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Killing Kate Knight

Arkady K ( Auteur), Cedric Scandella (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/01/2011  -  livre
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Killing Kate Knight

Bien connu des vieux habitués d'ActuSF, Arkady K, alias Arkady Knight, a d'abord officié comme chroniqueur avant de passer de l'autre côté de la barrière et de signer son premier roman, qui paraît dans la célèbre collection Interstices, chez Calmann-Lévy.
À l'origine, Killing Kate Knight devait s'intituler Killing Keira Knightley. La frilosité des avocats de Calmann Lévy a donc fait changer d'avis l'éditeur (a-t-il entendu parler du phénomène buzz ?), mais le contenu, lui, n'en a pas été affecté. Le lecteur y trouve donc une Keira Knightley victime d'un enlèvement et qui se retrouve menottée à un lit, nue, par un homme qui lui annonce qu'elle va mourir. En parallèle, il fera la connaissance de Lara, tueuse à gages d'un service secret du gouvernement, personnage que l'actrice interprétait dans son dernier film, avant sa disparition.
 
Arkady K embrouille le lecteur
 
Avec ses deux trames narratives, l'une mettant en scène Keira Knightley, l'autre le personnage d'un blockbuster à mi-chemin entre Lara Croft et James Bond, Killing Kate Knight s'adresse clairement aux fans de cinéma. Toutefois, si avec le personnage de Lara, une « Girl Kick Ass » (littéralement, « une fille qui botte le cul », à l'image de Ripley dans Alien, Lara Croft ou Trinity dans Matrix), c'est l'amateur de films d'action avec jeunes femmes dénudées arrosant à tout va des hordes de méchants au moyen d'une sulfateuse qui semble être le cœur de cible du roman, il ne faut pas faire de raccourci. Arkady K, tout au long du roman, s'amuse à brouiller les pistes, à rendre ses deux récits, qui s'emboîtent sans vraiment le faire, tortueux et déstabilisants pour le lecteur qui s'attend à un thriller musclé et sexy.
Du muscle et du sexe, Killing Kate Knight en offre effectivement. Toutefois, loin de signer un récit linéaire classique, Arkady K construit son roman d'une manière originale. Ainsi l'histoire s'ouvre sur une conversation entre fans de Keira Knightley sur un forum ; les scènes de la séquestration de Keira Knightley débutent par des extraits de script ; le récit des aventures de Lara est découpé en extraits placés dans le désordre (mais numérotés, permettant au lecteur de bien s'y retrouver). L'auteur tente donc d'embrouiller le lecteur, le force à une lecture à laquelle il n'est pas habituée. Par la même, il l'empêche avant tout de voir où il veut en venir. De cette façon, K prend toutefois le risque de le perdre. Ainsi, après un début de roman fracassant, servi par un style efficace et nerveux, le récit s'embourbe quelque peu, s'étirant en longueurs ennuyeuses. Ce n'est qu'à partir de la moitié du livre que le lecteur commence à reconstituer le puzzle et à comprendre le rapport entre les deux récits présentés par l'auteur. 
 
C'est également passé le milieu du récit que le sujet central du roman apparaît. Le discours de l'auteur, décalé par rapport au type de récit qu'il raconte, peut d'ailleurs surprendre d'autant plus le lecteur qui pensait avoir acheté un banal roman dans le rayon polar de sa librairie préférée. En effet, Arkady K explique que la très grosse production cinématographique d'aujourd'hui est formatée, ne pousse pas le spectateur à découvrir de nouveaux horizons, à être curieux, le satisfait en lui donnant exactement ce qu'il veut : ce qu'il y avait dans le dernier film qu'il est allé voir dans une salle obscure. K, qui sert en apparence au lecteur un thriller burné qui assume les codes du récit d'action, délivre également un message qui dévalorise ce même genre d'histoires remâchées, peu propices à la réflexion.
 
K fait son Knight
 
Avec ce discours, on reconnaît bien là Arkady Knight, le chroniqueur, qui ne ménageait ni la susceptibilité des auteurs, ni celle de leurs lecteurs. Même si c'est ici le cinéma qui est la cible de sa critique, c'est le Knight impertinent qui transparaît sous la plume de K.
Killing Kate Knight est, de façon générale, un roman qui secoue les figures populaires, les lecteurs moyens. L'auteur se sert de son personnage de Girl Kick Ass désabusée, évidemment violente, vulgaire et arrogante, pour exploser les codes du genre. S'échappant du film dont elle est la figure principale, la jeune femme n'en fait qu'à sa tête, abattant ses alliés, combattant au mépris de tous les risques dès qu'elle comprend que cette réalité alternative ne continuera pas sans elle, assassinant des enfants, et cætera. L'auteur assume d'ailleurs pleinement ce scénario bourrin et quelque peu caricatural, qui ne tient pas tout à fait debout, mettant en abîme ce cinéma d'action qui ne brille pas par la richesse des histoires qu'il raconte et l'originalité de ses personnages.
Arkady K se moque aussi des fans, au travers des extraits de discussions de forums. Le ridicule s'y mêle bien souvent à la méchanceté autant qu'à la bêtise et le tout se termine bien souvent par des insultes, sans que le bavardage aboutisse à quoi que ce soit de constructif. K en profite une nouvelle fois pour égratigner un des aspects du cinéma (bien qu'on puisse l'étendre à d'autres formes de divertissements) : l'apparition d'un fanatisme souvent ridicule à l'égard d'idoles, de personnages que le fan a tendance à confondre avec les acteurs qui les interprètent.
Arkady Knight, en se changeant en Arkady K, n'a pas tout à fait quitté son costume de misanthrope...
 
Un premier roman intéressant, mais pas totalement convaincant
 
Avec Killing Kate Knight, Arkady K signe un roman irrévérencieux, dans lequel il démontre d'indéniables compétences d'écrivain. Même si ce premier livre souffre d'une certaine complexité, qui peut égarer le lecteur, il s'avère d'une bonne tenue. On regrettera toutefois le manque de précisions concernant le personnage de Kate Knight, pourtant à l'origine des agissements d'un des protagonistes, et qui était au centre d'une troisième partie supprimée par l'éditeur.
Le thème abordé, et la finalité que veut atteindre l'auteur peuvent surprendre, surtout que le quatrième de couverture présente KKK comme un thriller de facture ordinaire. Toutefois, cela n'enlève rien à l'intérêt du propos tenu par Arkady K, même s'il ne réussit pas vraiment à donner force à son discours. Si K dit ce qu'il pense, il ne fait rien de plus que constater ce qu'un spectateur exigeant aura déjà remarqué. Ce même type de spectateur/lecteur, d'ailleurs, qui saura apprécier ce roman.

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