proposer un véritable éventail avec beaucoup de textes insolites…

Virginie : L’éventail des textes, malgré leur grande diversité dans leurs formes et dans leurs tons, nous invitait à adopter une approche un peu légère. C’est un clin d’œil à certains auteurs qui se sont tant amusés avec leurs histoires de fées lubriques ! Après les avoir fréquentés, nous ne pouvions tout de même pas nous prendre au sérieux ! Aussi nous avons pensé à mettre en scène notre sélection sous la forme d’un art d’aimer ou guide de séduction. Cela nous permettait de structurer le recueil tout en faisant « parler »les textes avec humour. Nous avons organisé les parties selon les grandes étapes d’une histoire d’amour, chaque pâtie faisant résonner les conseils des fées pour mener à bien l’entreprise de séduction. Le dictionnaire féerique, présent à la fin de l’ouvrage, est là pour approfondir la connaissance des thèmes et des personnages rencontrés, sans alourdir la lecture de l’anthologie.


ActuSF : Ces rapports amoureux changent-ils avec le temps ? Comment évoluent-ils ? Il y a des périodes où les fées se font désirer par exemple, est-ce que c'est le cas à tous les siècles ?
Cécile : Si la fée a évolué à travers les siècles, on trouve néanmoins des constantes. Par exemple, dès le Moyen Age, les fées ont deux façons de vivre leurs rapports amoureux avec les hommes : soit la fée emporte le chevalier dans son monde  pour l’y retenir, soit elle vient s’installer dans le monde des humains, se marie et a des enfants. On retrouve ces deux aspects à travers les siècles. Il y a également des « formules magiques » qui traversent les siècles : si la Carabosse de Théodore de Banville séduit en étant inaccessible au XIXe siècle, c’est déjà le cas de Viviane au Moyen Age !

Virginie : Un des fils conducteurs pourrait être la formidable puissance d’enchantement de la fée et la déroute qu’elle peut occasionner dans le cœur et dans l’esprit de son amant. Les textes nous disent à quel point la fée possède la capacité d’emporter l’amant dans son univers, de le ravir littéralement, même, finalement, lorsqu’elle s’intègre dans la société humaine. Mélusine, par exemple, si elle mène une vie terrestre, construit un univers si vaste et si riche que Raymondin est ferré ! Tout est question de désir et d’abandon, de dépendance à l’univers de l’autre. Cela, évidemment, traverse les siècles et les textes !


ActuSF : Que nous disent ces relations entre les fées et les hommes sur les rapports amoureux ?
Virginie : Encore une fois, qu’ils se nourrissent puissamment de fantasmes, d’illusions et de soif de possession.

Cécile : Ces relations nous disent par exemple que le désir se nourrit du mystère, de sa magie…

ActuSF : Avez-vous eu des surprises en travaillant sur le sujet, des attitudes qui vous ont étonnées, des contes particulièrement atypiques ?
Virginie : Oui, les contes du 18ème siècle, très amusants et sulfureux avec notamment le personnage de la fée Paillardine, qui « décoiffe »  et dépoussière violemment l’image que l’on peut se faire des fées. J’affectionne aussi particulièrement le personnage de la fée Thia, dans le conte de Théodore de Banville. Rencontrer une fée parisienne et mondaine en plein bal du 19ème siècle, c’est savoureux ! Son univers est un délice de kitch complètement décalé ! Dans un autre style, on trouve aussi des récits très poétiques que l’on doit en particulier à Jean Lorrain, ce fabuleux auteur du 19ème siècle. Son Oriane et sa Tiphaine sont d’une émotion et d’une beauté incroyable.

Cécile : Oui ! Je ne pensais pas que la fée séductrice possédait un tel potentiel comique ! Certains contes érotiques et parodiques du XVIIIe siècle m’ont beaucoup surprise, on y trouve de vieilles fées obsédées dans des attitudes grotesques, c’est savoureux… !  J’aime beaucoup les extraits qu’on a choisis dans lesquels on voit des fées qui ratent complètement leur numéro de charme et se ridiculisent – comme la Reine des Météores qui force un peu trop sur les rubans et le maquillage.

ActuSF : On a parfois une image ringarde des contes de fées or vous avez mis le sous-titre "Petit manuel de séduction à l'usage des femmes d'aujourd'hui". Les contes de fées sont toujours d'actualité ? Nous enseignent-ils toujours quelque chose ?
Cécile : Bien sûr ! L’idée était de montrer qu’une telle anthologie parle aux femmes d’aujourd’hui. C’est une sorte de « grimoire » décalé et très actuel ! Le ton du livre est volontairement léger, les leçons de séduction comportent par exemple des conseils mode, des recettes aphrodisiaques… elles donnent encore des idées sur la manière d’humilier un rustre. Bref, ce sont des leçons indémodables dont on a toutes besoin un jour ou l’autre !

Virginie : Comme tout texte d’une belle qualité littéraire, les messages des contes traversent les siècles ! Et puis il faut relire la Psychanalyse des contes de fées de Betteilhem pour se remémorer leur étonnante actualité. Ils sont une matrice inconsciente très forte. Il est intéressant de s’interroger d’ailleurs sur le pourquoi de la présence frontale ou en filigramme des fées et personnages féminins issus du merveilleux dans les campagnes publicitaires…  Cela répond bien à une actualité de nos désirs…


ActuSF : Vous avez porté ce projet pendant plus de deux ans. Comment le voyez-vous aujourd'hui ?
Cécile : En réalité, ce projet a débuté il y a moins de deux ans et ce n’est qu’il y a quelques mois qu’il a pris dans notre esprit sa forme actuelle. C’est formidable de se dire qu’il fait découvrir des textes méconnus ou introuvables de notre patrimoine littéraire, comme le Paradis de la reine Sibylle ou Partonopeu de Blois. Ce sont de petits bijoux !

-          Virginie : Je rejoins entièrement Cécile ! Nous sommes heureuses du résultat, voir tous ces textes rassemblés pour la première fois, c’est formidable. Nous espérons que la forme saura séduire, divertir et instruire !


ActuSF : Allez dernière question, quel est votre conte de fées préféré ?
Cécile : Difficile de choisir ! J’aime beaucoup les extraits des lais du Moyen Age qui sont présents dans le guide bien qu’ils ne soient pas des contes de fées à proprement parler ! Ils mettent en scène des jeunes fées dans la forêt, au bord de l’eau, qui attendent le chevalier qu’elles ont choisi. Dans la littérature, ce sont les ancêtres des fées telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Virginie : Allez, j’ai envie de mettre en avant Angola, du Chevalier de La Morlière, qui met en scène Lumineuse, une fée initiatrice, qui fait l’éducation sexuelle du héros. Ce récit nous plonge dans l’univers de la noblesse du 18ème siècle, c’est fascinant et décapant.

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