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L'Edito N°43
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L'Edito N°43

La guerre du poche aura-t-elle lieu ? Question sans objet, puisqu’elle est bien là, la guerre, et elle ne date pas d’aujourd’hui. Reste que les mois qui viennent nous promettent une empoignade particulièrement aiguë. Ainsi, à l’heure où le marché du livre de poche dans son ensemble connaît un tassement, voire un recul assez brutal, les collections spécialisées fourbissent leurs armes (même si, dans le domaine des littératures de genre, la récession est moins nette). D’autant que l’invasion a déjà eu lieu, et elle n’est pas finie. Après « Points Fantasy » des éditions du Seuil cette année (dont l’écho des ventes, pris auprès des quelques libraires que nous « sondons » régulièrement, n’est guère enthousiasmant), et la création de la collection « Luna » des éditions Harlequin (certes, ça prête à sourire, mais l’éditeur annonce tout de même 22 titres par an) fin 2005, voici donc le Livre de Poche qui prépare à son tour un pendant fantasy à sa collection « SF » dirigée par Gérard Klein, pour l’année 2007. Bref, trois collections spécialisées en fantasy, auxquelles s’ajoute le versant fantasy des éditeurs poches traditionnels du domaine S-F : Pocket, J’ai Lu et, dans une moindre mesure, Folio. Voilà qui fait du monde, et nous promet un paquet d’opérations commerciales en tout genre, tant en librairies qu’en hypers. On l’a dit, chacun fourbit ses armes. Lancements de nouvelles sous-collections et/ou de nouvelles séries (comme les « Gor » de John Norman chez J’ai Lu, ou bien « Guin Saga » de Kaoru Kurimoto au Fleuve Noir), nouvelle maquette pour Pocket « SF/Fantasy », création d’une collection omnibus en semi-poche chez J’ai Lu afin de valoriser le fond, opérations commerciales soutenues, notamment autour des 30 ans de Pocket « SF/Fantasy » en 2007, et des 50 ans de J’ai Lu en 2009, publication d’inédits, etc. On peut légitimement se demander si cette « invasion » de fantasy nuira aux chiffres de la science-fiction proprement dite en poche… Pour l’heure, il ne semble pas que ce soit le cas. En fait, le premier mort est à signaler du côté du fantastique, un genre qui est le grand perdant de l’actuelle prédominance de l’épée et du dragon. Ainsi, avec l’arrêt programmé de la collection « Thriller fantastique » du Fleuve Noir, qui ne devrait pas connaître l’année 2007, c’est la fin de la dernière grande vitrine spécialisée dans le fantastique du paysage éditorial français. Dommage. Avec trois nouvelles collections dédiées à la fantasy en deux ans, le marché de la littérature de genre au format de poche en France est en pleine mutation, mutation au sein d’un domaine plus vaste, celui du livre de poche en général, lui-même en crise. Voilà qui promet des lendemains pour le moins curieux… que nous suivrons de près, quoiqu’il arrive.
Quelques mots maintenant sur ce nouveau Bifrost, une quarante-troisième livraison qui marque notre entrée de plain-pied dans « l’après dix ans » (suite à notre anniversaire célébré dans le numéro 42). C’est pour Bifrost l’occasion de faire peau neuve, en tout cas en terme de maquette de couverture, mue graphique signée par notre illustrateur maison, Philippe Gady, qui, nous l’espérons, vous conviendra. Si la forme évolue, le fond reste le même, ou presque. Côté récits, ce sont trois textes que nous vous proposons ici, dont deux novellas de pure science-fiction signées Ugo Bellagamba et Alastair Reynolds. Des textes complétés par un récit plus court et non inédit d’Emmanuel Jouanne (publié dans la revue Nouvelle Donne n°22 en 2000), qui illustre de jolie façon le dossier que nous consacrons à cet auteur au parcours aussi déroutant qu’exceptionnel. Outre nos rubriques habituelles, on soulignera l’arrivée dans nos colonnes d’un nouveau rendez-vous trimestriel orchestré par Frédéric Jaccaud, « Les Anticipateurs ». Cette nouvelle rubrique, dans la tradition de nos articles de fond à dimension historique, se proposera chaque trimestre d’explorer les prémices de la science-fiction en français, et ce depuis la Révolution industrielle jusqu’à la naissance de la collection « Anticipation » du Fleuve Noir. Par ailleurs, face à la multiplication des supports périodiques publiant des fictions, nous avons décidé de porter à ces derniers l’attention critique qu’ils méritent. Ainsi, nous chroniquerons désormais ces titres aussi régulièrement que possible dans une rubrique dédiée : « Le coin des revues ». Autre particularité de ce numéro 43, notre rubrique « Scientifiction » qui, exceptionnellement, n’est pas assurée par l’astrophysicien Roland Lehoucq, mais par le géographe Alain Musset. Ce dernier se penche longuement sur les villes dans les œuvres de science-fiction, tant d’un point de vue géographique que socio-économique, pour en tirer nombre d’enseignements passionnants. Enfin, ultime changement : notre rubrique informative sur l’actualité de la bande dessinée, assumée avec sérieux et constance par Philippe Heurtel depuis des années, disparaît. Nous avons pris la décision de stopper cette rubrique devant la nécessité d’accorder davantage d’espace à la critique de livres. Philippe, tu as fait un excellent boulot, merci à toi ! Me reste à vous souhaiter d’excellentes vacances à l’ombre de ce tout nouveau Bifrost, en attendant une rentrée dont on ne doute pas qu’elle sera chargée.

Olivier Girard

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