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ITW Stéphanie Nicot sur Rois et Capitaines
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ITW Stéphanie Nicot sur Rois et Capitaines

ActuSF : Comment est née ce projet avec les éditions Mnémos ?
Stéphanie Nicot : Des envies croisées et un éditeur réceptif !
J'avais commencé à proposer plusieurs sujets d'anthologie à divers éditeurs (certains de ces projets sont d'ailleurs en discussion…) et, de leur côté, les Imaginales avaient envie de disposer d'un ouvrage symbolisant le festival. Les synergies se sont faites et Mnémos - qui est un fidèle partenaire depuis le début - nous a aussitôt dit oui.

ActuSF : Pourquoi avoir choisi ce thème ? Qu'est-ce qui t'intéressait dedans ?
Stéphanie Nicot : La violence et le pouvoir, depuis ma prime jeunesse, m'ont tout à la fois répugnée et fascinée… Ce sont des phénomènes que je connais bien, et dont je comprends les mécanismes humains (j'ai eu un passé en politique et j'y ai perdu mes dernières illusions sur la nature humaine !) même si cela continue à me sidérer. Je crois au projet, au collectif et au partage et je constate, trop souvent, que l'ambition se limite à paraître plutôt que d'être, à briller plutôt que de faire… La violence au service du pouvoir, c'est un thème éternel, universel, passionnant, effrayant aussi, qui ne peut que tous et toutes nous questionner et nous passionner. À lire les douze récits au sommaire de Rois et Capitaines, on voit que je ne suis pas la seule à ressentir ce trouble et à l'exprimer…

ActuSF : On a la sensation d'une anthologie avec des personnages plutôt musclés en lisant la quatrième de couverture. As-tu eu des surprises en recevant les textes ?
Stéphanie Nicot : Quand on choisit comme titre, et donc comme thème, Rois et Capitaines, on s'attend à des récits d'action, des sujets épiques, des histoires fortes et parfois brutales : Rachel Tanner - avec sa relecture de l'affaire Jeanne d'Arc - ou Jean-Philippe Jaworski avec sa nouvelle chronique du " Vieux Royaume " ne m'ont pas déçue ! Mais j'ai également reçu des nouvelles romantiques (Gilles Dumay), étranges et décalées (Laurent Kloetzer), aux sujets et aux lieux inattendus (Armand Cabasson). Sans oublier le récit épique (mais là encore, pas si conventionnel comme on peut déjà le deviner si on lit avec attention l'extrait de la quatrième de couverture) de Julien d'Hem, le " nouveau " plus que prometteur de l'anthologie. La superbe couverture épique de Julien Delval contribue sans aucun doute à renforcer cette impression, pas tout à fait fausse, je l'avoue !

ActuSF : En dehors du sujet, quelles sont les grandes lignes de cette anthologie ? Qu'est-ce qui la caractérise selon toi ? Et est-ce que tous les auteurs sont partis dans la même direction ?
Stéphanie Nicot : J'avoue que je m'attendais à une certaine uniformité et que j'ai été tout à la fois surprise et ravie de constater qu'il n'en était rien. Mais je préfère renvoyer le lecteur aux textes que trop discourir.

ActuSF : Comment as-tu choisi les auteurs au sommaire ?
Stéphanie Nicot : J'ai fait appel à des écrivains dont je connaissais le talent, la force de l'imaginaire, le professionnalisme (Pierre Bordage en est l'exemple emblématique), et à des auteurs que j'aime depuis leurs débuts (Claire et Robert Belmas, dont c'est la première incursion en fantasy, impressionnent). La vie réservant des surprises, un texte non sollicité est arrivé par l'intermédiaire d'un auteur ami : j'ai lu les premières lignes par courtoisie, et, quand j'ai eu fini, sans arrêter de tourner les pages, je savais que je serais la première à publier Julien d'Hem !

ActuSF : Ce sommaire mélange des auteurs plus ou moins connus. Représentent-ils une nouvelle génération d'auteurs qui se sont appropriés la fantasy ?
Stéphanie Nicot : Je crois que, du trentenaire débutant au quinquagénaire en pleine maîtrise de ses moyens, tous démontrent la maturité de la fantasy française contemporaine. Alors, j'y vois plus une qualité d'ensemble que des effets générationnels. Je citerai cependant Lionel Davoust, qui vient d'être doublement nominé au Prix Imaginale de la nouvelle. Ellen Kushner me disait à quel point elle avait aimé L'île close, qui va être traduite aux États-Unis, et comme elle était heureuse d'être nominée aux Prix Imaginales 2009 en même temps que Lionel.

ActuSF : La Fantasy est souvent une affaire de cycles interminables. Est-ce que la nouvelle se prête bien au genre ?
Stéphanie Nicot : On notera que la plupart des textes flirtent avec les 70.000 signes ou les dépassent, signe qu'il faut souvent de la place à la fantasy pour se déployer. Il me semble cependant que, pour peu qu'on ait du métier et un sujet adapté (Sacre de Maïa Mazaurette en apporte la preuve), on peut réussir en fantasy des nouvelles brillantes sur des dimensions assez courtes.

ActuSF : Quels liens y a-t-il entre cette anthologie et le festival des Imaginales dont tu t'occupes ?
Stéphanie Nicot : Un lien quasiment organique, ce qui ne m'a nullement empêchée d'exercer ma totale liberté d'anthologiste… Rois et Capitaines est à la fois l'anthologie des Imaginales et la mienne. La Ville souhaitait en effet qu'un ouvrage symbolise la place que la fantasy a pris dans notre programmation. Une anthologie, réunissant les fidèles du festival - ces grands noms de l'imaginaire que sont Pierre Bordage, Catherine Dufour, Johan Heliot… - et la nouvelle génération qui s'est fait connaître à Épinal, reflète tout à fait cette ambition collective, positive celle-là. Et je crois que je n'étais pas trop mal placée pour relever ce défi ;-)

ActuSF : Y aura-t-il d'autres anthologies de ce type à l'avenir et quels sont tes autres projets ?

Stéphanie Nicot : C'est aux éditions Mnémos qu'il faut poser la question ;-)

Disons que je serais ravie de présenter au public, en mai 2010, une autre anthologie ; le thème en est d'ailleurs déjà choisi, ainsi que la participation de certains des auteurs de Rois et Capitaines et l'appel à d'autres talents - qu'on retrouve souvent, eux aussi, aux Imaginales !

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