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Je suis ta nuit

Loïc Le Borgne ( Auteur), Anne Gaillard (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 30/04/2010  -  livre
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Je suis ta nuit

Depuis 2006, Loic Le Borgne, né en 1969 à Rennes, publie des romans pour adolescents. Après la trilogie des Enfants d’Eden éditée chez Mango il sort Je suis ta Nuit en 2008 chez Intervista, dans la collection 15-20. Ce titre ressort deux ans plus tard au Livre de poche, sans mention du lectorat initialement visé.

L’enfance et la terreur

Pierre, père d’un adolescent récemment endeuillé entreprend de lui conter le drame de sa propre enfance. Il lui écrit une longue lettre qui constitue le récit de Je suis ta nuit. Tout commence comme dans un roman de Stephen King, avec une bande de pré-adolescents, joyeux et inséparables qui, dans leur village perdu, vont être confrontés à l’horreur. Sauf qu’ici, le décor n’est pas celui d’une petite ville des États-Unis, mais d’un coin de Bretagne. L’étrange fait irruption dans leur vie en même temps que Pâques et la terreur prend la forme d’un premier cadavre mutilé, suivi, peu de temps après de divers autres drames qui atteignent de plus en plus près, le narrateur et ses amis.

Les années 1980

L’enfance du narrateur coïncide avec celle de l’auteur, qu’on imagine cherchant dans ses souvenirs ou dans les archives de ces années-là, des détails réalistes à placer çà et là. Le problème, c’est de choisir.
Si les premières allusions à Casimir et à la Guerre des étoiles font sourire, si les bouteilles d’Orangina® et les Pif Gadget font, de prime abord, authentique, on a rapidement l’impression de consulter un catalogue des produits des années 1980. J’en veux pour preuve cet extrait : « Comme les Action Joe, j’étais paré pour une longue expédition : dans mon sac à dos, il y avait des sandwichs, une pomme, une portion de Vache-qui-rit, un paquet de Choco-BN, une gourde pleine de citronnade, une pompe, un cahier, un K-way. Même si le ciel était bleu comme un Schtroumpf, il fallait être prévoyant : nous habitions la Bretagne, pas Tamanrasset. Sur ma tête : une casquette jaune estampillée Renault. » Le texte foisonne d’inventaires comme celui-là et de références télévisuelles, trop nombreuses pour être naturelles.

Noires sont les peurs

L’effort de Le Borgne pour ancrer son récit dans une réalité passe aussi, heureusement, par d’autres moyens. Le jeu et l’insouciance sont suffisamment bien rendus pour rendre terrifiante l’irruption de la peur. Les effets de contraste sont bien accentués, entre le vert paysage et le noir Bonhomme-nuit.
La peur, les peurs et leur pouvoir sur l’imagination sont un thème central du récit. L’enfant qui avance à peine vers l’adolescence est le plus susceptible de se trouver perdu entre le monde réel, objectivement observé, et le brouillard confus des émotions et de l’imagination.
Le texte de Le Borgne introduit du fantastique et des éléments de légende dans la réalité. Il est dommage qu’il éprouve ensuite le besoin de réintroduire explicitement de la réalité et des explications psychologiques au chaos ainsi suscité.

À qui le texte s’adresse-t-il ?

C’est la question qui reste en fin de lecture. Le narrateur s’adresse à son fils, adolescent. Il lui relate un épisode de pure terreur et avoue ressentir encore la même peur qu’à l’époque. Pourquoi alors dénouer le mystère de l’origine du Bonhomme-nuit et pourquoi tout rationaliser, en bout de récit ?
De même, on peut se demander à qui s’adressent les détails redondants qui prouvent que le récit prend bien place dans les années 1980. Aux adolescents d’aujourd’hui qui ne connaissent pas le Tang ? Aux trentenaires nostalgiques ?

Plus qu’aux 15-20 ans destinataires de la première édition de Je suis ta nuit, c’est surtout aux adultes que s’adresse cette réédition poche. Ce roman de terreur breton leur offrira un bon moment de détente, de nombreuses occasions d’évoquer leur enfance et de ressentir quelques frissons.
À lire le soir.

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