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L'Ours des Aïnous

Nikou Tridon (Traducteur), Frédéric Genêt (Illustrateur de couverture), Lensey Namioka ( Auteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/01/2009  -  jeunesse
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L'Ours des Aïnous

Le sixième tome des aventures des samouraïs sans maître, Zenta et Matsuzo, a été publié la première fois il y a dix-sept ans. Il a été réédité en 2005 en langue anglaise. Il paraît pour la première fois en français, avec l’aide du traducteur attitré de la série aux éditions du Rocher, Nikou Tridon. Les illustrations de Frédéric Genêt donnent plus que jamais envie d’une version BD de la série. La couverture est très suggestive. On s’y croirait. L’ombre de l’ours géant sur les deux guerriers se frayant un chemin dans la forêt enneigée.

Dans chaque album, Lensey Namioka, auteure américaine d’origine chinoise, situe son aventure policière dans un cadre nouveau : un château, une vallée des cerisiers, un village de montagne, la capitale Miyako. Au fil des romans, elle nous propose un éventail de plus en plus large du Japon du XVIème siècle. Dans ce sixième album, Lensey Namioka souhaite nous faire découvrir un autre Japon, celui de l’île d’Hokkaido. Un dépaysement complet pour nos deux héros, habitués à vivre parmi leurs compatriotes et qui n’avaient fréquenté, pour tout étranger, que des Portugais (Les Diables au long nez). Cette fois, il s’agit des Aïnous, cette ethnie venue d’Asie Centrale, velue, trapue,  à la peau blanche et aux yeux ronds, qui dut émigrer vers les îles Hokkaido, Sakhaline et Kouriles sous la pression des Huns.

Entre deux feux

Fuyant le Japon en bateau, les deux rônins dérivent vers le nord et échouent, à la faveur d’une tempête, sur les côtes d’Ezo (ex-Hokkaido). Naufragés, ils sont sauvés, recueillis et hébergés par les Aïnous. L’un d’entre eux, Tonkuru, le futur chef du kotan (groupe de familles) parle japonais. D’abord associés au dieu Okikumuri, capable de déclencher une tempête d’une seule flèche, Zenta et son disciple sont traités comme des hôtes de marque. Mais ils ne tardent pas à découvrir que les autochtones, velus, au visage pâle, qui vénèrent un peu trop les ours, les maintiennent en captivité.  Ils sont sur le point d’entrer en guerre avec une colonie japonaise installée depuis peu.

Après s’être familiarisés avec les étranges coutumes des Aïnous, Zenta et Matsuzo parviennent à s’enfuir dans la neige. Dans leur fuite, ils rencontrent un ours immense en plein hiver, en pleine saison d’hibernation. Ils parviennent à rejoindre les colons, dirigés par le commandant Kato. Après la mort d’un enfant de six ans déchiqueté par un ours, les Japonais accusent les Aïnous d’attiser la haine des ours contre eux. La guerre est imminente. Zenta va s’employer, dès lors, à démontrer que les Aïnous, à qui il doit la vie, ne sont pour rien dans ces agressions. Tonkuru est tombé amoureux de Setona, la sœur adoptive du commandant. Tant qu’il y a de l’amour, il y a de l’espoir. Mais l’amour peut cacher bien des haines…

Au service de la paix

L’Ours des Aïnous est assurément la plus exotique des aventures des deux rônins détectives. La première partie du récit est, en quelque sorte, une enquête ethnologique où les deux Japonais, très japonais et donc peu à l’aise avec les gaijins (les étrangers), découvrent les us saugrenus et peu affriolants des indigènes. Ils mangent beaucoup de viande, ils s’habillent de peaux de bête, ils sentent mauvais, ils massacrent des oursons, leurs femmes se peinturlurent sauvagement le visage en noir, ce sont les cadets et non les aînés qui prennent la succession du père, ils ne mangent pas de riz, ils ne mangent pas avec des baguettes, ils ne mentent jamais, … Un vrai dépaysement.

Malgré tout, ces sauvages ont sauvé Zenta et Matsuzo après leur naufrage. La sœur de Tonkuru, Mopi, a soigné Matsuzo d’une blessure au pied qui aurait pu facilement se gangréner. Zenta s’est pris d’affection pour eux et si Matsuzo déteste leurs coutumes, surtout celles de la fête de l’ours, il finira par suivre Zenta et par s’interposer entre les Japonais et les Aïnous. Lensey Namioka, qui dédie cet ouvrage aux Namioka d’Hokkaido (son mari est japonais), a joué la carte de la réconciliation. Arrivés par la Corée mille ans avant les ancêtres des Japonais actuels (les Wa), ils sont encore aujourd’hui plus de 150 000. 

Dans ce roman, le contexte culturel et militaire l’emporte à vrai dire sur la résolution de l’énigme (Qui attise le feu de la guerre entre les deux ethnies ?). Pas besoin du mystère à élucider pour entretenir le suspens, les réactions des protagonistes à la tension belliqueuse suffisent à retenir l’attention du lecteur. D’une certaine manière, nous basculons du roman policier au roman d’aventure. La présence d’un ours sauvage qui hante la forêt en plein hiver donne également une tonalité fantastique à l’histoire. Plus que dans les ouvrages précédents, les relations entre les deux rônins se tendent. Matsuzo fait le choix de sa nation, de sa culture contre Zenta qui fait celui de la justice et de la reconnaissance.  Matsuzo reconnaîtra son erreur. C’est le Japon du XVIème siècle qui s’ouvre au monde moderne.

Avec L’Ours des Aïnous , Lensey Namioka renforce la dimension historique de la série. Elle y plaide pour le respect mutuel, pour le dialogue entre les cultures et pour le respect de la nature. Les guerres sont souvent le fruit de tragiques malentendus. Et il faudrait beaucoup de Zenta et Matsuzo pour les éviter.

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