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Date de parution : 21/04/2019
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La colère végétale

Plus connue du milieu de la peinture sous le nom d’Alika Lindbergh, Monique Watteau reste dans l’esprit des amateurs de fantastique l’auteur de La colère végétale, le premier de ses quatre romans. Artiste éclectique et fille d’un poète surréaliste, elle aura passé une grande partie de son existence à lutter pour la cause animale. Elle collabora avec son premier époux, Bernard Heuvelmans, père fondateur de la cryptozoologie, en réalisant les illustrations de quelques uns de ses ouvrages, puis avec un second époux zoologiste, Scott Lindbergh. A la fois sensuels et poétiques, ses textes vont puiser leur inspiration dans une admiration sans bornes pour les forces de la nature. Aujourd’hui difficiles à trouver, les romans de Monique Watteau témoignent de l’extraordinaire vitalité du fantastique belge au siècle dernier.

Dans la jungle, terrible jungle…

Dans la jungle balinaise, un capteur d’animaux sauvages fait la rencontre d'une magnifique jeune femme dont il tombe aussitôt amoureux. Élevée par les autochtones après la mort de ses parents, un couple de pasteurs néerlandais, Jennifer a totalement intégré la culture locale et entretient avec la jungle des rapports fusionnels. La magie de l’amour qui a lié nos deux protagonistes est cependant si puissante qu’ils décident très rapidement de rentrer ensemble en Europe. Bien que cela soit impossible, la jungle semble pourtant s’opposer au départ de Jennifer… Lorsqu’elle débarquera dans le sud de la France pour s’installer dans la maison familiale de son époux, ce sera pour constater que la révolte des dieux verts n’a pas de frontière…

Du fantastique écolophile !

La colère végétale, paru en 1954, est aussi intéressant pour ses qualités propres qu’en raison d’un certain nombre de points communs avec Les vertes demeures, un roman écrit cinquante ans plus tôt par un naturaliste argentin d’origine anglaise, William Henry Hudson. Cette œuvre imprégnée d’une spiritualité proche de celle de Thoreau deviendra l’une des références de l’engouement des américains pour une esthétique d’inspiration exotique, qui atteignit son apogée au cours de années cinquante. La première partie de La colère végétale reproduit cette ambiance, faite de chants d’oiseaux, de cris et feulements, nappés du martèlement en sourdine des percussions et des vibraphones… Malgré le déplacement de l’action sur les terres plus familières du sud de la France, l’atmosphère du texte persiste à imprimer sur l’esprit du lecteur la marque puissante des énergies élémentaires… Comme le suggère le sous-titre, les Dieux Verts se révoltent contre le carcan imposé par la civilisation humaine. Dans cette seconde partie, le cadre rappelle alors quelque peu Malpertuis, faisant ainsi de Monique Watteau une version féminine et primitive de Jean Ray, une référence plutôt flatteuse d'un point de vue littéraire. Comme un cocktail adroitement préparé, La colère végétale exhale tout d’abord l’odeur doucereuse des fruits d’un Eden perdu avant de laisser éclater toute la puissance terrifiante d’un alcool trop fort pour l’âme humaine…

 

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