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La Dame blanche

Arno Monin (Dessinateur, Coloriste), Laurent Galandon (Scénariste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/07/2006  -  bd
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La Dame blanche

L’Envolée sauvage est la première œuvre de Laurent Galandon , photographe de formation, dont l’appel vers la bande dessinée est né du cinéma, alors qu’il dirigeait une salle d’art et essai. C’est également le premier ouvrage d’Arno Monin, dessinateur, qui a suivi un cursus d’arts appliqués.

Une atmosphère boueuse…

Nous sommes dans la France de 1941. Des premières pages émane un climat nauséabond, imperceptiblement enfumé, comme si une main sournoise était venue jeter une poignée de cendres sur les paysages. Le ciel chargé des sourds remous du fascisme, l’herbe verdâtre, la grisaille des salles de classe où l’on glorifie Pétain, nous plongent d’emblée dans un pays à l’odeur âcre, enlisé,occupé.

Dans cette ambiance marécageuse où l’on prie Dieu sans y croire, et où l’on regarde au loin les Juifs longer les chemins tête basse, en partance pour des contrées meilleures ou bien pires, nous rencontrons Simon, petit être de poésie, le visage tourné vers les cieux en quête d’espoir et de beauté, qui dessine au bord d’une rivière, à l’ombre des roseaux. Juif, il subit les quolibets des autres garnements, et la condamnation par son instituteur pétainiste à quitter la commune. C’est alors qu’il s’éclipse de l’austère pensionnat de son village pour se cacher dans un camp de redressement appelé « Les oiseaux de passage ».

Simon, c’est la petite hirondelle voulant fuir l’hiver du monde, pour ne réapparaître que sous la lumière salvatrice de la paix retrouvée. En attendant l’été de l’humanité, il déclame des vers et saute dans les trains en marche pour des régions moins hostiles.
Mais cette fuite n’est pas sans embûche. Echappée belle, certes, mais semée de péripéties palpitantes, bien que très classiques : errances à travers la ville et les campagnes, fuites, escapades, rencontres avec l’alter ego, le grand frère dur au cœur tendre. Classiques également, le cadrage et la syntaxe des images, qui servent efficacement et limpidement les étapes de ce chemin initiatique.

Affaire à suivre…

En dépit de sa facture traditionnelle, l’intérêt de l’album réside en son traitement poétique, reposant sur une métaphore filée entre l’exil juif et les oiseaux migrateurs. Ainsi, deux univers plastiques s’opposent au fil des pages. Les cieux marécageux des sombres journées alternent avec les traînées mauves et les effluves bleutés des nuits magiques propices à l’espoir, traversées par les oiseaux qui sont tout autant d’éclairs fulgurants, mystiques, dans l’existence du petit garçon. Ces éclats oniriques contrastent avec les scènes diurnes et vaseuses d’une vieille France délabrée par la guerre.

Entre l’émotion des rebondissements et les faveurs de la nuit, on se laisse volontiers emporter par ce premier épisode, en souhaitant toutefois que le deuxième opus soit plus audacieux d’un point de vue formel.

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